La santé mentale est un élément essentiel dans le quotidien de l'être humain. Il est défini par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant un « état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler de manière productive et de contribuer à la communauté ».
À l'heure actuelle, alors que les défis du quotidien ont des répercussions sur la santé mentale de l'Homme, il est urgent de soulever la discussion, de la confronter et de recommander des moyens pour prévenir les problèmes de santé mentale.
Dans ce contexte, Mme Khady Samb, journaliste, sociologue et doctorante en anthropologie médicale à l'université Laval au Canada, a accordé à AllAfrica un entretien téléphonique. Elle y livre ses réflexions sur les facteurs, les effets et les stratégies à mettre en œuvre pour garantir une santé mentale équilibrée.
En tant que sociologue, comment définissez-vous la santé mentale ?
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La santé mentale peut se comprendre comme un équilibre qui permet à chacun de faire face aux difficultés de la vie, de maintenir des relations sociales stables et de trouver un sens à son existence. Ce n'est pas simplement l'absence de maladie ou de troubles, mais plutôt une capacité à rester debout malgré les épreuves, à se projeter dans l'avenir et à participer à la vie de sa communauté.
Actuellement, on constate qu'un grand nombre de personnes souffrent de troubles liés à leur santé mentale, tels que le stress, l'anxiété et la dépression. Selon vous, quelles pourraient être les raisons de l'augmentation de ce phénomène, particulièrement chez les jeunes en Afrique?
Aujourd'hui, on observe une augmentation des troubles liés à la santé mentale, notamment chez les jeunes. Le stress, l'anxiété et la dépression deviennent de plus en plus fréquents. Cela s'explique par plusieurs raisons. D'abord, les transformations sociales et économiques rapides plongent beaucoup de jeunes dans l'incertitude : chômage, précarité, urbanisation accélérée.
Ensuite, la pression familiale et académique est très forte. Dans beaucoup de contextes africains, le jeune est perçu comme celui qui doit réussir pour soutenir tout son entourage, ce qui représente une charge immense. À cela s'ajoutent les réseaux sociaux qui amplifient la comparaison permanente et renforcent le sentiment d'échec.
Pensez-vous que les pressions exercées au sein des familles, sur le lieu de travail, ou encore les conditions de vie précaires dans nos sociétés africaines, contribuent à des problèmes de santé mentale ?
Les pressions familiales et sociales jouent un rôle majeur. Dans certaines familles, il existe une forme de rivalité. Quand certains réussissent mieux que d'autres, cela crée parfois des tensions et un sentiment d'infériorité. Ce climat, combiné à la précarité des conditions de vie, accentue les risques de détresse psychologique.
Au Sénégal comme ailleurs, un autre problème est la manière dont la santé mentale est perçue. Elle reste encore largement taboue, souvent associée à la folie ou à des croyances mystiques, comme la possession par des djinns.
Cette stigmatisation pousse les personnes qui souffrent à se taire plutôt qu'à demander de l'aide. Pourtant, la santé mentale n'a rien à voir avec la folie : c'est une dimension fondamentale de la santé globale.
Quelles solutions pouvez-vous préconiser pour réduire les risques de maladies dans nos sociétés ?
Face à cela, il est urgent d'ouvrir le débat et d'en parler. Discuter de ces sujets dans les familles, dans les écoles, dans les médias permettrait de briser le silence et de changer les perceptions. Il faut aussi investir dans des services adaptés, en formant plus de psychologues et en intégrant la prise en charge psychologique dans les structures de santé de base.
Les jeunes devraient avoir accès à des espaces de parole, des associations, des lieux où ils peuvent exprimer leurs difficultés sans peur du jugement. Enfin, il ne faut pas oublier que la santé mentale dépend aussi des conditions de vie : lutter contre la pauvreté, le chômage et les inégalités reste une manière essentielle de protéger l'équilibre psychologique des populations.