Au Mali, cela fait tout juste un mois ce 6 novembre que l'armée et l'Africa Corps ont repris Kidal, dans le Nord. La ville était contrôlée depuis près de six mois par les indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA) et leurs alliés jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim). Alors que l'on pouvait s'attendre à ce qu'ils poursuivent leur progression dans la région, les soldats maliens et leurs partenaires russes campent, pour le moment, sur leurs positions. Avec quelle stratégie et quelles perspectives ?
Les soldats maliens et leurs partenaires russes tiennent fermement Kidal, Anéfis et Aguelhoc, mais ils ne se sont toujours pas aventurés à Tessalit ni à Tinzaouatène, près de la frontière algérienne.
Après avoir subi pendant des mois les bombardements de l'armée, les indépendantistes du Front de libération de l'Azawad (FLA) et les jihadistes du Jnim - affiliés à al-Qaïda - avaient choisi de se retirer de Kidal, sans chercher à combattre.
Un mois plus tard, l'administration malienne ne s'y est pas redéployée, le gouverneur ne s'y est pas réinstallé : et pour cause, Kidal est désormais une ville morte, presque totalement vidée de ses habitants. Une campagne de vaccination y a tout de même été officiellement lancée fin octobre.
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Des frappes aériennes plutôt que des combats
Sur le plan militaire, l'armée n'a pas cherché à pousser plus avant son avantage : aucune progression terrestre. Mais elle continue de mener régulièrement des frappes aériennes, dans les secteurs de Tessalit et Talhandak notamment. Dans ses communiqués, l'armée assure viser des « regroupements terroristes ». Le FLA dénonce des victimes parmi les populations et la destruction d'infrastructures civiles.
Sollicité par RFI, l'état-major n'a pas donné suite, mais la stratégie semble claire : poursuivre patiemment les bombardements pour affaiblir et désorganiser l'ennemi, ce qui avait fonctionné il y a un mois à Kidal, sans se précipiter vers des combats au sol plus risqués.
La sévère défaite de Tinzaouatène, en juillet 2024, avec plus d'une centaine de soldats maliens et russes tués, reste un souvenir cuisant.
Guerre longue, rapport de force et Algérie
Or, les combattants du FLA et du Jnim sont toujours présents dans la région de Kidal, repliés le long de la frontière algérienne notamment. Un chef militaire indépendantiste assure que ses hommes gravitent également « autour des positions russes et maliennes ». « Nous suivons leurs mouvements, affirme cette source. Leurs bombardements, c'est pour maintenir la pression, mais nous avons notre propre stratégie ». Un cadre du FLA poursuit : « C'est une guerre longue. On se prépare à d'autres actions. »
« Le FLA s'était retiré de Kidal sans combattre, c'était une victoire symbolique mais pas militaire », rappelle un analyste malien qui suit de près la situation. À ses yeux, « le rapport de force dans la région reste inchangé ». Cette source mentionne également une « ligne de ravitaillement déjà longue et exposée » et qui « se fragilise à chaque kilomètre supplémentaire » : en clair, progresser vers le Nord poserait à l'armée de nouvelles difficultés logistiques et mobiliserait des moyens militaires supplémentaires pour sécuriser les convois. « Surtout, une offensive terrestre vers la frontière algérienne compromettrait le dégel avec Alger », estime encore cet observateur averti.
Enfin, les combattants du FLA sont également présents dans les autres régions du Nord - Tombouctou, principalement - et ceux du Jnim mènent des attaques quasi quotidiennes dans le centre et dans le sud du pays. Le mois dernier, la branche sahélienne de l'État islamique massacrait une cinquantaine de civils dans la région de Ménaka. Aussi l'armée malienne doit-elle mobiliser des hommes sur tous ces théâtres et maintenir un délicat équilibre dans ses opérations à l'échelle du vaste territoire national. Le statu quo dans la région de Kidal pourrait donc encore durer.
Dans un communiqué, les forces du FLA affirment avoir mené le 5 novembre 2026 plusieurs frappes de drones contre les positions de l'Africa Corps et des Forces armées maliennes (Fama) à Anéfis, dans la région de Kidal.