Cette fois-ci, le doute n'est plus permis. Le chef de l'Etat béninois, Patrice Talon, ne se présentera pas à la présidentielle du 12 avril 2026.
Pourtant, il avait beau multiplier et réitérer les promesses et les serments de ne pas briguer un troisième mandat, comme l'impose la Constitution, nombreux étaient les Béninois et bien d'autres observateurs étrangers de la scène politique qui n'osaient parier le moindre kopeck sur le respect de cette parole donnée.
Deux principales raisons fondaient ce scepticisme.
La première, il faut remonter en avril 2016, lors de la cérémonie de prestation de serment de celui qu'on surnomme « le roi du coton », fraichement élu avec 65% des voix.
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Ce jour-là en effet, le nouvel impétrant a encore repris une de ses grandes promesses de campagne : exercer un seul quinquennat et retourner à ses anciennes amours d'homme d'affaires. La suite on la connaît.
Cinq ans plus tard, il est de nouveau candidat à la magistrature suprême qu'il décroche avec plus de 86 % du suffrage. Une rétractation contre laquelle ses contempteurs ne pourront lui opposer aucun argument car en l'espèce il s'agit davantage d'une faute morale et non d'un parjure au sens juridique.
La seconde raison à l'origine de ce scepticisme tire sa source d'une pratique politico-judiciaire rétrograde: le tripatouillage constitutionnel élevé au rang de Beaux-Arts en Afrique. C'est le cas en Côte d'Ivoire, avec Alassane Ouattara, candidat pour un quatrième mandat, au Cameroun, où Paul Biya, le plus vieux dirigeant du monde, s'apprête à étreindre un huitième bail au palais d'Etoudi le 12 octobre prochain, au Rwanda, avec Paul Kagame qui est à son quatrième quinquennat et n'entend guère s'arrêter en si bon chemin.
Et que dire du Togo, où Faure Gnassingbé a réussi le tour de force d'instaurer le régime parlementaire pour s'assurer la fonction de président du Conseil, un poste renouvelable à souhait ?
Mais revenons au Bénin pour rendre à Talon ce qui est à Talon en saluant la désignation officielle de son dauphin au terme d'un second et ultime mandat constitutionnel. C'est tout à son honneur.
En jetant son dévolu sur son ministre d'Etat, ministre de l'Economie et des Finances, Romuald Wadagni, comme son potentiel successeur, Patrice Talon enracine ainsi son pays dans sa tradition d'alternance pacifique au sommet de l'Etat depuis l'ère de l'ouverture démocratique entamée au début des années 90.
Le choix porté sur ce jeune prodige de la finance internationale est celui de la confiance et de la continuité.
La confiance d'abord, car depuis son entrée dans le gouvernement comme grand argentier de la République en 2016, Romuald Wadagni n'a de cesse de nourrir des liens étroits avec son mentor politique. Au point qu'en plus du prestigieux portefeuille des Finances, ses responsabilités se sont étendues aux questions de Coopération internationale et de Défense.
La continuité ensuite, puisque ce diplômé de l'Ecole supérieure des affaires de Grenoble (ESA) et de la Harvard Business School, un temps cadre du cabinet Deloitte, référence mondiale en audit et assurance, consulting juridique et fiscal, a fait ses classes politiques sous l'ombre tutélaire du chef de l'Etat béninois.
Qui mieux donc que l'ancien élève Wadagni pour offrir au précepteur Talon le minimum de garantie de sécurité après la cession du pouvoir ?
La question mérite d'être posée quand on sait que l'actuel locataire du palais de la Marina a toujours affiché sa détermination à avoir le dernier mot sur la désignation du candidat de la coalition au pouvoir.
Maintenant que l'affaire a été pliée, par le fait du prince, qui plus est, au domicile du chef de l'Etat à l'issue d'une rencontre nocturne et restreinte, reste à savoir si les vieux caciques de la majorité présidentielle, sans doute animés d'ambitions, daigneront effectivement faire bloc autour de ce novice politique qui bénéficie de toutes les faveurs du prince.
Cependant, il faut aussi craindre un scénario à la sénégalaise où l'imposition, par Macky Sall, de son Premier ministre, Amadou Ba, comme candidat à la présidentielle de 2024, a provoqué un effet dévastateur sur la coalition Benno Bokk Yakkar.
Il faut donc espérer que Romuald Wadagni et les siens parviendront à maintenir la cohésion au sein de la troupe. Une fois ce challenge réussi, le reste s'annonce comme une promenade de santé dans ce Bénin de Patrice Talon où l'opposition, à coups de procès politiques, d'emprisonnement et d'exil de ses principaux leaders, a été réduite à sa plus simple expression.
