Nigeria: 70 morts dans l'explosion d'un camion-citerne - La rançon mortelle de l'insouciance et du laisser-aller

Scène de l’explosion d’un pétrolier (photo d'illustration)

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Invariablement. C'est d'ailleurs une loi de la physique. Samedi dernier, au Nigeria, pas moins de 70 personnes ont trouvé la mort dans l'incendie d'un camion-citerne qui s'est renversé entre Abuja, la capitale fédérale, et Kaduna.

Le camion s'est renversé et se vidait de ses 60 000 litres quand les populations ont accouru, tentant de recueillir le précieux jus à leurs yeux. L'étincelle serait partie d'un groupe électrogène dans les environs et l'explosion du véhicule a englouti un autre camion-citerne dans les environs.

Une catastrophe... Une de plus dans ce Nigeria qui n'en finit pas de compter ses morts dans des circonstances similaires. Cette hécatombe vient en effet rappeler tant d'autres. Pas plus tard qu'en octobre 2024, 170 personnes ont péri de façon aussi atroce sur l'une des routes de l'Etat du Jigawa. En septembre de la même année, une collision entre un camion-citerne et un véhicule de transport de bétail avait fait 60 morts.

Il faut croire que les accidents du genre tuent autant que Boko Haram, le groupe terroriste qui sévit surtout dans le nord du pays. En 2020, les statistiques font état de 1531 cas d'incidents du genre impliquant des camions citernes. Qu'est-ce qui peut bien expliquer cette situation ? Etat des routes ? Celui des véhicules ? Imprudence des chauffeurs ? Sans doute, c'est tous ces mélanges qui produisent les cocktails explosifs qu'on constate régulièrement, sans que malheureusement l'Etat fédéral puisse y faire grand-chose.

Le plus rageant est que ces drames à répétition interviennent dans le pays, premier producteur africain de pétrole. Paradoxalement, les hydrocarbures sont denrée particulièrement inaccessible due aux prix et même à la disponibilité des ressources. Ce n'est pourtant pas la faute aux raffineries, dont quatre ont été construites... mais aucune ne fonctionne ! Sans oublier le trafic de carburant, notamment dans le Delta du Niger où les populations se servent directement dans les pipe-lines. Il faut dire qu'il y a une véritable mafia du pétrole autour et qui engraisse des notabilités et non des moindres.

Et pour ne rien arranger, la suppression de la subvention du carburant par l'Etat, décision prise par les tenants du pouvoir, l'inflation à 30 % et la crise économique ont provoqué une envolée du prix du litre d'essence qui, selon les estimations, a quintuplé.

Qu'à cela ne tienne. Pauvreté pour pauvreté, Inflation pour inflation, qu'est-ce qui peut bien pousser de pauvres hères à avoir des comportements aussi suicidaires dans la mesure où la multiplication des drames devrait décourager et dissuader ceux qui seraient tentés de se servir sans bourse délier ? Que de risques aussi inconsidérés pour quelques litres de pétrole recueillis d'une citerne accidentée ! Valent-ils vraiment la peine d'être courus ?

Espérons que la plus grande raffinerie du continent construite par Aliko Dangote, qui a commencé à livrer ses premiers litres d'essence en septembre dernier pourrait inverser la tendance à travers une réduction du prix des hydrocarbures qui sont jusque-là importés pour la quasi-totalité. Avec la mise en service de cette infrastructure censée pouvoir couvrir l'intégralité des besoins du géant d'Afrique, le rêve est permis.

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