La Semaine de l'Industrialisation de l'Afrique (AIW 2025) s'est ouverte ce 17 novembre à Kampala, où l'Organisation Panafricaine des Femmes (PAWO), sous l'impulsion de l'Union africaine, a réaffirmé son ambition de placer les femmes et les jeunes au cœur de la transformation industrielle du continent. Lors d'une session dédiée, responsables et acteurs du développement ont appelé à une mobilisation accrue pour une industrialisation réellement inclusive.
PAWO : une organisation historique tournée vers l'avenir
Prenant la parole, Mme Grâce Kabayo, Secrétaire générale de la PAWO, est revenue sur l'héritage et l'évolution de la plus ancienne organisation féminine du continent. Créée dans les années 1940, la PAWO a émergé comme un mouvement d'activisme engagé dans la lutte pour la décolonisation et l'indépendance.
Au fil des décennies, explique-t-elle, l'organisation a élargi son mandat pour inclure le développement social et économique, dans l'objectif de réduire l'écart persistant entre liberté politique et liberté économique.
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Avec cinq bureaux régionaux et sept priorités stratégiques notamment paix et sécurité, agriculture, environnement, eau, éducation, santé, commerce et intégration régionale, la PAWO demeure un pilier essentiel dans l'écosystème du développement continental.
A cet effet, Mme Kabayo a insisté sur le rôle central des femmes dans les systèmes productifs africains : "Elles sont à la base de l'agriculture, de la transformation, du commerce et des chaînes de valeur. L'industrialisation africaine ne peut se faire sans elles."
Défis persistants et soutien institutionnel
La Secrétaire générale a également évoqué les défis structurels auxquels les femmes font face, notamment la conciliation entre responsabilités familiales et engagement économique. Elle a souligné la nécessité de renforcer leur présence autour des tables de décision et salué l'importance du Protocole de Maputo, un instrument juridique clé en matière de droits des femmes.
Elle a également remercié l'Union africaine pour son soutien constant, tout en mettant en lumière le rôle du Président Ougandais SEM Yoweri Museveni, présenté comme un champion du développement économique des femmes et des jeunes au niveau communautaire et industriel.
L'Ouganda : un exemple de transformation industrielle
S'agissant du contexte national, Mme Kabayo a rappelé le chemin parcouru par l'Ouganda depuis les années sombres du régime Idi Amin Dada. Le pays compte aujourd'hui plus de 50 000 industries, dont des projets emblématiques tels que Kira Motors, symbole de la montée en puissance de l'industrie locale.
Elle a appelé les gouvernements africains à accélérer le rythme de l'industrialisation et exhorté les partenaires techniques et financiers à proposer des mécanismes de financement "justes et équitables".
Un appel fort à l'action
Dans un plaidoyer passionné, la Secrétaire générale de PAWO a exhorté le secteur privé à renforcer son engagement, à nouer des partenariats industriels et à soutenir les chaînes de valeur locales. Elle a également encouragé les femmes et les jeunes à jouer un rôle de leaders dans la transformation du continent.
Mme Kabayo a conclu en suggérant de faire du Président Museveni un champion de l'industrialisation africaine, saluant son engagement constant en faveur du développement.
Par ailleurs, Dr Amany Asfour, Présidente de l'Africa Business Council (ABC), l'organe qui porte la voix du secteur privé africain, a souligné un fait essentiel, celui de renforcer le secteur privé africain.
Dans un discours dynamique, Dr Amany Asfour a rappelé la mission de l'ABC, celle de défendre les intérêts des PME, des femmes entrepreneurs et des jeunes innovateurs africains. Elle a insisté sur la nécessité d'adopter des politiques de passation de marchés favorables aux entreprises africaines, afin qu'elles puissent rivaliser dans un marché globalisé.
Elle a également souligné l'importance du développement de produits, du branding et de l'emballage, des aspects souvent négligés mais essentiels pour la compétitivité africaine.
Dr Amani a évoqué plusieurs paradoxes structurels, notamment le fait que l'Afrique continue d'importer des denrées alimentaires alors que son potentiel agricole est immense. Elle a également mentionné les opportunités inexploitées dans les secteurs de l'énergie, de l'agriculture et des minéraux, illustrant son propos par l'exemple du quartz rose, dont la valeur pourrait être multipliée grâce à une chaîne de valeur industrialisée et bien informée.
Elle a insisté sur l'urgence de cartographier les ressources, de soutenir la recherche scientifique et de renforcer les compétences des acteurs privés.
En conclusion, Dr Amani a appelé les États africains à élaborer une feuille de route claire et unifiée pour l'industrialisation, fondée sur la normalisation, la recherche scientifique et la valorisation des matières premières.
Elle a rappelé qu'aucune industrialisation durable n'est possible sans indépendance financière du secteur privé, condition indispensable à l'expression d'une véritable voix africaine.
Cette session de l'AIW 2025 aura mis en évidence un point clé : la transformation industrielle de l'Afrique nécessite une mobilisation totale des gouvernements, des organisations continentales, du secteur privé, mais surtout des femmes et des jeunes, véritables piliers de la croissance africaine.