Dans le cadre des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement, des représentants de pays africains, d'institutions et banques multilatérales de développement, et des dirigeants du secteur privé ont échangé, jeudi à Abidjan, sur les succès, les défis et les principes clés de conception et de renforcement des plateformes nationales et régionales.
Le panel, organisé dans le cadre de la présidence sud-africaine du G20, visait à faire progresser les discussions sur la nécessité d'élaborer des plateformes nationales ambitieuses afin de permettre aux pays du continent de mobiliser davantage de financements, d'harmoniser leurs politiques et d'améliorer la coopération entre les gouvernements, les banques multilatérales de développement, les institutions financières et les entreprises du secteur privé.
Pour les participants, les banques multilatérales de développement et les institutions de financement du développement doivent collaborer plus efficacement afin d'accroître l'accessibilité, l'efficacité et la réactivité de leurs opérations. Cela nécessite de passer d'approches axées sur les projets à des approches programmatiques, d'améliorer l'intégration du financement, des politiques et de l'assistance technique, et de renforcer la coordination aux niveaux national et institutionnel.
« L'expérience de l'Afrique du Sud, qui a mis en oeuvre une plateforme basée sur une transition énergétique juste, la décarbonisation et un système économique orienté vers le développement social inclusif sur la période 2022-2028, nous a appris trois choses : la nécessité d'un leadership national fort, le renforcement de la confiance avec les acteurs économiques et sociaux, et l'importance des outils d'innovation financière », a déclaré Neil Cole, expert en finances publiques et en financement climatique, qui modérait la session.
M. Cole a précisé que les plateformes dotées d'une forte cohérence institutionnelle étaient pilotées depuis la présidence sud-africaine et s'appuyaient sur une Commission présidentielle sur le climat. « L'objectif est clair : inclure les enjeux climatiques dans les politiques nationales de développement et attirer les financements privés à long terme », a-t-il souligné.
Yussuf Hussein, conseiller en finances climatiques du président du Kenya, a présenté la stratégie de son pays, centrée sur la structuration d'un cadre cohérent d'investissement, capable de catalyser tous les leviers disponibles, des partenaires traditionnels aux organisations philanthropiques. « Notre défi est de coordonner les efforts, structurer les engagements et équilibrer les attentes entre secteur public et secteur privé », a affirmé M. Hussein. Le Kenya entend apprendre des expériences de pays comme l'Égypte, l'Indonésie ou le Sénégal, déjà engagés sur cette voie.
Pour les panélistes, l'appropriation nationale est une condition de l'efficacité des plateformes nationales et régionales. En fait, là où les plateformes ont permis un développement durable et inclusif, il a fallu un leadership affirmé, une coordination entre acteurs et, surtout, un engagement concret des acteurs financiers multilatéraux, bilatéraux et privés.
Christophe Rauh, directeur pour l'Afrique subsaharienne au ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du développement (BMZ), a ainsi rappelé l'importance de l'appropriation par les pays partenaires pour garantir l'efficacité de l'aide. « Il ne suffit pas d'attendre les donateurs. Il faut que les pays se sentent propriétaires des projets. Sinon, les efforts ne seront pas durables. » Il a également insisté sur la nécessité d'une transparence accrue, d'une communication ouverte et d'une clarification des attentes entre les partenaires. « La plateforme pays est un exercice exigeant, mais elle permet d'aligner les initiatives bilatérales, multilatérales et nationales autour d'un projet commun. »
Pour Avinash Persaud, conseiller économique et financier à la Banque interaméricaine de développement, la cohérence institutionnelle est la clé du succès des plateformes nationales. Pointant « un mal bien connu » dans les pays du Sud, comme le manque de coordination entre ministères et institutions, il a souligné que « dans un même pays, un ministère peut promouvoir un projet pendant qu'un autre y oppose une contrainte réglementaire ». Pour lui, une plateforme pays doit garantir la cohérence entre les régulations, les incitations économiques et les priorités nationales. M. Persaud a également mis en lumière l'importance des dispositifs de couverture contre les risques de change pour attirer les capitaux internationaux.
Alain Ebobissé, directeur général d'Africa50, un mécanisme multilatéral visant à réduire le déficit de financement des infrastructures en Afrique en attirant le secteur privé, a plaidé pour un investissement massif dans la préparation des projets afin de disposer de projets bancables pouvant intéresser le secteur privé. Il a illustré son propos par le succès du programme de production d'énergie solaire de Benban, en Égypte, et les projets d'énergie renouvelable en Afrique du Sud. « Il faut investir dans les phases initiales de préparation des projets. C'est à ce moment critique que se joue leur bancabilité. »
Africa50 appuie activement l'Alliance pour l'infrastructure verte en Afrique (AGIA), lancée en partenariat avec la Banque africaine de développement et l'Union africaine, et appelle à une mobilisation plus ambitieuse de ressources pour renforcer les plateformes pays.
Pour l'ensemble des panélistes, il y a nécessité de renforcer le dialogue sur l'harmonisation des financements public et privé.
Clôturant les échanges, la vice-présidente du Groupe de la Banque africaine de développement chargée du Développement régional, de l'Intégration et de la Prestation de services, Nnenna Nwabufo, a souligné que l'Afrique avait besoin de davantage de capitaux pour un développement durable et inclusif ; mais le problème réside aussi dans le fait que certains pays ne s'approprient pas leur plateforme pays. « C'est souvent difficile de travailler avec certains gouvernements. Lorsque les pays ne définissent pas leurs priorités, il devient difficile de mobiliser des ressources en leur faveur. Si leurs projets ne sont pas prêts, on ne peut pas faire grand-chose », a-t-elle regretté. Aussi a-t-elle appelé les différentes parties à « mettre la main à la pâte ».
Mme Nwabufo a indiqué que la Banque africaine de développement était disposée à accompagner les pays et les régions à se doter de plateformes de développement robustes, capables d'attirer les financements du secteur privé et des institutions multilatérales.
« La Banque africaine de développement est engagée à utiliser ses connaissances pour soutenir les pays et concevoir avec eux des plateformes intégrées. Les plateformes pays alignées sur les objectifs de développement nationaux obtiennent les appuis nécessaires. Les exemples montrent que nous pouvons recevoir des ressources du secteur privé si la coordination du secteur public est assurée », a-t-elle conclu.