En fin de mission, la diplomate américaine dresse le bilan des actions et de la coopération avec la Côte d'Ivoire.
Madame l'ambassadeur, vous avez officiellement présenté vos lettres de créance au Président de la République, Alassane Ouattara, le 2 mars 2023. 2 ans et 10 mois après, vous êtes en fin de mission. Cette mission n'est-t-elle pas brève ?
En réalité, ma mission en Côte d'Ivoire a duré plus de trois ans. Puisque j'ai prêté serment à Washington, capitale des États-Unis, devant le Sénat, en décembre 2022. Aux États-Unis, votre mission commence juste après la prestation de serment.
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Je conviens avec vous que le temps passe vite. Mais ma mission est allée au-delà de trois ans. Ma présence en Côte d'Ivoire semble brève, mais c'est la durée normale d'un ambassadeur à son poste. Souvent, un peu moins de trois ans ou un peu plus. En Côte d'Ivoire, nos fonctions ont une durée de deux ans. Vous savez, plusieurs membres du personnel apprécient tellement la Côte d'Ivoire qu'ils n'hésitent pas à prolonger leur mission.
Peut-on avoir une idée des actions menées au cours de votre mission ?
Je peux vous assurer que, pendant cette période, les États-Unis et la Côte d'Ivoire ont accompli énormément de résultats concrets. Nous avons concrétisé des initiatives au service de nos intérêts communs.
Durant ces trois ans, nos deux pays ont considérablement approfondi leur partenariat stratégique, plus équilibré et plus que jamais tourné vers l'avenir. Nous sommes passés de l'assistance à un partenariat concret, pragmatique et solide, fondé sur la création d'opportunités. Nous avons travaillé ensemble sur les questions d'intérêt commun liées à la santé, à la sécurité et à l'économie.
Qu'en est-il des résultats de ce partenariat ?
Nous avons obtenu, ensemble, des résultats tangibles et durables au profit de nos deux peuples. Nous avons travaillé en fonction de ce qui a été réalisé par nos prédécesseurs, en essayant d'apporter un plus. Je suis fière du bilan. Je disposais d'une feuille de route bien précise. Dès que j'ai été confirmée par le Sénat, je me suis engagée, avec les Américains et les Ivoiriens, a prioriser les intérêts de la Côte d'Ivoire.
Notre orientation était basée sur trois piliers centraux : le peuple, la paix et la prospérité. Avec le peuple, nous avons complètement redéfini notre partenariat dans plusieurs secteurs, notamment la santé. De loin, les États-Unis sont aujourd'hui le partenaire clé de la Côte d'Ivoire dans ce domaine. Vous êtes d'accord que, lorsqu'on est en bonne santé, il y a une forte incidence sur le développement nationale. Il s'agissait d'une priorité pour nos deux pays.
Est-ce pour cette raison que les États-Unis ont signé un important accord dans le domaine de la santé publique avec la Côte d'Ivoire ?
Effectivement ! Il y a une semaine, nous avons signé un accord très important de cinq ans pour assurer une meilleure coopération dans le domaine de la santé publique. Il est question de contribuer à la consolidation du rôle souverain de la Côte d'Ivoire sur son propre système de santé. Nous avons également renforcé d'autres partenariats pour la paix en Côte d'Ivoire, dans la sous-région et dans le monde entier.
À vous entendre, votre bilan semble positif ?
Absolument ! Les nouvelles sont bonnes. Car je conclu cette mission avec fierté pour ce que nous avons fait ensemble. Fierté pour les équipes fortes que nous avons mises en place au sein de notre ambassade, en collaboration avec le gouvernement, le secteur privé, les institutions, la société civile, les communautés et tout le peuple ivoirien. Fierté aussi pour les amitiés durables et les progrès réalisés ensemble. Le progrès est toujours le fruit d'un effort collectif. Ensemble, nous avons obtenu des résultats concrets qui rendent nos deux pays plus sûrs, plus forts et plus prospères.
Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?
Nous avons formalisé notre premier plan de coopération bilatérale en matière de défense. L'assistance américaine a permis à la Côte d'Ivoire de devenir un acteur clé de la sécurité régionale en Afrique de l'Ouest. L'accueil par la Côte d'Ivoire de l'exercice Flintlock 2025, le plus grand des forces spéciales au monde réunissant plus de 40 pays, illustre son leadership régional croissant. Aujourd'hui, les préparatifs sont en cours pour Flintlock 2026.
La croissance économique et le commerce ont aussi été au coeur de notre partenariat. Les premiers bureaux, dans la région francophone, du Service commercial américain et du Development Finance Corporation (Dfc) ont ouvert à Abidjan sous mon mandat. À travers la Dfc, plus de 20 milliards de Fcfa d'investissement ont renforcé l'engagement du secteur privé américain à l'endroit de la Côte d'Ivoire.
La banque import-export des États-Unis (Exim Bank) soutient les partenariats commerciaux, grâce à un cadre de financement d'environ 280 milliards de Fcfa. J'ai eu l'honneur d'accompagner une délégation de dirigeants ivoiriens des secteurs public et privé dans la Silicon Valley, au coeur de l'innovation technologique mondiale.
Nous avons également lancé le dialogue commercial États-Unis/Côte d'Ivoire. Plus que jamais, les résultats sont concrets : 6 accords commerciaux ont été signés, représentant près de 400 milliards de Fcfa. Ces accords résultent de la mission de la Chambre de commerce des États-Unis à Abidjan, lors du Sommet régional de l'American Chamber of Commerce (AmCham).
La signature d'un nouveau compact régional du Millennium Challenge Corporation (Mcc) va transformer le secteur de l'énergie en Côte d'Ivoire. Plus important encore, nous avons renforcé la confiance. Aujourd'hui, les relations entre les États-Unis et la Côte d'Ivoire, stratégiques et résilientes, sont fondées sur le respect mutuel.
N'y a-t-il pas d'autres pistes à explorer, compte tenu des enjeux majeurs qui sous-tendent la coopération ?
En fait, il y aura toujours des pistes à explorer. Toujours est-il que nous disposons d'une fondation extrêmement solide et importante. Par conséquent, l'équipe qui prendra la relève continuera à travailler sur ces axes stratégiques à explorer. Nous resterons constamment à l'écoute de nos partenaires ivoiriens pour explorer les opportunités. Nous continuerons à travailler ensemble.
La Côte d'Ivoire sort de deux scrutins importants: la présidentielle et les législatives. Quel regard les États-Unis portent-ils sur le pays ? Comment jugez-vous la démocratie ivoirienne ?
Nous avons félicité le Président Ouattara pour sa réélection. Une délégation importante de la Maison Blanche est venue participer à sa cérémonie d'investiture. Les États-Unis accordent une grande importance à leur partenariat de 65 ans avec la Côte d'Ivoire et respectent pleinement les choix exprimés par le peuple ivoirien. Nous avons accompagné le peuple ivoirien pour la réalisation de ses aspirations. Notre priorité est de travailler ensemble pour faire avancer nos intérêts communs et renforcer un partenariat solide et productif dans les années à venir.
En ce qui concerne la restriction de la délivrance des visas, la Côte d'Ivoire dispose t-elle d'une dérogation spéciale, la Coupe du monde pointant le nez ?
Les États-Unis sont fiers de coorganiser la Coupe du monde de la Fifa cette année. Notre pays se réjouit d'accueillir le monde entier afin de lui faire découvrir l'hospitalité légendaire américaine et l'excellence sportive. Toutefois, la politique américaine en matière de visas est guidée par des impératifs de sécurité nationale.
Le Président Trump a signé une proclamation renforçant la sécurité des frontières et la sécurité nationale. La proclamation maintient les restrictions complètes et les limitations d'entrée sur le territoire pour les ressortissants de plusieurs pays, dont la Côte d'Ivoire.
Vous avez récemment initié une caravane à l'endroit des étudiants, les invitant à revenir en Côte d'Ivoire à la fin de leur formation. Qu'est-ce que cela sous-tend ?
Cette campagne de sensibilisation a été menée de commun accord avec le gouvernement de la Côte d'Ivoire. Tout d'abord, il s'agit de montrer que de réelles opportunités de formations (notamment, universitaires) existent pour les Ivoiriens qui prennent l'initiative d'aller se former aux États-Unis. L'exemple de du Président Ouattara est édifiant. Le Chef de l'État a montré qu'on peut aller étudier aux États-Unis, avoir une solide formation et revenir se mettre au service de son pays.
Ce qu'il faut noter, c'est que, c'est dans l'intérêt des jeunes Ivoiriens d'aller étudier aux États-Unis et de faire profiter leur pays de toutes leurs connaissances. Au cours de la campagne, il y a eu donc des témoignages d'alumnis.
Par ailleurs, cette initiative s'inscrit dans la priorité absolue du gouvernement américain de mettre fin à l'immigration irrégulière vers les États-Unis. On encourage aussi les étudiants à retourner au pays à la fin de leurs études pour contribuer à la croissance, à long terme, de la Côte d'Ivoire. Autrement dit, un des objectifs importants, c'était de freiner la fuite des cerveaux.
Je peux vous assurer que parmi les pays francophones de la région, la Côte d'Ivoire compte le plus grand nombre d'étudiants qui étudient aux États-Unis. Pour l'année universitaire écoulée, on en a compté 1 188. Je voudrais dire, avec fierté, qu'ils ont de très bonnes expériences, car ils reviennent en Côte d'Ivoire, au terme de leurs études. J'ai pu rencontrer de jeunes Ivoiriens qui ont étudié aux États-Unis, il y a un moment et qui sont revenus en Côte d'Ivoire pour travailler. J'en ai rencontré au plus haut niveau de l'État, dans le secteur privé, dans des institutions...
Quels souvenirs gardez-vous de la Côte d'Ivoire ?
Il y a tellement de souvenirs forts. Ce qui marque les esprits une fois en Côte d'Ivoire, c'est cette chaleur humaine ; c'est aussi cette large ouverture d'esprit, l'amitié et la fraternité des Ivoiriens. En fait, j'ai pu me rendre compte du légendaire «Akwaba» des Ivoiriens dès mon arrivée en Côte d'Ivoire. J'ai eu l'occasion de voyager dans différentes régions, d'aller hors d'Abidjan pour découvrir le pays profond.
J'ai pu alors me rendre compte de la richesse et de la diversité des cultures, des danses, de la musique, de la nourriture, qu'on retrouve dans toutes les communautés, dans chaque région du pays. Et je crois que c'était l'occasion d'apprendre, d'échanger, de faire la connaissance de personnes à tous les niveaux : fonctionnaires, artistes, membres de la société civile, membres de la presse... Les Ivoiriens que j'ai rencontrés, et avec qui j'ai échangé resteront à jamais gravés dans ma mémoire.
Au niveau culinaire ivoirien, quel est votre plat préféré ?
Ouf ! Il est difficile de faire un choix. En fait, je crois que j'ai dégusté la cuisine ivoirienne en commençant, bien sûr, par l'attiéké et l'alloco. Quelquefois, certaines personnes me posent la question de savoir ce que je préfère parmi ces deux mets. Je leur demande si on peut opérer un choix entre la main droite et la main gauche. On a besoin des deux. On a besoin de manger les deux ensemble, surtout avec un peu de piment.
Je pense bien que tout ça va me manquer, ainsi qu'à toute ma famille. Je n'oublie pas aussi le poulet et le poisson braisés, le placali... Et tenez-vous bien, nous sommes aujourd'hui devenus des experts en garba. Je voudrais aussi dire que j'ai dégusté ces mêmes plats ivoiriens à Washington ou dans d'autres pays. Mais le goût n'est pas le même.
Peut-on envisager, après votre départ, de réelles perspectives de coopération avec le pays ?
Je reste convaincue que la coopération va continuer. Je suis sûre qu'il y aura de nouveaux chapitres qui vont s'ouvrir. Bien évidemment, dans tous les domaines de la coopération. Je suis vraiment fière des membres de l'équipe avec qui nous avons collaboré, ici, au sein de l'ambassade. Il y a eu aussi les équipes que nous avons formées avec les Ivoiriens... Nous saluons notre collaboration avec le gouvernement, le secteur privé, les autres initiatives privées.
Je suis sûre que nous avons construit des partenariats qui restent solides et durables. Parce que nous avons accompagné la Côte d'Ivoire dans sa propre vision pour un avenir meilleur. Nous avons trouvé des opportunités communes pour partager la même vision et les mêmes aspirations. Et c'est sur cette base que les relations, la collaboration et la coopération vont continuer.
Je suis vraiment fière parce que, tout ce que nous avons fait, c'est dans le respect mutuel. Et je sais que ça va continuer. Je note la grande ouverture de la Côte d'Ivoire. Idem pour les États-Unis. Les peuples de nos deux pays vont continuer à tisser les liens personnels, institutionnels et aussi nationaux. Parce que je sais que nous avons un partenariat solide et plus fort que jamais !
Nous sommes impatients de connaître votre successeur...
La nomination d'un ambassadeur aux États-Unis obéit à un processus : la nomination est faite par le Président américain. Après, il y a la confirmation du Sénat.
