Cameroun: Candidatures d'opposants à la présidentielle camerounaise - La pléthore de poussins fera-t-elle peur à l'épervier ?

Affiche de campagne de Paul Biya à Limbé Cameroun
20 Juillet 2025

La course au Palais d'Etoudi aiguise les appétits des hommes politiques au Cameroun. En effet, pas moins de 27 candidatures ont déjà été enregistrées à la date du 19 juillet 2025, par la Direction générale d'Elections Cameroon (Elecam) dont celles de figures emblématiques de l'opposition, en l'occurrence Maurice Kamto, investi sous la bannière du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (MANIDEM).

Faut-il voir en cette multitude de candidatures un signe de vitalité démocratique ou une réelle volonté de l'opposition de réaliser l'alternance démocratique au Cameroun? En sortant les uns après les autres du bois, les opposants camerounais laissent penser qu'ils mijotent quelque chose de solide face à Paul Biya, candidat à sa propre succession pour un 8e mandat.

L'opposition semble déterminée, cette fois-ci, à vendre chèrement sa peau

Mais toutes les candidatures passeront-t-elles au tamis d'Elecam (Autorité des élections au Cameroun) ? Rien n'est moins sûr. En effet, on ne le sait que trop bien, le pouvoir de Biya ne fera certainement pas de quartier à ses opposants ni à des alliés devenus adversaires. Car, comme on l'a vu dans le passé, si le pouvoir ne se sert pas de « l'opération épervier » pour casser ses adversaires, c'est le mobile de « rébellion en groupe » ou atteinte à la sûreté de l'Etat, qui est vite trouvé pour les jeter en prison.

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Et ce n'est pas l'ancien leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto, qui a souffert le martyre, qui dira le contraire. C'est dire combien le chemin de l'opposition reste parsemé d'embûches. Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que l'opposition semble déterminée, cette fois-ci, à vendre chèrement sa peau. Mais cette pléthore de poussins fera-t-elle peur à l'épervier ? Autrement dit, Biya doit-il se faire du mouron ? On attend de voir.

En tous les cas, en faisant sienne l'assertion selon laquelle mille poussins rassemblés font peur à l'épervier, l'opposition montre qu'elle n'entend pas se laisser conter fleurette. Et c'est tout à son honneur. Sauf que, pour faire mordre la poussière à un vieux lion comme Biya, il faut avoir plus d'un tour dans son sac. Et l'opposition qui a longtemps été laminée, en est bien consciente. En multipliant le nombre de candidatures, sans doute espère-t-elle ainsi accroître ses chances d'obtenir in fine, un candidat unique face au Sphinx de Mvomeka'a.

Mais tout cela pourrait ne pas suffire à déboulonner le plus vieux dirigeant du monde. En effet, le plus grand défi que se doit de relever l'opposition pour espérer réaliser l'alternance démocratique au Cameroun, c'est de gagner le combat de la transparence du scrutin. Car, c'est un secret de Polichinelle, que le système électoral au Cameroun est verrouillé de l'intérieur au point qu'il est quasi impossible de battre Biya dans les urnes. Même si, par extraordinaire, un opposant venait à réaliser cette prouesse, quelle institution aurait le courage de le proclamer vainqueur ?

La flopée de candidatures à laquelle on assiste, n'est autre que l'expression d'un ras-le-bol

On a, du reste, l'impression que tous les princes régnants de cette partie du continent noir, ont été à l'école de l'ancien président gabonais, Omar Bongo, qui soutenait, de son vivant, qu'on n'organise pas des élections pour les perdre. Mais le cas du Cameroun est d'autant plus désespérant qu'après quatre décennies au pouvoir, Paul Biya qui est aujourd'hui âgé de 92 ans, n'entend pas faire valoir ses droits à la retraite. Bien au contraire, tout laisse croire que l'homme ne rêve que d'une seule chose : mourir au pouvoir. Et ce n'est pas tout. D'aucuns le soupçonnent de préparer son fils Franck pour lui succéder.

Peut-on, dans ces conditions, réaliser une alternance pacifique au Cameroun? En vérité, la flopée de candidatures à laquelle on assiste, semble être l'expression d'un ras-le-bol. Et si des poids lourds de la coalition au pouvoir comme Issa Tchiroma Bakary, ancien porte-parole du gouvernement, Bello Bouba Maïga, ministre d'Etat, Nana Aboubakar, ex-ministre délégué chargé de l'environnement, ont décidé de larguer les amarres pour mener le combat de l'alternance aux côtés de Maurice Kamto et compagnie, ils sont certainement convaincus qu'il est plus facile de déplacer une montagne que d'évincer Biya.

Cela dit, même si l'opposition semble lutter contre des moulins à vent, une éventuelle union de celle-ci constitue une lueur d'espoir pour le peuple camerounais qui semble certes résigné, mais ne rêve pas moins de changement.

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