Longtemps perçu comme un marqueur exclusivement religieux, le voile occupe aujourd'hui une place de plus en plus visible dans l'espace public sénégalais. La Journée mondiale du hijab, célébrée chaque 1er février, est une occasion de revenir sur le sens de ce bout de tissu, qui se situe désormais au croisement de la foi, de la mode et des dynamiques sociales contemporaines.
Devant la boutique « Touba Général Colle », spécialisée dans la vente de voiles et d'accessoires, située au marché de Rufisque, Amy Ndoye, voilée avec un piercing au nez, tire plusieurs couleurs de bonnets d'une grande caisse et les superpose soigneusement sur le rebord du carton. « J'organise une tontine pour inciter les autres filles à porter le voile. Je fais des vidéos pour leur montrer des modèles, elles aiment cela et adhèrent. La tontine, c'est 200 FCfa par jour. Chaque semaine, une participante a droit à 20 bonnets. Ça marche vraiment », se réjouit l'étudiante de 25 ans. Elle a commencé à porter le voile depuis le cours élémentaire première année (Ce1), par conviction religieuse. Curieusement, ajoute-t-elle, tout le monde porte le voile chez elle. Sa petite soeur, âgée de 16 ans, le met même quand elle dort, fait savoir Amy Ndoye avec le sourire. Mbène Sène, 21 ans, originaire de Fissel, est voilée depuis l'école primaire, par conviction religieuse. « Au début, ma mère ne me prenait pas au sérieux. Je mettais ses foulards et, les jours de fêtes religieuses comme la Tabaski et la Korité, je la suppliais de m'acheter un voile assorti à ma tenue. C'est comme cela que l'aventure a débuté pour moi et je compte la poursuivre jusqu'à la tombe, s'il plaît à Dieu», confie la jeune commerçante.
Sortie d'un établissement privé avec ses camarades, Coumba Ndiaye, élève en classe de 3e, traîne le pas sur le chemin qui mène à l'arrêt de bus, situé non loin de la mairie de Rufisque. Pour elle, le voile est un accessoire au gré de sa coquetterie. « Quand je fais de jolies tresses, j'aime bien les montrer et, là, je ne porte pas le voile. Mais quand je suis mal coiffée ou que je n'ai pas le temps de le faire le matin en venant à l'école, je préfère mettre le voile. Mais attention, je ne le jette pas sur ma tête comme le font les personnes d'un certain âge, j'y mets du style », lance l'adolescente de 16 ans, un tantinet espiègle.
Un choix, mille raisons !
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Debout devant une banque, Marème Sow est venue accompagner sa maman. Avec un haussement d'épaules, elle avoue ne pas avoir de raison particulière quant à son choix de porter le hijab. « J'ai pris exemple sur ma mère et mes grandes soeurs. C'était vraiment une suite logique », dit-elle avec détachement. Dans la trentaine, Fatou Badji suit de près le tireur de pousse-pousse qui transporte ses marchandises vers le garage de taxis. « C'est après mon divorce que j'ai pris la décision de mettre le voile. C'était une façon pour moi de freiner l'ardeur des prétendants qui n'étaient pas sérieux. Je me disais qu'avec le foulard, ils allaient hésiter à m'approcher s'ils n'avaient pas des intentions sérieuses », confie-t-elle.
À l'en croire, c'est un pari réussi. « Je pense avoir réussi à les repousser et aujourd'hui, je me suis remariée avec un Ibadou », se réjouit la jeune femme. Le port du voile est généralement considéré par la majorité des savants musulmans comme une obligation religieuse pour la femme musulmane pubère. Dans le Coran, la sourate « An-Nūr » (La Lumière), verset 31, dit : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît, et qu'elles rabattent leur voile (khimâr) sur leurs poitrines... ». Le mot « khimâr » désigne un voile déjà porté par les femmes arabes de l'époque. La sourate « Al-Aḥzāb », verset 59, dit : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leurs grands voiles (jalābīb).
Cela est pour elles le meilleur moyen d'être reconnues et de ne pas être offensées ». Selon des références dans la Sunna (hadiths) rapportées par Abou Dāwoud, le Prophète Mohammed (Psl) aurait dit, en parlant d'Asma Bint Abî Bakr : « Ô Asma, lorsqu'une femme atteint l'âge des menstrues, il ne convient de voir d'elle que ceci et cela », en montrant le visage et les mains.
