Afrique de l'Est: Offensive du M23 en RDC - Ballet diplomatique noyé dans le fracas des armes

Les rebelles du M23 font leur entrée dans la ville de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu,

Le vieux volcan de l'insécurité dans la région de l'Est de la République démocratique du Congo, particulièrement dans la province du Nord-Kivu est de nouveau en ébullition.

Depuis le mois de mai 2022, la rébellion du M23 a repris son offensive et les combats se rapprochent dangereusement de Goma la capitale régionale.

De quoi hérisser les poils des autorités de Kinshasa, le président Félix Tshisekedi en tête, qui a décidé d'un recrutement massif de volontaires pour défendre l'intégrité territoriale du pays mise à mal par les rebelles du M23. En effet, ces derniers ont gagné du terrain depuis le mois d'octobre, occupant des localités comme celle du Nyaragongo, au-delà des forêts du Rutshuru où ils étaient sanctuarisés depuis 10 ans. Désormais à une vingtaine de kilomètres de Goma, leur offensive a dépassé la proportion de simples incursions faites de razzias des villages de la RDC frontaliers du Rwanda.

Rwanda, le mot est lâché, car depuis toujours, les autorités de Kinshasa accusent celles de Kigali d'être les parrains de ces rebelles du M23, difficiles à réduire, vivant dans un système de vases communicants dans la région des 3 frontières RDC-Rwanda-Ouganda. Les combats qui opposent ces rebelles et les Forces armées de la RDC (FARDC) depuis mai 2022 sont plus violents que de par le passé, Félix Tshisekedi ayant décidé d'en finir avec ce cancer de rébellion qui gangrène l'est du pays depuis 20 ans. Une détermination qui a trouvé du répondant en face. Chose qui a installé l'est de la RDC dans une crise humanitaire avec une population de déplacés internes qui avoisine désormais les 240.000 personnes, selon une estimation des Nations unies.

Au-delà de sa région Est, les affrontements dans le Nord-Kivu menacent donc de déstabiliser toute la RDC et par ricochet toute l'Afrique orientale et australe. Une perspective inquiétante prise très au sérieux par les organisations régionales et même l'Union africaine. Ainsi, cette dernière en accord avec la Communauté de développement d'Afrique australe (SADEC) ont désigné le président angolais, Joao Lourenço comme médiateur et la Communauté des Etats d'Afrique de l'Est, l'ancien président du Kenya Uhuru Kenyatta, facilitateur pour conjurer le péril de l'extension du conflit.

Le président Lourenço a ainsi rencontré séparément les présidents Kagamé et Tshisekedi dans leur capitale. C'était vendredi et samedi derniers et si les 3 chefs d'Etat n'ont fait aucune déclaration sur cette médiation, les déclarations du ministre des Affaires étrangères de la RDC enjoignant les jeunes de son pays à répondre massivement à l'appel du président Tshisekedi à s'enrôler pour aller au front, ne laissent pas présager d'une fin imminente des hostilités.

Au demeurant, à peine le médiateur de l'Union africaine et de la SADEC partait de Kinshasa, que le facilitateur de la Communauté économique d'Afrique de l'Est y arrivait. Après Kinshasa, Uhuru Kenyatta devrait poursuivre sa mission de bons offices à Kigali. Pas sûr que le président Kagamé l'y accueille avec le sourire car des troupes kényanes ont débarqué à Goma samedi dernier. Sur décision des Etats d'Afrique de l'Est, elles doivent jouer le rôle d'une force tampon entre les belligérants. Pour cause : les affrontements entre le M23 et l'armée congolaise menacent de prendre les dimensions d'une guerre entre la RDC et le Rwanda, peu ou prou soutenue par l'Ouganda, mettant en péril la paix régionale. Le ballet diplomatique en cours et le déploiement d'une force tampon pourront-il sauver le Nord-Kivu et la paix ?

En rappel, le mouvement rebelle M23 est né le 23 avril 2012. Il est l'héritier des revendications du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) créé par l'ex-général Laurent NKunda, un mutin proche du Rwanda, radié des FARDC en 2000. Les affrontements actuels sont donc la résultante d'une vieille mutinerie qui s'est métastasée.

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