Cameroun: Présidentielle - Un archi-favori, 2 inconnus, une incertitude

© RFI/Carine Frenk
Un citoyen vote lors de l'élection présidentielle au Cameroun, le 7 octobre 2018.

C'est presque une journée dominicale ordinaire qu'ont vécu les Camerounais ce 12 octobre. Pourtant, c'était une journée de scrutin présidentiel. 11 prétendants plus un vainqueur ultra favori ont peu bousculé les habitudes des populations. Pas un grand déploiement des forces de l'ordre dans les grandes villes ou dans les quartiers réputés favorables à l'opposition.

Les observateurs nationaux et internationaux, les reporters camerounais et étrangers, n'ont eu aucun incident à signaler, aucun scoop à donner le buzz à la toile, aux tubes cathodiques ni aux ondes hertziennes. Même pas le « circulez, il n'y a rien à voir » habituel des Poulets ou de la maréchaussée, agacés de voir des chasseurs d'images faire le guet pour voir le fantôme de président sortant, sculpté dans une posture d'homme d'Etat inoxydable, avec ce slogan : « Paul Biya, grandeur et espérance », glisser son bulletin dans l'urne.

En tout cas, en fin de matinée d'hier, le président Paul Biya n'avait pas encore voté et les gratte-papiers et autres hommes et femmes des médias se contentaient de signaler la fine pluie sur Yaoundé, le calme, la sérénité, le sourire, la motivation des électeurs, bref « pas d'ambiance qui fait peur », comme l'écrit un confrère d'outre-manche.

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En fin de matinée, l'ambiance bon enfant pour un jour d'élection présidentielle gardait ses quartiers dans toutes les grandes villes du pays : Yaoundé, Douala, Garoua, Bamenda, Buea, Limo, c'est-à-dire même dans les régions anglophones qui voulaient faire session il y a 3, 4 ans. Là aussi, il n'y aurait pas la bouderie électorale pour donner des sueurs froides aux cadres du Rassemblement du peuple camerounais (RPDC), le parti présidentiel ou à Elecam, l'organe chargé d'organiser les élections au Cameroun sur le taux de participation.

Or la première inconnue de ce scrutin est bien cela. En effet, après 50 ans de pouvoir, 43 comme président de la République et 7 comme Premier ministre, le 2e chef d'Etat du Cameroun indépendant, ne sait plus comment séduire sur ses capacités d'innovation pour donner un second souffle à son système gérontocratique, malgré les talents de ses communicants. C'est connu, plus de 2 générations de Camerounais l'ont connu scotché au fauteuil présidentiel au palais d'Etoundi, pourtant ils sont légions ces politiques qui ont le profil de l'emploi dans le pays mais doivent rogner leurs freins que le bien-né un certain 13 février 1933 à Mvoméka'a, se retire enfin de la scène politique.

Du reste, c'est cette longue et insoutenable attente qui a provoqué des départs du RPDC, dont celui d'Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle, qui, avec son Front du salut national du Cameroun titille le RDPC en termes de mobilisation des jeunes. De fait, certains observateurs estiment que Tchiroma Bakary, 79 ans, va réunir beaucoup de voix de jeunes électeurs sur son nom.

Et les jeunes Camerounais qui ont entre 18 et 20 ans sont un peu plus de 50% de la population. Mais leur engouement à retirer leurs cartes d'électeurs et à retrouver leurs bureaux de vote, y compris le jour du scrutin, suffiront-ils à faire basculer le scrutin ? En rappel, l'élection présidentielle au Cameroun se joue en scrutin uninominal à 1 tour. C'est-à-dire qu'une simple majorité suffit à donner la victoire. On voit mal comment l'engouement de jeunes pourrait terrasser le dinosaure quasi centenaire et son système rodé sur près d'un demi-siècle ?

Paul Biya, archi-favori, va donc l'emporter mais avec quel score ? C'est le second inconnu de ce scrutin. Continuera-t-il à afficher le plus de 70% de voix en sa faveur ou bien Issa Tchiroma Bakary lui redonnera la peur bleue de 1992, quand il avait battu John Frudi avec quelqu'un 120 000 voix de plus, soit un score de 40% contre 35%, les autres 25% étant éparpillés sur les autres candidats.

Après les inconnus sur le taux de participation et le score du probable vainqueur, l'incertitude, c'est la capacité du quasi centenaire, 92 ans, à tenir fermement la barre du navire camerounais pendant encore 7 ans ? En effet, durant la campagne électorale, il est apparu une et une seule fois en public, lors d'un meeting du RDPC à Maroua, et cela depuis mai 2025. Jusqu'à quand Paul Biya se fera-t-il élire pour faire gouverner le Cameroun par procuration ? Ci-git toute l'incertitude de cette victoire attendue ; de ce septennat présidentiel qui s'annonce pour l'octogénaire !

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