Soudan: Abyei - La guerre au pays menace d'embraser le territoire disputé avec le Soudan du Sud

5 Novembre 2026

Frappé par des attaques meurtrières et désormais gagné par la guerre qui ravage le Soudan voisin, le territoire contesté d'Abyei voit sa fragile stabilité menacée. L'ONU alerte sur les risques d'une extension du conflit, alors que l'avenir de sa mission de maintien de la paix doit être décidé dans les prochains jours.

La guerre civile au Soudan déborde de ses frontières. Le 19 octobre, des frappes de drones ont ravagé le marché d'Amiet, dans le territoire disputé d'Abyei, à la frontière avec le Soudan du Sud. Selon le dernier bilan confirmé par l'ONU, au moins 30 personnes ont été tuées et 59 blessées, un décompte encore provisoire. Un mois plus tôt, des affrontements entre communautés avaient déjà fait 124 morts et 40 blessés dans ce même secteur.

Ces violences illustrent un changement inquiétant dans cette enclave que se disputent Khartoum et Djouba depuis l'indépendance du Soudan du Sud du Soudan, en 2011. Jusqu'ici principalement confrontée à des rivalités communautaires, Abyei subit désormais les répercussions directes de la guerre civile soudanaise entre l'armée et les rebelles de Forces de soutien rapide (FSR). Jeudi, lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, à New York, l'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU pour la Corne de l'Afrique, Guang Cong, a pris acte de cette évolution.

« Les attaques de drones du 19 octobre contre le marché d'Amiet sont la dernière conséquence tragique de la propagation du conflit au Soudan », a-t-il déclaré.

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Le diplomate a réclamé une enquête « rapide et indépendante » pour établir les responsabilités.

FISNUA Deux femmes montant des ânes sur une route à Abyei, un territoire disputé à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud. Un carrefour commercial devenu stratégique

Le marché d'Amiet cristallise ces nouvelles tensions. Principal centre économique d'Abyei, il constitue aussi un carrefour commercial entre le Soudans et un point de passage pour les populations fuyant les combats. Plus de 49 000 réfugiés et personnes de retour dans leur pays y ont transité depuis le début de la guerre soudanaise, en avril 2023.

Mais cette position stratégique d'Abyei, où une mission de maintien de la paix onusienne, la FISNUA, est déployée depuis 2011, attire également les groupes armés et les réseaux criminels, sur fond de rivalités économiques et politiques.

Selon Jean-Pierre Lacroix, le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, la concurrence commerciale se mêle désormais aux tensions communautaires, tandis que les conflits régionaux pèsent de plus en plus sur la sécurité locale.

« La FISNUA obtient des résultats tangibles et les progrès sont mesurables. Pourtant, l'environnement dans lequel la mission opère devient plus complexe, et non moins », a déclaré M. Lacroix lors de la réunion du Conseil, à laquelle il participait par vidéoconférence.

Le paradoxe est que, malgré ces massacres, la situation sécuritaire s'était globalement améliorée au cours des derniers mois. Entre le 16 avril et le 1er octobre, la Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abyei (FISNUA) a recensé 191 incidents, contre 282 pendant la période comparable de 2025, soit une baisse de 32 %. La saison des migrations pastorales s'est également achevée sans violences liées au bétail ni décès associés aux déplacements des troupeaux.

Ces progrès, obtenus notamment grâce à la médiation entre communautés, restent toutefois précaires.

Quinze ans de présence onusienne

Depuis 2011, la FISNUA demeure chargée de protéger les civils et de préserver le caractère démilitarisé d'Abyei. Pourtant, des éléments armés soudanais et sud-soudanais continuent de circuler dans le territoire, tandis que la force de police commune prévue par les accords n'a jamais vu le jour.

Sur le plan politique, l'impasse persiste. Le statut définitif d'Abyei, dont le règlement était envisagé par l'accord de paix de 2005, reste indéterminé. Le référendum prévu pour trancher son avenir n'a jamais abouti.

Guang Cong a dénoncé un « manque apparent de véritable volonté politique » des deux gouvernements. Les tensions autour d'une éventuelle participation d'Abyei aux prochaines élections sud-soudanaises compliquent encore les négociations.

Une timide reprise du dialogue s'est néanmoins dessinée en août, lorsque Khartoum et Djouba ont réactivé leur mécanisme politique et sécuritaire conjoint, interrompu depuis janvier 2023. Une nouvelle réunion est prévue du 8 au 10 novembre.

Mais les Forces de soutien rapide (FSR), engagées dans la guerre contre l'armée soudanaise, cherchent elles aussi à peser sur l'avenir du territoire. Leur nomination d'un représentant au comité conjoint chargé de superviser Abyei menace, selon l'ONU, de créer des autorités concurrentes.

Le maintien des Casques bleus en question

Cette dégradation intervient à un moment décisif. Le mandat de la FISNUA expire le 15 novembre prochain et le Conseil de sécurité doit se prononcer sur sa reconduction.

Jean-Pierre Lacroix a prévenu que les conditions d'une réduction significative de la présence onusienne n'étaient pas réunies. Les attaques de drones, inédites à Abyei, imposent au contraire de renforcer les capacités de protection des Casques bleus.

Pour l'ONU, l'enjeu dépasse désormais le seul différend territorial. Il est d'empêcher qu'Abyei, 15 ans après l'arrivée des Casques bleus, ne soit entièrement entraîné dans la guerre soudanaise.

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