Afrique: La recherche sur le continent doit se réinventer face aux nouvelles réalités

5 Novembre 2026
interview

DOUALA, SciDev.Net — Face aux défis d'ordre budgétaire ou sanitaire qui se posent à le recherche scientifique en Afrique, des initiatives voient le jour pour aider les chercheurs du continent à s'élever à la hauteur des attentes qui sont de proposer des solutions aux problèmes qui marquent le quotidien des populations.

C'est le cas du programme « African STARS[1] Fellowship » qui se définit comme une « initiative de formation avancée pour former et développer la prochaine génération de scientifiques, innovateurs, décideurs politiques et leaders en soins de santé de haut niveau en Afrique ».

En 2025, Alex Durand Nka, chef de l'unité de bioinformatique au Centre international de référence Chantal Biya (CIRCB)[2] a été l'un des boursiers da la première cuvée de ce programme, notamment dans la catégorie « Advanced and Translational Training (ATT) Fellows ».

"La réduction des financements est une menace pour la recherche en Afrique parce que beaucoup de systèmes de santé et de recherche ne s'y étaient pas préparés. Mais il faut aussi voir le bon côté. Car, cette situation nous permet de nous regarder dans un miroir pour voir ce que nous avons comme ressources sur place et comment les utiliser au mieux pour maintenir les activités de recherche et de santé"Alex Durand Nka, CIRCB, Cameroun

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Dans cet entretien qu'il accorde à SciDev.Net, il analyse l'environnement du financement de la recherche en Afrique tout en soulignant les bénéfices de ce programme.

Pourquoi la recherche en Afrique est-elle à ce point dépendante des financements extérieurs ?

C'est parce que dans nos systèmes de santé actuels, nous peinons à mobiliser des fonds propres pour réaliser des projets de recherche. Les priorités sont dès lors accordées aux besoins essentiels, à savoir la prise en charge des malades dans les hôpitaux, l'accès aux soins primaires et beaucoup d'autres éléments de base. Donc, pour le moment, notre système n'a pas encore les capacités pour engranger des financements importants au niveau local. Nous espérons que dans un avenir proche, la situation va s'améliorer.

Au CIRCB, quelle est la part des financements extérieurs comparativement aux ressources d'origine locale ?

Ici, il y a des initiatives qui sont prises. Prenons l'exemple du test de résistance du VIH. S'il faut voir strictement les éléments qu'il comporte, il devrait coûter dans l'ordre de 100 000 FCFA. Mais il est subventionné à 90% et revient finalement à 10 000 FCFA au patient.

A côté de cela, il y a des gratuités. Par exemple, lorsqu'un patient veut faire un examen de charge virale ou de CD4, il ne paie rien, grâce aux initiatives du système de santé dans le cadre de la couverture santé universelle, pour que les patients puissent avoir une prise en charge effective et que les moyens financiers ne soient plus une barrière.

En ce qui concerne la recherche fondamentale en elle-même, nous avons beaucoup de partenaires. Au mois de février 2026, j'ai par exemple bénéficié d'un financement extérieur d'environ 3000 dollars. C'est un financement que je n'arrivais pas à décrocher depuis trois ans. Mais le programme African STARS m'a permis de mettre en avant les aptitudes recherchées par le bailleur de fonds et j'ai pu enfin le décrocher.

La réduction des financements extérieurs enregistrés ces dernières années ne représente-t-elle pas une menace pour la recherche scientifique en Afrique ?

Si, c'est une menace parce que beaucoup de systèmes de santé et de recherche ne s'y étaient pas préparés. Mais il faut aussi voir le bon côté. Car, cette situation nous permet de nous regarder dans un miroir pour voir ce que nous avons comme ressources sur place et comment les utiliser au mieux pour maintenir les activités de recherche et de santé. Autrement dit, cela va permettre à nos systèmes de recherche et de santé de se réinventer pour s'adapter aux nouvelles réalités.

D'ailleurs, vous constaterez avec moi que les activités de recherche continuent bel et bien malgré la baisse de ces appuis. Par exemple, nous avions un financement d'environ trois millions de dollars qui avait déjà pratiquement été validé par le gouvernement américain. Mais, il a été gelé. Néanmoins, nous avons pu réaliser ces projets de recherche en nous tournant vers des bailleurs de fonds qui sont encore disponibles, et en utilisant les ressources que nous avons à notre disposition.

Parlez-nous du programme African STARS dont vous avez été parmi les premiers bénéficiaires.

Ce programme est une initiative du Centre des réponses épidémiques et d'innovation de l'Université de Stellenbosch (Afrique du Sud) et de l'Institut Pasteur de Dakar (Sénégal), en partenariat avec la Fondation Mastercard. L'objet étant de mettre sur pied un certain nombre de formations qui rendent pratiques les connaissances académiques. C'est une initiative qui pousse les jeunes à rendre commerciales les connaissances scientifiques, à sortir du laboratoire pour aller vers l'aspect commercial.

Quels bénéfices en avez-vous tirés ?

A mon retour du programme African STARS en Afrique du Sud, j'ai commencé à appréhender la recherche différemment. Avant cela, la recherche pour moi consistait à rédiger des articles scientifiques et, dans la mesure du possible, à rédiger des projets de recherche dans l'espoir de décrocher des financements. Mais, j'ai compris qu'on pouvait faire beaucoup mieux. Par exemple, j'ai compris qu'il fallait travailler sur la visibilité et la communication. C'est ainsi que j'ai pu doubler ou quadrupler ma visibilité sur les réseaux sociaux grâce à ce programme.

En outre, durant ce programme, nous avons su comment observer les gaps du système de santé, proposer une idée de recherche et la concrétiser en concevant un produit qui peut être commercialisé. Prenons le cas du Mpox par exemple. Vous savez que dans notre contexte, lorsqu'un patient est suspecté d'avoir cette maladie, il est prélevé et l'échantillon fait des jours avant d'arriver dans un centre de référence pour le test. Et le résultat prend encore du temps avant de revenir en périphérie. Pendant ce temps, le patient peut entrer dans un état alarmant et peut même mourir.

Au cours de ce programme, nous avons fait un travail qui consistait à développer une méthode de diagnostic pour le virus du Mpox. Il s'agissait d'une technique moléculaire qui permettrait de tester de façon rapide cette infection.

Mais la forte dépendance vis-à-vis des financements extérieurs ne fait-elle pas que les priorités de recherche sont décidées par les bailleurs extérieurs qui offrent ces financements ?

C'est vrai que chaque bailleur de fonds a ses priorités. Mais celles-ci sont aussi souvent fonction des besoins que les populations concernées expriment. Et il y a parfois des projets qui sont proposés à ces bailleurs-là et qui tiennent compte de nos propres priorités. Par ailleurs, en définissant leurs priorités, les bailleurs de fonds prennent souvent en considération les priorités des pays à ressources limitées, même comme elles ne sont pas homogènes dans tous les pays.

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