L’Afrique a besoin de davantage de financements climatiques, mais aussi d’une plus grande redevabilité quant aux capitaux déjà déployés. Nicole Martens, directrice exécutive de Just Share, estime que les banques, les investisseurs et les fonds de pension doivent traduire leurs engagements climatiques en changements mesurables dans les activités qu’ils financent, sous l’effet d’une réglementation et d’un contrôle renforcés.
La transition climatique de l’Afrique représente une immense occasion d’investir. Les énergies renouvelables, les réseaux électriques modernes, les infrastructures résilientes et les industries vertes peuvent créer des emplois, renforcer la sécurité énergétique et soutenir l’industrialisation. Concrétiser cette occasion nécessitera des capitaux considérables. Mais alors que nous débattons des moyens de mobiliser davantage d’argent pour la transition, nous accordons trop peu d’attention à ce que finance l’argent dont nous disposons déjà.
L’Afrique a besoin de davantage de financements climatiques. Elle a aussi besoin que ces financements contribuent davantage à la transition.
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Face au déficit de financement climatique, la réponse habituelle consiste à réclamer davantage d’investissements publics et privés, un meilleur accès aux financements internationaux et un portefeuille plus solide de projets susceptibles d’être financés. Ces priorités sont légitimes. Mais elles risquent de masquer un problème plus fondamental : les institutions qui contrôlent déjà d’immenses volumes de capitaux ne sont pas suffisamment tenues de rendre des comptes sur la manière dont elles les allouent.
Les banques prêtent aux entreprises et aux projets. Les gestionnaires d’actifs investissent pour le compte de leurs clients. Les fonds de pension et les autres détenteurs d’actifs décident de la manière dont l’épargne de leurs bénéficiaires doit être investie et de ce qu’ils attendent des gestionnaires qu’ils mandatent. Ensemble, ces institutions déterminent quelles industries se développent, quelles infrastructures sont construites et quelles activités économiques conservent leur accès au financement.
Toutes affirment avec une assurance croissante soutenir la transition climatique. Pourtant, leurs décisions de financement racontent souvent une autre histoire.
L’évaluation 2026 de Just Share, How cool is your bank?, consacrée aux cinq plus grandes banques sud-africaines, a révélé qu’aucune n’avait obtenu un score supérieur à 59 % selon notre grille de 26 indicateurs et 81 sous-indicateurs. Cette évaluation examine les prêts des banques, leurs engagements climatiques, leur gouvernance et leur stratégie. L’étude constate que, si le financement des énergies renouvelables progresse, l’exposition aux énergies fossiles n’a pas encore amorcé de baisse durable. Seules deux des cinq banques ont réduit leur exposition en valeur absolue, tandis que les autres l’ont maintenue ou augmentée. Pour un secteur qui s’est engagé à atteindre la neutralité carbone, ce n’est pas le rythme de changement qu’exige une transition ordonnée — ni même la bonne direction lorsque l’exposition aux énergies fossiles augmente.
Ces constats soulèvent une question fondamentale : quelle portée ont les engagements à financer la transition si des financements considérables continuent de soutenir les activités à l’origine du changement climatique ?
Il ne s’agit pas de contester le financement des énergies renouvelables. Il s’agit de refuser que les investissements dans ce secteur soient considérés comme une preuve suffisante de progrès, sans examiner les autres activités qu’une institution finance. Le même contrôle devrait s’appliquer aux gestionnaires d’actifs dont les portefeuilles comprennent des entreprises dépourvues de plans de transition crédibles, ainsi qu’aux fonds de pension qui prônent l’investissement responsable sans utiliser leur influence d’actionnaires pour exiger des changements.
Pourquoi cet écart persiste-t-il ? Certaines institutions invoquent la faiblesse de la réglementation et affirment ne pas pouvoir devancer le marché. D’autres disent que leurs clients n’ont pas exigé d’actions plus ambitieuses, ou que des engagements climatiques plus fermes les désavantageraient face à leurs concurrents. Ces arguments peuvent décrire des contraintes réelles, mais ils ne sauraient exonérer les institutions financières de leur responsabilité dans leurs décisions. Lorsque chaque institution attend qu’une autre fasse le premier pas, le statu quo l’emporte.
La réponse ne consiste pas simplement à demander aux institutions financières de prendre des engagements plus ambitieux. Elle consiste à les obliger à rendre des comptes sur la mise en œuvre de ceux qu’elles ont déjà pris.
Premièrement, les régulateurs doivent relever les exigences minimales. L’Afrique du Sud a avancé dans cette direction grâce à des orientations sur les risques climatiques et la publication d’informations par les institutions financières. Le prochain défi consiste à renforcer la transparence et la comparabilité, notamment en imposant la communication des émissions financées : les émissions de gaz à effet de serre associées aux entreprises et aux projets auxquels les institutions prêtent ou dans lesquels elles investissent. Les régulateurs devraient également confronter les déclarations aux pratiques réelles de financement, afin que les engagements en faveur de l’action climatique ne puissent masquer un soutien continu à des activités qui la compromettent. La publication d’informations n’est pas une fin en soi ; elle doit permettre un véritable contrôle et des sanctions en cas d’allégations trompeuses.
Deuxièmement, les détenteurs d’actifs doivent exercer pleinement leurs responsabilités de propriétaires. Les administrateurs des fonds de pension ne peuvent se décharger de leurs responsabilités en se contentant de nommer des gestionnaires de placements. Ils doivent définir des mandats clairs, préciser leurs attentes en matière de risques climatiques et d’alignement sur la transition, suivre les résultats et demander des comptes aux gestionnaires lorsque ceux-ci ne sont pas à la hauteur. Cela suppose notamment d’utiliser les droits de vote et le dialogue avec les entreprises pour exiger des plans de transition crédibles et des progrès mesurables. Déléguer ne signifie pas renoncer à ses responsabilités.
Troisièmement, les banques et les investisseurs doivent relier leurs décisions de financement à des trajectoires de transition crédibles. Cela exige davantage que des politiques climatiques isolées ou des objectifs de finance durable. Les institutions financières devraient démontrer comment leurs stratégies de prêt et d’investissement soutiennent les priorités nationales de développement et les engagements climatiques, ainsi que les ambitions régionales et continentales. Les gouvernements, de leur côté, doivent fournir des plans de transition clairs et crédibles sur lesquels les institutions financières puissent aligner leurs décisions et à l’aune desquels elles puissent être évaluées.
Ces mesures ne supprimeront pas le besoin de capitaux supplémentaires, de meilleurs projets ou d’un soutien international. Les institutions financières ne peuvent pas non plus réaliser seules la transition. Mais elles peuvent contribuer à faire en sorte que les capitaux existants soutiennent, au lieu de compromettre, les changements dont les économies africaines ont besoin.
Voilà le débat que la COP31 devrait contribuer à faire avancer. Lorsque les responsables publics discutent des moyens de mobiliser davantage de financements climatiques, ils doivent aussi se demander comment exiger des comptes sur les financements existants. Comment saurons-nous si les capitaux soutiennent la transition ? Quelles informations les institutions doivent-elles publier ? Qui dénoncera l’écart entre les engagements et les pratiques ? Et que se passera-t-il lorsqu’elles n’agiront pas ?
Il n’y a pas de transition sans financement de la transition. Mais un financement ne devient pas un financement de la transition simplement parce qu’une institution le qualifie de vert ou s’engage à atteindre un objectif de neutralité carbone. Sa valeur dépend de la destination des capitaux, de ce qu’ils permettent et de la manière dont les investisseurs utilisent leur influence pour modifier le comportement des entreprises qu’ils financent.
L’Afrique n’a pas seulement besoin de davantage de capitaux. Elle a besoin de capitaux qui servent la transition — et d’institutions qui puissent être tenues de rendre des comptes lorsque leurs décisions vont à son encontre.
Nicole Martens est économiste du développement en Afrique du Sud, spécialiste des sciences de l’environnement et directrice exécutive de Just Share depuis février 2026.