Entre héritage culturel, influence de la mode mondialisée, recherche de spiritualité et stratégies de protection sociale, le sociologue Pr Djiby Diakhaté décrypte le port du voile come un phénomène complexe.
Le port du voile chez les jeunes ne peut être réduit à une seule motivation. Pour le professeur en sociologie Djiby Diakhaté, il renvoie à une double dimension, à la fois profane et religieuse, qui coexistent et s'entrecroisent dans les pratiques contemporaines. Dans les zones rurales, le voile relève souvent d'un héritage culturel transmis de génération en génération. Il constitue un marqueur identitaire profondément ancré dans les traditions locales.
En milieu urbain, en revanche, les motivations apparaissent plus diversifiées. «Le voile peut être porté pour des raisons esthétiques, par souci de confort ou comme réponse symbolique aux précarités de la vie moderne. Il devient alors un objet d'adaptation sociale, façonné par les parcours individuels et l'environnement immédiat», soutient-il. Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans cette reconfiguration des usages. En abolissant les frontières
géographiques, ces plateformes diffusent des modèles vestimentaires venus d'ailleurs, transformant la mode en un langage globalisé. «Les jeunes filles s'approprient ainsi des styles inspirés de figures médiatiques, d'influenceuses ou de productions audiovisuelles internationales. Cette mondialisation des références contribue à faire du voile un accessoire intégré aux codes contemporains de l'esthétique».
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Au-delà de la mode et de la foi, poursuit le professeur, le voile peut également revêtir une fonction protectrice. Dans l'espace public, notamment scolaire, il est parfois perçu comme un rempart symbolique contre des menaces sociales ou mys tiques. «En signalant des valeurs de pudeur et de sobriété, il instaure une distance respectueuse dans les interactions, limitant les comportements jugés déplacés. À ce titre, le voile agit comme un marqueur de respec- tabilité, structurant la manière dont la femme est perçue et abordée dans la sphère sociale», explique-t-il. La question du choix demeure toutefois centrale.
Pour le Pr Djiby Diakhaté, le port du voile oscille entre dé- cision personnelle et transmission familiale. Une évolution notable s'observe néanmoins : certaines pratiques s'éloignent des prescriptions religieuses traditionnelles, intégrant des tenues ajustées ou esthétiquement co- difiées. Cette dissociation entre le sacré et l'apparence souligne la transformation du voile en objet de style, parfois déconnecté de sa rigueur canonique initiale. En définitive, conclut notre interlocuteur, «le port du voile chez les jeunes filles apparaît comme un phénomène pluriel, à la croisée de la foi, de la mode, de l'identité et des dynamiques sociales contemporaines ».
