Sénégal: Les filles revendiquent une place de choix dans les instances de décision

Marathon à l'occasion de la journée internationale de la fille à Dakar, Sénégal, le dimanche 11 octobre 2015.
11 Octobre 2015

Ne plus jouer le rôle d’éternels assistés. Tel est le vœu exprimé par les filles sénégalaises qui aimeraient participer dans la définition des stratégies de lutte pour la défense de leurs intérêts. L’effet recherché est de mieux faire prendre en compte les préoccupations qui les « brulent » au fond du cœur dans un contexte de défis énormes auxquels elles font encore face.

Les filles du Sénégal ne veulent pas rater le train qui magnifie « l’importance d’investir dans l’autonomisation et les droits des adolescentes ». La communauté internationale invite la réflexion sur « Le pouvoir de l’adolescence – horizon 2030 » dans le cadre de la journée internationale de la fille, célébrée le dimanche 11 octobre 2015.

Les filles sénégalaises exhortent l’État a entre autres : impliquer davantage les jeunes filles dans tous les programmes de développement les visant expressément ; accompagner toutes les initiatives que les jeunes filles pendront pour éliminer toutes les formes de violences faites aux filles… Le message a été délivré lors du lancement du rapport annuel sur la situation des filles dans le monde, le jeudi 07 octobre 2015 à Dakar. Sur initiative de Plan Sénégal, du Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, ONU Femme, le Fonds des Nations-Unies pour la population, UNICEF, l’Ambassade des Pays-Bas, Afryan Girls, l’Ambassade du Canada et le RENAJELF, cet événement a été organisé, en prélude de la journée internationale de la fille.

L’invite des adolescentes sénégalaises se justifie du fait que les célébrations en leur faveur se suivent et se ressemblent. Mais pas beaucoup d’évolution dans le quotidien des filles, surtout celles africaines. Un état de fait qui s’expliquerait, peut-être, par « l’indifférence » des autorités à leur égard : « aucun ministre présent lors des deux dernières années de célébration de la journée internationale de la fille au Sénégal ». Les autorités ont certes mis en place le cadre juridique adéquat pour la promotion des femmes, la promotion de l’équité, de l’égalité des sexes et du genre mais les abus demeurent.

Le quotidien des jeunes filles est rythmé de viol, inceste, stigmatisation, mariage d’enfant, grossesse précoce et indésirable, mutilation génitale féminine /excision, inaccessibilité aux services de santé, passage éphémère à l’école, sévices corporels, violences physiques et morales… Le taux de prévalence des mutilations génitales forcées demeure encore élevé pour les femmes de 15 à 49 ans avec des disparités dans les régions du Sud 69%, du Nord 30% ; 17% à l’ouest et 6% au centre du pays alors que celui du mariage précoce oscille autour de 33% dans le pays.

Dans cette même veine, les observateurs constatent amèrement que les jeunes filles restent encore largement exclues des instances de décisions, et du système scolaire secondaire.

Un tableau sombre qui les oblige à s’extirper du box des spectateurs (trices) et des victimes pour revendiquer un rôle d’acteur dans la défense des droits de la fille. Une revendication qui ne souffre d’aucune légitimité au moment où la communauté internationale vient d’enclencher l’ère des Objectifs de développement du millénaire (Odd) qui forment un programme de développement ambitieux signé par tous les pays et qui devra être mis en œuvre à l’horizon 2030.

Les vannes de la revendication des filles du Sénégal ont été artistiquement ouvertes par la troupe Espoir de la Banlieue de Dakar qui, à travers une planche, a servi au public constitué d’un nombre considérable d’adultes, des « sommations interpellatives » par rapport à leur quotidien.

Dans la même cadence, Mlle Vicera Ndione du réseau des jeunes filles leaders, tire la sonnette d’alarme pour plus de rigueur dans le respect du droit des filles. Elle invite ainsi ses consœurs à oser intégrer les matières scientifiques lors de leur cursus scolaire. Mlle Ndione recommande l’instauration de modules en leadership dès le niveau primaire. Ce qui va inculquer à la fille, dès le bas âge, les valeurs cardinales devant la permettre de contribuer au développement de son pays dans le futur.

Mme Djeynaba Diakhaté, actrice de l’éducation non formelle, dans son plaidoyer a souligné la nécessité d’assister davantage les domestiques. A son avis, ces dernières ont besoin d’appui financier devant leur permettre, non seulement de mettre en œuvre leurs idées de projets, mais aussi de sortie de la galère qu’elles endurent au quotidien dans les maisons.

A défaut d’une prompte réaction des autorités sénégalaises, les adolescentes peuvent se consoler avec le soutien du système des Nations-Unies, des organisations de femmes, la société civile, le secteur privé et entre autres structures engagées dans la lutte pour la défense de leur cause. Il faut préciser que des organisations onusiennes (UNICEF, UNFPA, ONU Femmes) ont regroupé leurs forces pour donner plus d’impact à leur apport dans cette lutte. La coordonatrice du programme pays d’ONU Femmes, Mme Marie Pierre Racky Chaupin, fait remarquer que « les filles nées au début du millénaire ont atteint l’adolescence, et les filles nées cette année seront adolescente en 2030 ».

A son avis, alors qu’il est prévu les Odd pour les 15 prochaines années, « c’est un moment opportun pour réfléchir au pouvoir fondamental des adolescentes pour briser la transmission intergénérationnelle de la pauvreté, de la violence, de l’exclusion et de la discrimination ». Ce qui fait ainsi du respect et de la réalisation des droits des femmes et des filles au processus de prise de décision une obligation et un impératif moral.

Sur cet élan, Mme Maïmouna Yade appelle à mettre l’éducation au centre du « combat ». A son avis, la démarche devrait permettre de faire des filles de véritables agents de changement. Ce qui va les propulser au devant de la scène des politiques élaborées en leur faveur.

La syndicaliste, Fatou Bintou Yafa, pour sa part, invite les acteurs à se focaliser sur la question de la migration des adolescentes et ses effets pervers. Elle cite ainsi l’exemple de la tragédie subie par 600 jeunes filles mauritaniennes envoyées en Arabie Saoudite et qui ont fini par être transformées en domestique ou « esclave des temps modernes ».

De l’espoir malgré un travail inachevé

« 2015 a été une année pour célébrer les progrès, pour appeler à une accélération des actions, pour se questionner sur ce qui entrave l’égalité des sexes et enfin prendre un engagement renouvelé en faveur de l’autonomisation des femmes et des filles », dira Mme Graça Machel, femme d’État, dans le rapport de Plan International intitulé « Le droit des filles, un travail inachevé ».

Cette volonté affichée donne lieu d’espérer au moment où cette organisation de défense des droits de l’enfant, dans un communiqué cite des militants, des universitaires, des politiciens et des écrivains qui estiment que « les années à venir pourraient apporter une amélioration historique dans la vie des filles si nous capitalisons les réalisations faites en matière de santé, de droits et de leur statut social et si nous mettons fin à la violence qui les afflige encore ».

Les militants de la cause de la fille qualifient cette année de « décisive ». Plan International informe que des résultats majeurs ont été obtenus, dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) dans la lutte contre la mortalité maternelle, pour l’éducation des femmes et leur protection juridique. Un état de fait qui permet à l’organisation pour les droits de l’enfant de dire que c’est une base légale pour les Objectifs de développement durable qui font de l’égalité des sexes une priorité.

L’État dos au mur

La journée internationale des jeunes filles s’est caractérisée cette année par un randonné pédestre soutenu par Plan Sénégal. Elles ont été des centaines de jeunes filles et garçons à braver un soleil de plomb pour mettre les autorités devant leur responsabilité. « Oui à l’éducation des filles », « non à la violence sur les filles », etc. sont entre autres slogans brandis par une cohorte de jeunes filles très déterminées à se faire entendre.

Parties de la place de l’Obélisque, les marcheuses ont bivouaqué devant les grilles de la Radio Télévision Sénégal (RTS) où elles ont apostrophé l’État à travers une déclaration. Lue par une des leurs, exhortent les autorités sur d’emblée reconnu les efforts consentis par les autorités sénégalaises.

Face à l’ampleur des défis, elles exhortent l’État à travers un ensemble de points à intensifier ses actions visant à promouvoir les droits des filles spécifiquement le droit à un acte de naissance, l’interdiction du mariage précoces des filles, la promotion d’une éducation de qualité et de la formation en adéquation aux nouvelles orientations du marché du travail.

Les adolescentes sénégalaises invitent leur État à créer un cadre d’expression favorable aux jeunes femmes leaders compétentes et responsables politiques dans leurs localités respectives pour une meilleure représentativité au niveau des institutions. Elle l’invite ainsi à respecter ses engagements pris à Maputo en 2003 spécifiquement l’application de l’article 14.

Dans cette même veine, l’État est prié de mettre en application la loi 99-05 pour que toutes celles qui continuent à pratiquer l’excision soient sanctionnées au nom du droit à l’intégrité physique.

Pour montrer leur disponibilité à faire évoluer les choses, les filles sénégalaises s’engagent à accompagner l’État dans la réalisation de toutes les politiques qui leur sont destinées.

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