Afrique de l'Ouest: Retrait souhaite des troupes béninoises du Mali - Une demande qui peut se comprendre

analyse

Le ministre béninois des Affaires étrangères, Aurélien Agbénonci, a annoncé, le 21 mai 2022, que d'ici à novembre 2023, son pays retirera de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la Stabilisation du Mali (MINUSMA), ses 140 policiers et 250 militaires présents au Mali.

Le Bénin est aussi de plus en plus confronté à des actes de terrorisme à ses frontières Nord. On peut donc comprendre le besoin de rapatrier ses troupes pour renforcer les capacités de défense et de protection de son territoire. La question que l'on pourrait se poser est la suivante : pourquoi maintenant ?

N'étant pas dans le secret des autorités béninoises, l'on ne peut que se livrer à des hypothèses. Que le Bénin soit confronté à des actes de terrorisme, cela n'est pas nouveau. En Afrique de l'Ouest, hormis des pays du Golfe de Guinée, rares sont les pays qui n'ont pas encore été touchés par ce fléau. Y aurait-il donc quelque chose à voir avec la politique interne du Mali ?

On peut être fondé à le penser. La présence des militaires du groupe Wagner au Mali n'est plus tellement un secret malgré les démentis du régime de Transition. C'est d'ailleurs cela qui a contribué à détériorer sérieusement les relations entre le Mali d'un côté, la France et les pays européens de l'autre.

Ces derniers accusent le Mali de recourir à des mercenaires, en violation du droit international, alors que le Mali persiste dans la négation. Cette incompréhension a conduit les autorités maliennes à décider de l'expulsion du Mali, des troupes françaises de l'opération Barkhane et des troupes européennes de l'opération Takuba.

Les autorités maliennes peuvent chercher à s'émanciper du G5-Sahel

Du coup, la confiance entre le Mali et les pays qui gravitent dans la zone d'influence française, dont le Bénin, est ébranlée. La récente décision du Mali de se retirer du G5-Sahel, n'a fait qu'entamer le peu de confiance qui pouvait encore exister quant à la volonté du Mali de coopérer sincèrement avec ses partenaires dans la lutte contre le terrorisme.

En outre, afin de permettre aux troupes de Wagner d'opérer tranquillement, les autorités maliennes ont pris des mesures de restrictions des capacités de manœuvre des troupes de la MINUSMA qui seraient maintenant pratiquement cantonnées. Plutôt que d'avoir des hommes d'expérience cantonnés, sans utilité pratique, on peut comprendre que le Bénin cherche à les récupérer pour un meilleur emploi sur son propre sol.

C'est dans un tel contexte qu'après la Mauritanie, le président tchadien vient de demander au Mali de reconsidérer sa décision de se retirer du G5-Sahel. Le Tchad dispose de troupes cantonnées dans la zone des trois frontières au titre du G5- Sahel, et c'est ce pays qui, jusque-là, en assure toujours la présidence.

Le président tchadien dispose donc de l'autorité nécessaire pour éventuellement exercer des pressions amicales sur les autorités maliennes. Sans le Mali, en effet, il n'existe plus de continuité territoriale entre les pays du G5-Sahel, et la Mauritanie se retrouve isolée et rejetée à l'extrémité Ouest.

La lutte contre le terrorisme, qui se joue des frontières, devient plus problématique. Incontestablement, le Mali est un élément central dans l'architecture du G5-Sahel, et son retrait, s'il devenait effectif, mettrait à mal l'organisation qui pourrait même être menacée de disparition. La démarche du président tchadien peut-elle aboutir ? Rien n'est impossible.

Mais le doute est aussi permis. On sait que la crise qui a abouti à l'annonce du retrait du Mali, a été provoquée par le même président tchadien qui n'a pas voulu transmettre à temps, la présidence tournante de l'organisation qui revenait maintenant au Mali. Du coup, les autorités maliennes sont autorisées à être en état de légitime méfiance à son égard.

Sans oublier que les autorités maliennes, qui ont décidé de regarder ailleurs pour trouver des solutions à l'insécurité, peuvent chercher à s'émanciper du G5-Sahel, qui est sous l'influence de la France et des Européens, pour tracer librement leur chemin avec leurs nouveaux partenaires, à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes d'une structure et de partenaires qui, jusque-là, selon elles, ne leur ont pas apporté grand-chose.

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