Il aura fallu deux bons mois pour que les deux chefs d'Etat daignent apposer leurs précieuses signatures au bas du document. Paraphé le 27 juin dernier par leurs ministres des Affaires étrangères respectifs, l'accord entre la RDC et le Rwanda doit être formellement acté le jeudi 4 décembre 2025 à Washington par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame.
Bien sûr l'objectif ultime est de ramener la paix dans l'Est du Congo ravagé par des guerres interminables depuis de longues décennies. Notamment depuis le 4 avril 2012 avec la nouvelle rébellion du M23. L'arrangement qui devrait être entériné officiellement ce jour à l'United States institute of peace, la « Peace house », s'articule principalement autour du respect de l'intégrité territoriale, la cessation des hostilités, le désengagement et le désarmement des groupes armés non étatiques, l'intégration conditionnelle de ces groupes et la création d'un cadre de coopération économique régionale entre Kinshasa et Kigali. Last but not least, les deux parties doivent s'engager à ne pas soutenir les groupes armés particulièrement virulents dans la région.
Comme on le sait, alors que de notoriété publique l'armée de l'homme mince de Kigali est derrière l'AFC/M23, de l'autre côté Paul Kagame accuse son géant mais faible voisin de soutenir le FDLR. Chacun devrait donc couper les ponts avec les éléments subversifs qui sévissent de part et d'autre de la frontière.
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Et pour bien montrer que toute la communauté régionale est impliquée dans l'arrangement de Washington, de nombreux chefs d'Etat et chefs d'institutions de la sous-région devraient assister à la cérémonie de ce jour. Il s'agit notamment de l'Angola, du Burundi, du Kenya, du Qatar, du Togo, de l'Ouganda, des Emirats Arabes Unis, et du président de la Commission de l'Union africaine. Un parterre de choix pour être témoins de ce qui pourrait être un accord historique. Encore faut-il qu'il soit respecté, car tout le problème est là.
Ce n'est pas en effet la première fois qu'un accord est conclu dans le cadre de la résolution de cette crise. On se rappelle en effet que le processus de Doha avait conduit à l'engagement des deux chefs d'Etat en faveur d'un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, à la poursuite des discussions entamées à Doha afin de poser les bases d'une paix durable dans le cadre du processus désormais fusionné Luanda/Nairobi.
Malheureusement le miracle de Doha ne s'est pas véritablement opéré sur le terrain, dans la mesure où les hostilités se sont poursuivies. Maintenant donc que l'Oncle Sam, plutôt l'Oncle Donald met tout son poids dans la balance sécuritaire dans les Grands Lacs, parviendra-t-on à un cessez-le-feu durable, préalable d'une paix qui serait bénéfique à tous les Etats de la sous-région ? Là est la question, quand on sait que la confiance s'est érodée, et que la méfiance s'est installée au file des mois et des années. Il faut attendre de voir les effets que produira cet accord à l'épreuve du terrain.
Qui plus est, on ne le sait que trop, derrière la « pax americana », se cachent bien souvent des objectifs moins avoués pour ne pas dire moins avouables. Car après tout, il s'agit de sécuriser les minerais stratégiques dont regorge cette partie de la RDC, et qui est la cause de cette guerre de rapine que mène le Rwanda de Kagame par l'entremise du M23.
Pourvu donc seulement que l'objectif de faire des affaires, comme on le voit avec Trump dans la Bande de Gaza et même en Ukraine, pourvu donc que ces intentions mercantiles ne prennent pas le dessus sur la véritable volonté d'instaurer la paix au profit des populations qui souffrent le martyr depuis bien longtemps, avec plus de 300 civils tués par les rebelles du M23 en juillet dernier à Rutshuru, selon le HCDH, un drame humanitaire marqué par l'intensification des conflits, notamment dans l'Est du pays, entraînant des déplacements massifs de populations, des milliers de morts et de blessés.
