C'est une panne qui tombe au pire moment. Depuis quelques semaines, le site d'ELECAM, organe en charge de l'organisation des élections au Cameroun ainsi que sa page permettant de consulter les inscriptions sont inaccessibles.
A l'origine de ce surprenant « bug informatique » : une question de maintenance, selon la version officielle.
A quelque cinq mois de la présidentielle prévue en octobre, cette avarie suscite moult interrogations, inquiétudes et suspicions légitimes au sein de l'opposition et de la société civile dont on connaît le peu de crédit qu'ils accordent à ELECAM.
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« Il n'y a pas de raison qu'un organe qui est supposé être indépendant, jouissant d'une autonomie financière ne puisse pas remplir normalement ses missions. C'est exprès, qu'ils le font parce qu'ils ne veulent pas que les Camerounais vérifient leurs noms sur les listes électorales et se rendent compte de la supercherie qui s'y trouve ». Indignation du principal parti de l'opposition, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Un sentiment largement partagé par bon nombre d'électeurs qui jugent qu'ELECAM n'est qu'un instrument du gouvernement.
Du côté du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), on fait mine de regretter la survenue d'un tel incident, mais avec bémol : « C'est une situation qui cause un préjudice à tout le monde, c'est-à-dire au RDPC comme à toutes les formations engagées dans le jeu politique ».
Voilà donc qui ne va pas rasséréner le climat postélectoral dans cette monarchie de l'Afrique centrale qu'est le Cameroun. Un pays où le chef de l'Etat actuel, Paul Biya, à 93 ans et après quatre décennies de magistrature suprême n'a certes pas encore annoncé officiellement sa candidature mais dont on connaît les velléités de règne ad vitam aeternam au palais d'Etoudi si ce ne sont celles de céder le trône à son fils Franck.
Pour autant, avait-on vraiment besoin d'un blackout du site d'ELECAM dans ce Cameroun, où la dynastie Biya contrôle tous les leviers de l'administration de l'économie et de l'armée, pour faire réélire à souhait l'infatigable nonagénaire ?
Mais, on ne le dira jamais assez, les longs règnes aux moyens de tripatouillages constitutionnels, de perversion des listes électorales, d'instrumentalisation des organes en charge de l'organisation des scrutins finissent toujours par engendrer des périodes de crises politiques et d'instabilité institutionnelles.
L'Afrique est bien payée pour le savoir tant nombreux sont ces satrapes qui ont laissé à leur mort ou à leur départ contraint du pouvoir des Etats en proie au chaos.
