Cote d'Ivoire: Une élection sans les ténors de l'opposition

Elections en RCI
24 Octobre 2025

Alors que la Côte d'Ivoire s'apprête à vivre une présidentielle décisive, cinq candidats s'affrontent dans un contexte marqué par des tensions politiques persistantes.

Ce 25 octobre, les Ivoiriens se rendent aux urnes pour une élection présidentielle cruciale. Elle intervient après une décennie de relative stabilité, après les années tendues qui ont suivi la grave crise postélectorale de 2010-2011 et ses milliers de morts. Si, depuis, la croissance économique a décollé, de profondes divisions politiques demeurent.

Le vote de samedi se déroulera selon un système à deux tours : si aucun candidat n'obtient plus de 50 % des voix, un second tour sera organisé. Le président élu exercera un mandat de cinq ans, ce qui lui permettra donc de définir l'orientation politique du pays pour le reste de la décennie.

Quatrième mandat pour Ouattara ?

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Au pouvoir depuis 2011, le président sortant, Alassane Ouattara, 83 ans, brigue un quatrième mandat à la tête du pays ouest-africain. En principe, la loi fondamentale ivoirienne autorise seulement deux mandats, mais, en 2016, une modification de la Constitution a ouvert au président la possibilité de remettre les compteurs à zéro.

Une interprétation constitutionnelle qui est toutefois contestée.

Ancien économiste auprès du Fonds monétaire international, Alassane Ouattara part grand favori. Sous sa présidence, la Côte d'Ivoire est devenue l'une des économies les plus dynamiques d'Afrique, grâce notamment à d'importants investissements dans les infrastructures.

Selon la Banque mondiale, la Côte d'Ivoire "affiche l'un des taux de croissance les plus élevés d'Afrique subsaharienne depuis plus d'une décennie". L'institution ajoute qu'"entre 2012 et 2019, le Produit intérieur brut (PIB) a augmenté en moyenne de 8,2 %", la croissance se poursuivant même pendant la pandémie de Covid-19.

Stratégique, la région agricole autour de Daloa est l'une des grandes bénéficiaires des investissements du gouvernement et de la croissance économique. Située à environ 140 kilomètres à l'ouest de la capitale Yamoussoukro, elle ne disposait jusqu'ici d'aucune zone industrielle.

Infrastructures et souveraineté économique

Le programme gouvernemental Prici (Projets d'infrastructures Côte d'Ivoire) a permis d'y remédier : des routes et des bâtiments publics ont été construits. L'approvisionnement en eau s'est amélioré. Danielle Zahui, une habitante, tient à remercier le président Alassane Ouattara "pour tout ce qu'il a fait pour Daloa".

Mais il reste des défis. Ainsi, seulement 25 % des routes secondaires sont asphaltées et le tronçon de 191 kilomètres entre Dalo, Vavoua, Séguéla et Kani est en mauvais état. "La route est terrible" dit Yaya Sanogo, tailleur. "Même se déplacer est un problème."

Pour y remédier, le président Ouattara a promis une autoroute pour relier Daloa à Yamoussoukro. "Nous abordons la période 2025-2030 avec énergie" a-t-il lancé aux habitants de Daloa lors d'un meeting électoral, début octobre.

Quant à Ahoua Don Mello, vice-président du Parti populaire africain-Côte d'Ivoire (PPA-CI), il se présente comme "candidat de précaution" à la place de l'ancien président Laurent Gbagbo, leader du parti, mais écarté du scrutin par la justice.

Ses priorités comprennent la réforme démocratique, la souveraineté économique et l'intégration panafricaine. "Nous avons besoin d'une loi d'amnistie pour libérer les prisonniers politiques et rétablir les droits des candidats exclus", a-t-il déclaré à la DW.

Sécurité et désinformation

Avec l'instabilité régionale - en particulier dans les pays voisins, Burkina Faso, Mali et Guinée - la Côte d'Ivoire a élevé la sécurité au rang d'enjeu majeur. À ce sujet, le gouvernement a lancé l'"opération espoir" : 44 000 agents de sécurité ont été déployés et les manifestations ont été interdites sur le territoire afin, officiellement, de prévenir les troubles et de maintenir l'ordre tout au long du processus électoral.

Mais les détracteurs du pouvoir affirment que cette opération est surtout destinée à restreindre la mobilisation de l'opposition et le débat public.

L'organisation de défense des droits de l'homme, Amnesty International, a critiqué quant à elle l'interdiction générale des manifestations pacifiques, la qualifiant de violation des libertés civiles et des normes démocratiques.

Parallèlement, les campagnes de désinformation menées par les pays du Sahel ont suscité une réaction du gouvernement, qui a notamment installé des panneaux d'affichage avertissant que "les fausses nouvelles divisent, la vérité unit".

En août, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) avait accusé des comptes suivis par des dizaines de milliers d'abonnés dans les pays du Sahel d'avoir tenté de "semer le trouble", à la suite de l'exclusion de Tidjane Thiam et d'autres personnalités politiques du scrutin.

À noter enfin que la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a déployé des observateurs sur le long terme pour surveiller le processus et aider à prévenir les conflits.

Alors que l'Afrique de l'Ouest est en proie à des coups d'État et des processus électoraux contestés, cette élection ivoirienne est donc bien plus qu'une simple lutte pour arriver au sommet du pouvoir : elle constitue un test fondamental pour la résilience démocratique du pays.

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