Au Cameroun, RoadVision mise sur la technologie pour bâtir des routes durables

10 Octobre 2025
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InfoWire

À Douala comme à Kumba, la société camerounaise RoadVision fondée par Eran Moas veut prouver qu'une ingénierie africaine peut relever les défis de la mobilité. En combinant technologie, ancrage local et durabilité, elle contribue à reconnecter des territoires et à fluidifier le commerce sous-régional.

Repenser la mobilité à partir du terrain

Dans de nombreuses villes africaines, les embouteillages sont devenus un fardeau économique. Temps perdu, coûts logistiques élevés, accès limité aux services essentiels : la mobilité défaillante pèse sur la productivité et la qualité de vie.  « Chaque jour, je vois ce qui se passe quand la mobilité ne fonctionne pas : les gens perdent du temps, les marchés manquent de marchandises, et les entreprises ont du mal à livrer leurs produits », résume Jean-Luc Beteba Moum, directeur des opérations de RoadVision.

Créée à Douala en 2019 par l'entrepreneur et philanthrope à impact Eran Moas, la société s'est donnée pour mission de moderniser les infrastructures routières, même dans les zones jugées trop complexes ou trop coûteuses. « RoadVision est née de cette conviction : le développement ne peut pas attendre que les routes soient parfaites. Il faut les construire là où les besoins sont les plus urgents », poursuit-il.

Ce dernier intervenait lors du panel « Moving Africa », organisé le 4 octobre à Sciences Po Paris dans le cadre de l'Africa Day 2025 par la French-African Foundation. À ses côtés figuraient notamment Sandra Kassab, directrice Afrique de l'Agence française de développement (AFD), Arnaud de Rugy, directeur Afrique du groupe d'ingénierie Egis,  Osam Iyahen, responsable des infrastructures à l'Africa Finance Corporation (AFC),  Mete Saracoglu, vice-président du fonds d'investissement Meridiam et Siby Diabira, directrice régionale Afrique de l'Ouest et centrale de l'IFC.

Devant quelque 2 000 participants — étudiants, jeunes diplômés, entrepreneurs et décideurs —, les échanges ont mis en avant les leviers de financement et d'innovation capables de transformer la mobilité africaine en moteur d'intégration et de croissance inclusive.

Selon la Banque mondiale, les besoins d'investissement en infrastructures sur le continent oscillent entre 130 et 170 milliards de dollars par an, alors que les dépenses effectives n'excèdent pas 80 milliards.

Ce déficit chronique, qui peut amputer la croissance de jusqu'à deux points de PIB dans certaines économies, concerne avant tout le secteur des transports, à l'origine de près de 73 % du gap infrastructurel africain.

Pour les intervenants du panel, combler cet écart passe avant tout par une forte mobilisation du capital domestique, estimé entre 1 100 et 4000 milliards de dollars (fonds de pension, banques de développement, compagnies d'assurance), mais aussi par le déploiement de solutions technologiques adaptées aux réalités locales.

« Le financement est essentiel, mais sur le terrain, c'est la combinaison du capital et de la technologie qui change réellement les choses », résume Jean-Luc Beteba Moum, directeur des opérations de RoadVision, saluant la convergence croissante entre acteurs financiers et ingénieurs africains. Une approche que RoadVision met déjà en œuvre sur le terrain, selon le responsable camerounais.

Des routes plus solides, des territoires reconnectés

Dans la région du Sud-Ouest, la route Kumba–Ekondo Titi, longtemps réputée impraticable pendant la saison des pluies, illustre cette approche.
Dans cette zone où les précipitations atteignent près de 8 000 millimètres par an, RoadVision a déployé une technologie de stabilisation des sols par géocellules — des structures alvéolaires qui renforcent la base des chaussées et prolongent leur durée de vie.

« Grâce à cette technique, nous avons livré 50 % du chantier avec plusieurs mois d'avance. Cela signifie que des villages entiers ne sont plus coupés du reste du pays pendant des mois », explique Beteba Moum.
Aujourd'hui, la route est devenue un corridor stratégique reliant le Cameroun au Nigéria, facilitant le passage des camions, le transport du cacao et l'accès aux marchés régionaux.

Les impacts sont tangibles : moins d'accidents, moins d'isolement, et une durée de vie estimée à 25 ans, contre à peine cinq à dix pour les routes traditionnelles.

Dans les mangroves de Douala, autre défi majeur, la même technologie a été utilisée pour stabiliser des sols instables tout en préservant la biodiversité.
« Beaucoup pensaient qu'il était impossible d'y construire, mais la route est là. Elle permet à des milliers de personnes d'accéder à la ville en toute sécurité, sans endommager l'écosystème », précise l'ingénieur.

Construire la résilience des territoires

L'expérience de RoadVision s'étend aussi aux infrastructures portuaires. Au port autonome de Douala, principal hub logistique d'Afrique centrale, la société a renforcé la structure des terminaux et amélioré la circulation des conteneurs.

Les résultats, selon la régie portuaire, sont immédiats : moins d'incidents techniques, flux plus réguliers et meilleure prévisibilité logistique.
« Quand l'infrastructure est fiable, le commerce s'accélère : les camions atteignent le Nigéria à temps, les agriculteurs vendent leur cacao au-delà du village, et les entreprises peuvent planifier avec confiance », insiste Beteba Moum.

Ces projets traduisent une même vision, celle d'Eran Moas, entrepreneur à impact à la tête de plusieurs initiatives sur le continent : RoadVision pour la mobilité et la Fondation ASAF Cameroun pour l'aide aux plus vulnérables. Deux facettes d'un même engagement : bâtir des ponts entre économie, technologie et inclusion. Sur le terrain, cette vision passe aussi par la formation des équipes et la valorisation des compétences locales.

Former une nouvelle génération d'ingénieurs africains

Sur le terrain, cette vision passe aussi par la formation des équipes et la valorisation des compétences locales. « Quand nous avons commencé, 80 % de notre main-d'œuvre était locale. Aujourd'hui, elle est à 95 % camerounaise », souligne le directeur des opérations.

Cette montée en compétence traduit l'ambition de faire en sorte que le savoir-faire reste en Afrique. "Chaque projet devient ainsi un espace d'apprentissage pour les jeunes ingénieurs et techniciens, capables désormais de reproduire ces solutions ailleurs sur le continent." Une approche qui s'inscrit dans les priorités du ministère des Travaux publics (MINTP), engagé dans la formation aux techniques de stabilisation et la décentralisation de la maintenance.

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