Au Kenya, une pétition pour la libération de l'opposant Kizza Besigye a été transmise au Parlement et à l'ambassade d'Ouganda, ce lundi 24 février. Des dizaines de personnes ont manifesté à Nairobi, à l'appel de plusieurs organisations de la société civile comme Amnesty international. Kizza Besigye a été enlevé à Nairobi, le 16 novembre, avant de réapparaître, quelques jours plus tard, devant une Cour militaire en Ouganda. Les manifestants sont venus dénoncer ces enlèvements politiques qui se multiplient au Kenya.
Daniel Selcyanzi est un demandeur d'asile ougandais. Depuis cinq ans, ce militant des droits de l'homme vit caché à Nairobi.
« En 2022, j'ai été enlevé et torturé ici au Kenya. Beaucoup d'Ougandais sont enlevés comme moi, à Kisumu, la frontière. Ils sont renvoyés en Ouganda et se retrouvent en prison. On ne peut plus penser qu'on est en sécurité au Kenya. C'est ça la vérité », témoigne-t-il.
Quand Kizza Besigye a été enlevé à Nairobi, il venait assister au lancement du livre d'une amie. C'était loin d'être son premier séjour au Kenya.
Davji Atellah est le secrétaire général du syndicat des médecins kényans : « Il a travaillé ici au Kenya dans les hôpitaux Aga Khan et Kenyatta. Il a donc servi des Kényans. Que Kizza Besigye soit enlevé ici et envoyé dans une prison militaire en Ouganda, signifie que personne n'est en sécurité. Hier, c'était lui, demain peut-être vous. L'injustice faite à une personne est une injustice faite à tous. »
En janvier, c'est la militante des droits de l'homme tanzanienne Maria Sarungi Tsehai qui a été enlevée, dans la capitale kényane. Pour Hussein Khalid, président de Vocal Africa, ces pratiques doivent cesser : « On condamne fermement les enlèvements d'étrangers dans notre pays. Et on demande, en outre, que ceux qui sont responsables de ces enlèvements au Kenya soient poursuivis par la justice. Ce n'est pas négociable. »
Très affaibli, Kizza Besigye a suspendu sa grève de la faim ce week-end. Son procès pour trahison se poursuit.
« Du point de vue du droit, nous pouvons faire beaucoup de choses »
Joint par RFI, Andrew Karamagi, un de ses avocats, se dit inquiet de l'état de santé de Kizza Besigye.
« Bien sûr, je suis inquiet de l'état de santé du docteur Kizza Besigye, parce qu'il a suivi une grève de la faim, mais aussi parce que les conditions dans lesquelles il est détenu sont absolument inhumaines. Nous les condamnons fermement et demandons qu'il soit traité, selon les lois internationales qui ont été ratifiées par l'Ouganda. Du point de vue du droit, nous pouvons faire beaucoup de choses pour faire avancer son affaire. L'Ouganda fait partie de la communauté des États d'Afrique de l'Est et est soumis à ses traités. Nous avons déjà porté plainte auprès de la cour de justice est-africaine d'Arusha, au sujet de l'enlèvement de Kizza Besigye, ici, à Nairobi et de sa reddition à l'Ouganda. Ce crime a été commis par plus d'un gouvernement et peut être poursuivi par une Cour internationale comme celle d'Arusha. Donc il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire, que ce soit auprès des tribunaux est-africains ou auprès des tribunaux kényans, car des accords bilatéraux unissent nos deux pays », explique Maître Andrew Karamagi.