La route qui mène à Kibuka s'accroche à flanc de montagne, un ruban sinueux de gravier et d'argile rouge qui traverse des forêts brumeuses. Il n'y a pas de glissières de sécurité, juste des pentes abruptes dans une mer de verdure. De temps à autre, un vieux pick-up ou une moto émerge du brouillard, descendant prudemment du village situé au-dessus.
Alors que la route franchit la dernière crête, Kibuka apparaît : un flanc de colline escarpé parsemé de personnes se déplaçant lentement parmi des rangées de plants de haricots.
Au coeur de cette activité se trouve Molissia Mbiki, 38 ans, agricultrice déterminée et dirigeante de la coopérative des femmes de Kibuka. Elle avance avec une autorité tranquille, inspectant chaque plante et appliquant un insecticide naturel pour éloigner les parasites.
Pendant des années, Molissia et les autres membres de sa coopérative ont dû relever des défis persistants : faibles rendements, ravageurs destructeurs, tels que le foreur de gousses de légumineuses et les chenilles, et la pénible descente de la montagne pour atteindre des marchés éloignés.
« Vous avez vu à quel point il est difficile d'arriver jusqu'ici, soupire Molissia. Nous pouvions à peine produire de quoi vendre, sans parler de rembourser nos prêts. Et les frais de transport ? Ils ont failli nous ruiner. »
La situation a commencé à changer il y a un an, lorsque la coopérative a rejoint MVIWATA (Mtandao wa Vikundi vya Wakulima Tanzania), un réseau national qui rassemble les petits exploitants agricoles tanzaniens afin de renforcer leur voix et améliorer leurs moyens de subsistance. Grâce au projet de transformation des systèmes alimentaires Baridi Sokoni, financé par le Programme mondial pour l'agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP) et supervisé par la Banque africaine de développement, les femmes de Kibuka ont reçu une formation pratique en agriculture durable : espacement des cultures, lutte contre les parasites, compostage et enrichissement des sols avec des matières organiques.
Mais le changement ne s'est pas arrêté à la ferme. Dans le district de Mvomero, où se trouve Kibuka, MVIWATA a également réhabilité le marché local, facilitant ainsi l'accès des commerçants aux zones de production reculées.
Ce travail s'inscrit dans un effort plus large visant à renforcer les chaînes de valeur horticoles, créant de nouvelles opportunités pour les femmes et les jeunes tout en augmentant les revenus locaux.
« Ce dont nous sommes témoins à Kibuka n'est pas seulement une amélioration des rendements : c'est un formidable exemple de résilience, de leadership et d'innovation locale », explique Philip Boahen, coordinateur du Programme mondial pour l'agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP) à la Banque africaine de développement.
« Lorsque des agricultrices comme Molissia bénéficient des bons outils et des opportunités adéquates, elles ne se contentent pas de transformer leur exploitation, elles transforment des communautés entières. C'est pour produire ce type d'impact que le GAFSP a été créé », poursuit-il.
Pour Molissia, cet impact est personnel et profondément significatif.
« Toutes les femmes ici sont reconnaissantes. J'ai remboursé mon prêt et j'ai même réussi à payer les frais de scolarité de mon fils à Morogoro. Je suis fière et j'espère que nous poursuivrons notre croissance », sourit-elle. Le projet « Baridi Sokoni » -- Services d'approvisionnement des systèmes alimentaires en Tanzanie rurale (F3SRT) a été sélectionné à la suite d'un appel à propositions compétitif pour des projets menés par des organisations de producteurs dans le contexte de la pandémie mondiale de Covid-19 en 2021.
Les Conseils d'administration du Groupe de la Banque africaine de développement ont approuvé le projet « Baridi Sokoni », lui accordant un don supplémentaire de 2,85 millions de dollars en 2024.
L'approche de MVIWATA va au-delà de la formation. Elle favorise un écosystème entrepreneurial où les petits exploitants agricoles ont accès au financement, aux intrants et aux marchés. Grâce à la commercialisation collective, à l'apprentissage par les pairs et au soutien à la gouvernance, le réseau permet aux coopératives d'accroître leur impact. L'accent mis sur l'agroécologie, l'inclusion des femmes et l'appropriation locale garantit une transformation rurale non seulement durable, mais aussi menée par les agriculteurs eux-mêmes.
À Kibuka, et dans d'autres villages du district de Mvemoro, ces coopératives portent en elles la promesse d'un avenir meilleur.