Face au COVID-19, il faut réorienter en urgence les budgets vers la production agricole et les réserves alimentaires, suggèrent des experts

22 Mai 2020
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African Development Bank (Abidjan)

Les pays africains doivent en urgence accroître leurs réserves alimentaires, maintenir leurs approvisionnements, et augmenter leurs budgets en faveur de l'agriculture afin d'éviter une crise alimentaire en partie causée par la pandémie de COVID-19. Ce sont là quelques-unes des recommandations formulées par les experts présents à un webinaire organisé les 19 et 20 mai derniers par l'Institut africain de développement (ADI).

« L'Afrique doit à présent, et plus que jamais, élaborer et mettre en œuvre des politiques visant à renforcer ses capacités à affronter la concurrence dans le secteur agricole, la transformation des matières premières, le commerce et l'industrie », ont-ils insisté.

En soulignant que la pandémie de COVID-19 avait accéléré la transition vers la quatrième révolution industrielle, les participants au webinaire ont également appelé les gouvernements africains à intensifier le développement des technologies de production agricole, notamment par les initiatives du secteur privé, afin de renforcer la résilience et l'autosuffisance du secteur.

Au cours de ce webinaire intitulé « Renforcer la résilience des systèmes alimentaires et des chaînes de valeur agricoles : les réponses en matière de politiques agricoles face au COVID-19 en Afrique », les participants ont analysé les effets de la pandémie sur les systèmes agroalimentaires d'Afrique et ont formulé des recommandations afin de rendre les politiques plus résilientes et performantes.

Cet échange, qui a rassemblé 770 experts de 57 pays, était le deuxième d'une série organisée par la Communauté mondiale de pratiques (G-CoP) de l'ADI visant à apporter aux pays membres du Groupe de la Banque africaine de développement des orientations dans le choix des politiques.

Les participants ont recommandé aux gouvernements d'accorder la priorité aux secteurs de l'agriculture et de l'agro-industrie dans leurs programmes de sécurité nationale à travers la mise en œuvre de réformes structurelles. Parmi les réformes proposées figure notamment la fusion des ministères de l'Agriculture, de la Santé, du Commerce, de l'Industrie et de l'Environnement en un « ministère de la Santé ».

L'introduction de barrières commerciales ou non commerciales n'est pas une politique bienvenue en Afrique, en particulier pendant les pandémies, selon les participants. Ceux-ci ont donc appelé l'Afrique à établir des couloirs verts et des systèmes alimentaires nationaux et à maintenir ouvertes les chaînes d'approvisionnement alimentaire interrégionales.

De nombreux pays du continent doivent importer des denrées alimentaires pour répondre à la demande intérieure et sont confrontés à de dangereuses pénuries alimentaires causées par des perturbations de la chaîne d'approvisionnement liées à la pandémie de COVID-19. En outre, un certain nombre de pays d'Afrique de l'Est et de la Corne sont aux prises avec une autre menace pour la sécurité alimentaire : les nuées de criquets.

Les participants ont fait ressortir que l'insécurité alimentaire avait été un problème avant la pandémie, car de nombreux pays manquent de réserves alimentaires stratégiques adaptées. D'autres problèmes, notamment le changement climatique, la pénurie d'eau et l'existence de marchés agricoles peu développés, ont également été soulevés. Ces facteurs pourraient faire bien plus de morts en Afrique que la pandémie de COVID-19 si les blocages persistent sans que ne soient éliminés les « goulets d'étranglement » de la chaîne d'approvisionnement alimentaire pour les personnes vulnérables.

« Sans la pandémie de COVID-19, une grande partie des nôtres souffrait déjà de la faim. La pandémie a aggravé la situation. Appelons cela une situation d'urgence pour la production alimentaire et ne ratons pas cette occasion », ont-ils indiqué, comparant cette situation à « une guerre silencieuse contre les populations les plus vulnérables sans utilisation d'armes ».

Les participants ont proposé plusieurs solutions : la promotion des activités de recherche, le relèvement des capacités et le développement des échanges agricoles régionaux, la Zone de libre-échange continentale africaine qui représentent une voie menant vers des chaînes d'approvisionnement alimentaire régionales résilientes.

Ces experts ont également demandé la création de fonds nationaux permettant l'accélération de la productivité agricole afin d'aider les petits agriculteurs et les PME à accroître leur production.

Les femmes représentent une part importante de la main-d'œuvre agricole et les participants ont demandé un déploiement urgent de financements et d'assistance technique, notamment à travers des transferts en espèces pour les femmes et les petits exploitants agricoles permettant d'accélérer le développement agricole et la production alimentaire. Ils ont proposé que des contrats à long terme soient signés avec les producteurs locaux, les exploitants des zones urbaines et les distributeurs pour assurer la continuité de l'approvisionnement.

L'initiative de la Banque africaine de développement « Technologies pour la transformation de l'agriculture en Afrique » (TTAA) et les zones spéciales de transformation agroalimentaire (SCPZ) ont été citées comme de bons stimulants permettant de renforcer la résilience des systèmes alimentaires et des chaînes de valeur agricoles.

Le webinaire, organisé en partenariat avec l'Association africaine des économistes agricoles (AAAE), a réuni des intervenants venant de la Banque mondiale, de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), d'universités spécialisées dans l'agriculture et d'instituts et de réseaux de recherche sur les politiques agricoles.

L'Institut africain de développement (ADI) est le point focal de la Banque africaine de développement. Son objectif est de conduire les opérations visant à renforcer durablement les capacités pour une effectivité du développement dans les pays membres régionaux de la Banque.

Contact:

Emeka Anuforo, Département de la communication et des relations extérieures, Banque africaine de développement, e-mail : e.anuforo@afdb.org

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