Sénégal: Fermeture de l'Université de Dakar - Diomaye Faye face à sa première crise sociale d'ampleur

Université Cheikh Anta Diop (UCAD)

C'est à une scène surréaliste à laquelle les Dakarois ne s'attendaient pas de si tôt qu'étudiants et policiers leur ont donné de vivre lundi et mardi derniers. Le campus de l'université Cheik Anta Diop de Dakar (UCAD) et les quartiers alentours ont vécu des heures difficiles.

En effet, entre coups de matraques, jets de gaz lacrymogène, de pierres, de bouteilles et autres, l'ambiance était loin d'être studieuse. La faute à 13 mois d'arriérés de bourses et à des attroupements d'étudiants, soupçonnés par la police de vouloir manifester sans autorisation.

La suite on la connait. Un étudiant est mort suite aux violences policières. Le campus, les cités et les restaurants universitaires ont été fermés à Dakar. Des milliers d'étudiants, baluchons rapidement attachés, ont donné dans les rues de la capitale sénégalaise, le spectacle désolant de sans domiciles fixes ou de déplacés internes en désespérance.

Cela n'est pas nouveau au pays de la Teranga. Au contraire, les fermetures de cités universitaires ne s'y comptent plus depuis la fin des années 1980 quand le grand, nombre d'étudiants sur les campus ont mis à nu l'insuffisances de leurs infrastructures, des bourses, des enseignants, l'inadéquation des curricula, etc. Le monde universitaire sénégalais, à l'instar d'autres pays, devint alors le terreau le plus fertile de la contestation sociale dont plus d'un opposant s'est servi pour donner du fil à retorde au pouvoir en place : Wade contre Diouf, Macky Sall contre Wade et plus encore, le duo Ousmane Sonko - Diomaye Faye contre Macky Sall.

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De fait, si le désir de rupture d'avec la gouvernance peu orthodoxe de Macky Sall a été ressenti de manière transversale dans toutes les couches de la population sénégalaise, sa jeunesse, particulièrement les étudiants, ont été les plus fervents avocats d'Ousmane Sonko devant les tribunaux, en prison, et dans les urnes pour la victoire de Bassirou Diomaye Faye à la présidentielle de mars 2024.

Les 13 mois d'arriérés de bourses, les violences sur le campus de l'UCAD, la mort de l'étudiant Abdoulaye Ba, la fermeture des cités et restaurants universitaires de Dakar sont donc une surprise du chef. Cette situation est symptomatique d'une brusque et houleuse fin de lune de miel entre la jeunesse sénégalaise et le pouvoir du PASTEF, Patriotes africains du Sénégal pour le Travail, l'éthique et la fraternité, locomotive de la coalition, "Débout pour sauver le Sénégal", (Takku Wallu Senegal).

Où sont passées les promesses de rupture d'avec la gouvernance à vue au bénéfice d'un clientélisme partisan serinées durant la montée en puissance des jeunes leaders du PASTEF, notamment Ousmane Sonko, devenu Premier ministre, et Bassirou Diomaye Faye, président de la république ? Ont-ils déjà passé par pertes et profits l'ambitieuse plateforme programmatique sur laquelle ils ont fédéré la coalition au nom grandiloquant : "Débout pour sauver le Sénégal" ?

Dans ce sauvetage aux accents progressistes, le minimum était de payer régulièrement le pécule des étudiants. On ne parle même pas de les augmenter, ni même d'investissements lourds dans les infrastructures ou la reforme des curricula. Si payer des bourses avec plus de 12 mois de retard est difficile pour Ousmane Sonko et son gouvernement quid de la création d'emplois pour les jeunes ?

Sans emboucher la trompète des déçus du PASTEF qui crient déjà à la "trahison ... de honte pour l'Afrique", en demandant la démission du ministre de l'Intérieur et de celui de l'Enseignement supérieur, il est évident qu'Ousmane Sonko fait face à sa première véritable crise sociale. Après les bisbilles au sein du PASTEF et les divergences d'avec le président Diomaye Faye dans la gestion de l'Etat, il n'avait pas besoin de cette patate chaude à quelques semaines du 2e anniversaire de l'avènement au pouvoir de "Débout pour sauver le Sénégal".

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