Sénégal: Voile - Un choix aux multiples défis

Photo d'un groupe de femmes voilées au Sénégal.
4 Février 2026

Entre conviction religieuse, pression sociale et affirmation de soi, le port du voile chez les femmes sénégalaises révèle des trajectoires personnelles souvent jalonnées d'épreuves. Des bancs de l'école aux cercles familiaux, ce choix intime se heurte encore à des résistances, tout en s'inscrivant dans une dynamique sociale et culturelle en pleine mutation.

Âgée d'une quarantaine d'années, Fatima Khouma s'est voilée en 1996, alors qu'elle était en classe de seconde. Mais cette décision a constitué un grand bouleversement dans sa vie quotidienne. « C'était pendant les vacances scolaires. Je me suis réveillée un beau jour et j'ai mis le voile. Malheureusement, je n'avais qu'un seul pantalon en jean et une chemise», confie-t-elle, d'un brin amusé. À l'époque, la lycéenne a dû réapprendre à s'habiller en fonction de ce nouveau choix de vie.

« Ma garde-robe était composée uniquement de shorts et de mini-jupes. Ce n'était pas trop évident pour moi. Mais c'était une décision que je comptais assumer pleinement », dit-elle. Fatima Khouma opte alors pour une solution bien trouvée. La nuit, la jeune fille lavait sa seule chemise et son unique voile. « Cela a duré un mois, le temps que je change ma garde-robe petit à petit. C'est pourquoi cela me fait marrer lorsque je vois, sur les réseaux sociaux, des filles faire la quête de voiles et d'habits afin de pouvoir se voiler. Tout est question de volonté », estime-t-elle. Oumou Sy a, elle aussi, eu du mal à intégrer le voile. « Les difficultés venaient du voisinage, qui disait à ma mère de m'en dissuader, car seules les veuves devaient porter le voile et que cela portait malheur », se remémore celle qui s'est voilée en 2003. Plus tard, en classe de terminale, ses camarades l'accusent de « vouloir corrompre Allah » à travers le voile.

« À l'université, certaines personnes ne nous adressaient pas la parole à cause du voile. Ces dernières disaient aux autres que ce n'était pas une obligation et que nous le faisions par ostentation », dit-elle d'un ton amer. Faire accepter ce choix n'est pas seulement un défi en milieu scolaire. Le port du voile est aussi difficile à faire digérer à son entourage. Les soeurs Soda et Khady Diop, voilées depuis 1998, en ont fait l'amère expérience.

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L'entourage à convaincre

À la fin des années 1990, elles avouent avoir eu beaucoup de mal à faire accepter cette décision à leur famille, particulièrement à leur mère. « Notre mère avait peur du « qu'en-dira-t-on ». Le voile n'était pas vraiment bien perçu. Il était davantage associé à l'extrémisme », révèle Soda. Khady confie qu'elles l'enlevaient et le gardaient dans leurs sacs dès qu'elles arrivaient dans leur quartier. Elles le remettaient lorsqu'elles se rendaient à l'école.

« Notre mère s'est finalement résignée en voyant le comportement de nos copines voilées, qui venaient souvent à la maison », renchérit Khady, plongée dans ses souvenirs.

Aujourd'hui, ces dernières se disent heureuses de voir que le voile suscite autant d'engouement chez les jeunes filles et qu'elles peuvent le porter en toute quiétude. « La famille avait accepté mon choix de porter le voile. Mais mon style vestimentaire avait du mal à passer, car je ne portais que des habits traditionnels », avoue Maty Dièye. Cette dernière s'est vite vue cataloguée « extrémiste » par les siens. Ce changement, bien qu'accepté au début, commençait à mettre la quadragénaire dans l'embarras. « Ma mère avait même juré de me renier à cause du voile. Aujourd'hui encore, j'ai du mal à me remémorer cette époque », confie-t-elle.

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