Centrafrique: Des élections sous haute surveillance onusienne

Un officier de police manipule un fusil dans un centre de désarmement près de Bangui, la capitale de la République centrafricaine.
24 Décembre 2025

À quelques jours d'un scrutin aux allures de test national, la pression monte à Bangui. Le 28 décembre, la République centrafricaine doit organiser simultanément, des élections présidentielles, législatives, régionales et municipales. Alors que l'échéance approche, le chef de l'ONU appelle au bon déroulement de cette séquence électorale d'une ampleur inédite dans un pays encore marqué par des années de conflit armé et de fragmentation territoriale.

Dans une déclaration publiée mercredi, le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a exhorté « tous les centrafricains à participer au processus électoral » et appelé les autorités à veiller à ce que les scrutins se déroulent « de manière pacifique, ordonnée, inclusive et crédible ». L'enjeu dépasse la simple mécanique électorale : il touche à la capacité de l'État à organiser un exercice démocratique sans basculer dans les violences politiques qui ont jalonné les précédents épisodes électoraux.

Le message onusien est clair : les dérives n'ont pas leur place dans ce scrutin. Le Secrétaire général appelle l'ensemble des parties prenantes à « s'abstenir de toute action susceptible d'inciter à la violence ou de nuire à la crédibilité du processus », rappelant que la période électorale doit s'inscrire dans le respect de « l'état de droit, des droits de l'homme et des libertés fondamentales ».

Un scrutin municipal attendu depuis près de 40 ans

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Parmi les rendez-vous électoraux du 28 décembre, un scrutin concentre une portée symbolique particulière : les élections municipales. Elles n'ont plus eu lieu depuis 1988. Leur absence prolongée a contribué à vider de sa substance l'administration locale et à accentuer la centralisation du pouvoir dans un pays où l'autorité de l'État reste fragile hors de la capitale.

Le Secrétaire général souligne que ces élections locales constituent « une disposition clé » de l'accord politique pour la paix et la réconciliation signé en 2019, et qu'elles représentent « un jalon historique dans le processus de paix ». Leur tenue est présentée comme « une étape critique vers la consolidation de la décentralisation de l'autorité de l'État ». Autrement dit, une tentative de reconstruire l'État par le bas, là où il s'est effrité depuis des décennies.

La MINUSCA en soutien logistique et sécuritaire

Dans ce contexte tendu, l'appui international demeure central. Le Secrétaire général salue le rôle de la MINUSCA, qui soutient les autorités nationales dans l'organisation et le déroulement des élections.

La mission de maintien de la paix de l'ONU a été déployée dans le pays en 2014, un an après la prise du pouvoir par la force de la Séléka, une coalition musulmane depuis officiellement dissoute. Les exactions commises par le groupe ont provoqué la formation de milices à majorité chrétienne, dites anti-Balaka, qui ont à leur tour pris pour cible des civils musulmans du pays.

Malgré la présence des Casques bleus, la mise en place d'un processus de paix et la tenue d'élections en 2016, l'instabilité continue de marquer le pays. Une large partie du territoire reste sous le contrôle de groupes armés, en dépit de l'accord signé en 2019 entre 14 d'entre eux et le gouvernement.

Mais un tournant s'esquisse : deux des mouvements les plus actifs, l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) et le groupe Retour, réclamation et réhabilitation (3R), ont accepté de déposer les armes en avril. Au total, 11 des 14 milices signataires de l'accord de 2019 ont été officiellement dissoutes, avec l'appui logistique et technique de la MINUSCA.

L'engagement de l'ONU

Tout en relevant « les efforts positifs des autorités centrafricaines et de toutes les personnes qui ont participé à la préparation de ces élections », le Secrétaire général réaffirme l'engagement durable de l'ONU à accompagner la République centrafricaine « dans ses efforts pour consolider la paix, la stabilité et la gouvernance démocratique ».

Reste une inconnue majeure : la capacité du scrutin à se dérouler sans heurts dans un pays où les équilibres sécuritaires demeurent précaires. À Bangui comme dans les provinces, le 28 décembre dira si l'acte électoral peut redevenir un instrument de stabilisation - ou s'il ravivera, une fois encore, les lignes de fracture d'un État en reconstruction.

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