Ce 23 Novembre 2025 près de 860 000 électeurs Bissau guinéens se sont rendus aux urnes pour élire leur président de la République parmi les douze candidats en lice, dont le président sortant, et simultanément, les 102 députés de l'Assemblée nationale populaire, qui pour ce second scrutin, se présentent sous la bannière de quatorze partis politiques, à l'exception notoire du PAIGC, le parti qui conduit à l'indépendance du Pays en 1973.
Si ce scrutin, qui aux yeux des observateurs de la CEDEAO, de l'Union africaine et de la mission des pays de langue officielle portugaise (PALOP), s'est globalement déroulé dans le calme et la sérénité ; et pourtant on pouvait craindre l'inverse, on peut le lier aux grands enjeux qui le sous-tendent, et qui sans doute, justifient le taux de participation annoncé à 65% par le président de la commission électorale nationale ( CEN), Idrissa Djalo, même si ce taux constitue est un net recul par rapport au scrutin de 1999, ou il se situait à 72,67% avec bien sûr moins de candidats.
En attendant la publication des résultats provisoires annoncée par la CEN pour jeudi, les tendances révèlent d'ores et déjà un duel au sommet entre le Président sortant Umaro Sissoko Emballo et son challenger le plus sérieux, le candidat indépendant Fernando Dias, soutenu par le PAIGC dont le candidat a été éliminé lors du processus de dépôt des candidatures, de même que sa liste pour les élections législatives.
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Les déclarations faites de part et d'autre des deux camps montre en effet qu'ils sont au coude à coude sinon en tête par le nombre de suffrages des électeurs sans qu'on puisse présager d'une victoire au premier tour, ce qui serait une grosse surprise.
Pour le candidat sortant en effet, une victoire au 1er tour serait une première dans la l'histoire politique de la Guinée Bissau, car pour la première fois un président démocratiquement élu, réussirait à rempiler par la voie des urnes pour un second mandat. L'enjeu est important pour Umaro Sissoko Emballo, qui naguère avait déclaré qu'il ne se présenterait pas pour un second mandat avant de se raviser.
Il bénéficie aussi du soutien d'une frange du PAIDC dans MADEM G15, et avec son 1er ministre Braima Camara. Son option est plutôt ouverte sur les autres pans de la société politique et des mouvements citoyens et déborde des flancs du PAIGC et de ses références. Il incarne un nouveau leadership
Pour Fernando Dias, qui du reste est présenté comme un « inconnu » quoique jouissant du soutien d'un des plus grands partis du pays, quoique fragilisé par de nombreuse dissidences, l'enjeu dépasse la victoire au scrutin.
Quoique l'on puisse dire, dans cette hypothèse, comme dans l'autre d'ailleurs, ce qui se joue à l'occasion de ce scrutin, c'est la page du PAIGC qui va être définitivement tournée, même si d'aucuns pensent que vu ses racines historiques et son parcours, il est trop tôt pour le dire.
Cependant les faits sont parlants, car on ne voit pas comment, un parti qui par la « maladresse » de ses dirigeants, dont le principal leader a vécu en exil pendant près de deux ans, (Dimingos Simoes Pereira) a pu se faire éliminer pour forclusion à ce double scrutin, qui ne sera ni au parlement, ni à la tête de l'exécutif, et fracturé en plusieurs tendances, dont certaines sont en faveur de la mouvance présidentielle, peut revenir à son rôle central dans la vie politique Bissau guinéenne.
Son soutien à une nouvelle figure de la vie politique Bissau Guinéenne, même en cas de victoire le relèguerait à la périphérie dans le cadre du partage des responsabilités, mais aussi comme caution politique au nouvel élu pour tourner la page des figures historiques (dont la plupart ne sont plus en activité) qui ont pendant longtemps, fort de leur légitimité de combattants de la lutte de libération, dirigé le pays.
Serait-ce un gage pour prévenir les crises post électorales armées (sans jeu de mots) ? Les jours qui suivront la proclamation des résultats seront cruciaux pour l'avenir de ce pays en proie à des instabilités depuis son indépendance.
