Le débat sur les réparations pour la traite négrière et la colonisation a connu un tournant décisif lors de la 80e session de l'Assemblée générale des Nations Unies (AGNU) à New York. Menée par le président du Ghana, John Dramani Mahama, une coalition de dirigeants du Sud a transformé cette revendication historique en une exigence diplomatique incontournable, dénonçant l'inertie des anciennes puissances coloniales.
Portant le titre de Champion de l'Union africaine pour les Réparations, le président Mahama a livré un plaidoyer percutant. Il a catégoriquement désigné la traite des esclaves comme « le plus grand crime contre l'humanité », un système ayant déporté de force plus de douze millions et demi d'Africains pour « créer de la richesse pour les nations occidentales puissantes ».
« Nous devons exiger des réparations pour l'asservissement de notre peuple et la colonisation de notre terre qui a entraîné le vol de nos ressources naturelles », a déclaré le chef de l'État ghanéen. Il a souligné avec force le paradoxe historique : si les gouvernements de l'époque ont « joyeusement versé des réparations aux anciens propriétaires d'esclaves » pour la perte de leur « propriété » – c'est-à-dire les personnes elles-mêmes –, l'Afrique reconnaît, elle aussi, « la valeur de notre terre et la valeur de nos vies ».
Cette position a été fermement appuyée par le président de la République centrafricaine, Faustin Archange Touadera. Proclamant que « l'ère de la dépendance de l'Afrique est révolue », il a exigé une relation fondée sur la « souveraineté, et non la subordination ; le partenariat, et non l'exploitation ». Il a jugé « inacceptable de voir la pauvreté s'aggraver en Afrique tandis que les richesses s'accumulent dans les pays du Nord ».
Une alliance Sud-Sud pour une justice historique
La dimension internationale de cette revendication a été concrétisée par l'intervention du président bolivien, Luis Alberto Arce Catacora. Il a proposé la création d'une commission spéciale de l'ONU sur les réparations pour « l'esclavage, l'apartheid, le génocide et le colonialisme ». Cette commission aurait pour mandat de créer des mécanismes de restitution, allant des réparations financières à la restitution des biens culturels volés.
Cependant, malgré cette unité de parole, un constat sévère émerge : le Nord global ne répond pas. Les leaders dénoncent une tentative d'étouffer le débat et un refus manifeste de s'engager dans un dialogue constructif.