Dans le cadre du Africa Gate to Growth Forum (AGGF) 2025, organisé par le cabinet d’avocats CLKA , dix startups ivoiriennes ont été sélectionnées pour un forum suivi d’une immersion d’une semaine dans l’écosystème de la Silicon Valley, à San Francisco. Ce programme, soutenu par l’initiative Ivoire Tech Champions, vise à renforcer les trajectoires de croissance des jeunes entreprises à fort potentiel, en leur offrant un accès direct à des outils, des méthodes et des réseaux de haut niveau.
Parmi les participants, deux startups aux modèles complémentaires se sont particulièrement illustrées : SellArts , spécialisée dans la valorisation numérique du marché de l’art africain, et BLOK , plateforme de digitalisation de la chaîne d’approvisionnement dans le secteur du BTP.
Comprendre la scalabilité, structurer la croissance
Durant cette semaine intensive, les fondateurs de SellArts et de BLOK ont pu participer à des sessions stratégiques sur la scalabilité, des ateliers de renforcement des capacités, et des rencontres ciblées avec des investisseurs et des mentors expérimentés. L’objectif : mieux appréhender les dynamiques de croissance à l’international et intégrer des éléments d’innovation dans leurs modèles économiques.
"Cette immersion nous a permis de challenger notre vision. Cela nous pousse à revoir notre rythme d’exécution.", indique Yohann Behi, cofondateur de BLOK.
Du côté de Philippe Emmanuel Yacé, cofondateur de SellArts, le constat est similaire : "L’écosystème est incroyablement structuré. Ce que je retiens, c’est leur capacité à exécuter rapidement, leur obsession pour la scalabilité et leur approche ‘fail fast, learn fast’ (échouer vite, apprendre vite)."
De premières connexions prometteuses
Tout au long de la semaine, les participants ont eu l’opportunité d’échanger avec des entrepreneurs à succès, des investisseurs en capital-risque et des responsables d’incubateurs, notamment à Berkeley et au Silicon Valley Innovation Center. Ces échanges ont permis d’identifier des leviers concrets d’accélération pour leurs projets respectifs.
"J’ai pu échanger avec plusieurs personnes intéressées par notre projet. Ces discussions ouvrent des pistes de collaboration que nous allons explorer", ajoute Philippe Emmanuel Yacé.
Pour Yohann Behi, les retours reçus sur son pitch à l’incubateur de Berkeley ont été décisifs : "Cela nous aidera à affiner notre positionnement et à repenser certaines briques stratégiques."
Lever des fonds : le défi ivoirien
Si la Silicon Valley regorge d’investisseurs, la Côte d’Ivoire reste un marché un peu trop prudent. C’est l’un des enseignements majeurs que tire Philippe Emmanuel Yacé. "Aux États-Unis, lever des fonds est une étape quasi-normale du développement, tandis qu’en Côte d’Ivoire, les startups doivent souvent prouver leur rentabilité très tôt, ce qui peut freiner leur croissance", analyse-t-il. Un diagnostic partagé par d'autres fondateurs africains confrontés aux mêmes barrières.
Le défi n’est pas uniquement financier. L’acceptation du risque est une autre différence clé. "Il y a aussi une plus grande acceptation du risque et de l’échec aux États-Unis, alors qu’en Afrique, les entrepreneurs sont souvent plus prudents", poursuit-il.
Un constat que partage Yohann Behi, pour qui le décalage entre les deux écosystèmes tient autant à la structuration du financement qu’à la maturité globale du marché. “En Côte d’Ivoire, le marché est moins mature, avec des défis comme la digitalisation et le financement, mais aussi d’immenses opportunités dans un écosystème en construction”, observe-t-il.
Pour le cofondateur de BLOK, l’écosystème californien montre à quel point un environnement bien structuré, doté d’un accès facilité aux financements et d’un accompagnement pragmatique, peut accélérer la croissance d’une startup. “L’essentiel est d’adapter les meilleures pratiques à notre réalité et de croire en notre potentiel.”
Une ambition renforcée pour l’avenir
À l’issue du programme, SellArts et BLOK entendent capitaliser sur les enseignements reçus. SellArts vise une internationalisation rapide, en nouant des partenariats avec des galeries et institutions étrangères. « J’ai pu échanger avec plusieurs personnes intéressées par notre projet. Ces échanges ont permis d’explorer des pistes potentielles de collaboration, et nous restons attentifs aux opportunités qui pourraient en découler,» raconte Philippe Emmanuel Yacé.
BLOK, de son côté, envisage une structuration plus robuste de ses outils, avec une montée en puissance de la digitalisation et une expansion régionale. « J’ai reçu des retours constructifs sur mon pitch lors de notre passage à l’incubateur de Berkeley. Cela nous aidera à mieux structurer notre message », dit-il. Des échanges qui pourraient déboucher sur de futures connexions utiles – aux États-Unis comme en Côte d’Ivoire.
Pour les deux startups, l’ AGGF 2025 marque un tournant stratégique. À leur retour à Abidjan, elles entament une nouvelle phase de consolidation. "Ce type d’initiative est essentiel pour aider les startups à penser global dès aujourd’hui", conclut un responsable du programme Ivoire Tech Champions.
Outre SellArts et BLOK, d’autres startups comme Skanmed (santé numérique), La Ruche Health (biotechnologies), ou encore Trenderz (intelligence artificielle appliquée au marketing), ont également profité de cette dynamique pour affirmer leur positionnement et envisager leur passage à l’échelle. Car si l’ Africa Gate to Growth Forum ambitionne d’être un accélérateur de croissance pour les startups ivoiriennes, son " véritable enjeu reste de créer un pont durable et opérationnel entre l’innovation africaine et les pôles technologiques mondiaux.", analyse un responsable du programme Ivoire Tech Champions, qui accompagne ces entrepreneurs.