Afrique: Frappes américano-israéliennes contre l'Iran - Fureur épique !

Les drapeaux de l'Iran et des Etats-Unis

C'est un déluge de feu qui s'est abattu sur la République islamique d'Iran dans la nuit du samedi 27 février. Chose promise, chose due, peuvent claironner les stratèges militaires américano-israéliens, d'autant plus que, pas moins que l'Ayatollah Khomeini, le guide de la Révolution islamique, a été tué.

Trophée macabre s'il en est, mais qui à lui seul, vaut son pesant d'un triomphe sans gloire pour le président Trump et son état-major. De fait, sans présager de la suite du conflit, l'armée américaine peut se prévaloir d'avoir laver l'humiliation de novembre 1979, quand les plus engagés des talibés de Khomeini avaient envahi l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran et pris en otage diplomates et personnel subordonné. Une opération militaire, 6 mois plus tard pour libérer les otages et ce bout de territoire américain qu'est l'enclave diplomatique, s'est soldée par un cuisant échec. Une bérézina militaire, diplomatique, politique et géostratégique pour les États- Unis. Elle ne coûta pas seulement au président Jimmy Carter sa réélection en 1980, mais aussi la perte de l'influence des Etats- Unis dans le Proche et le Moyen Orient.

En effet, à l'époque, outre la chute du Shah d'Iran, des régimes ouvertement hostiles aux Etats-Unis, à Israël et plus proches de l'Union soviétique se sont installés ou consolidés en Irak avec Saddam Hussein, en Syrie avec Afez El Azad, au Yémen avec Nasser Mohamed sans oublier le renforcement du Hamas sur les territoires palestiniens ou du Hezbollah au Liban. On peut aussi s'interroger sur l'impact de la Révolution islamique iranienne sur l'avènement du régime Taliban en Afghanistan et l'intégrisme islamiste dont Al Qaeda et Oussama Ben Laden ont été et demeurent des porte-étendards terroristes.

Ce bref rappel historique peut donner un éclairage sur l'actualité des frappes américano-israéliennes contre l'Iran et la riposte qui a affecté 4 à 6 pays du Moyen Orient où Américains et Israéliens ont des bases militaires. Ces frappes sont une extension de ce que certains analystes qualifient de "guerre mondiale par morceaux ". Elle est née de la remise en cause des équilibres géostratégiques mondiaux hérités de la seconde Guerre mondiale que l'ONU, l'Union européenne, l'Union africaine ... peinent à préserver.

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Dès lors, il est difficile de savoir où s'arrêteront Donald Trump et Benjamin Netanyahu et si le programme nucléaire iranien n'est pas un prétexte, à la fois intox et infox, pour régler des contentieux historiques ? Plus qu'un questionnement, c'est une hypothèse crédible qui explique qu'après le coup de semonce de juin 2025, les alliés américano- israéliens reviennent à la charge contre l'Iran. Certes, la prolifération des armes nucléaires n'est pas une bonne chose mais la méthode américaine pour l'enrayer n'est pas la meilleure. Dans cette logique, l'assassinat de l'Ayatollah Khomeini n'est certainement pas un dégât collatéral des bombardements. Outre la destruction d'objectifs militaires, voire de potentiels sites nucléaires, un changement d'hommes pour ne pas dire un changement de régime en Iran pourrait être un objectif stratégique des Américains. Car, à défaut de restaurer la dynastie des Pahlavi en Iran, la fin où tout au moins l'édulcoration du régime des Mollahs pourrait faciliter une consolidation de l'influence américaine dans la région.

On sera donc attentif aux premières déclarations du successeur de l'Ayatollah Khomeini. Au demeurant, est-ce vraiment son fils, Motjtaba Khomeini, qui lui succède comme le suggère plusieurs médias ? Si oui, celui qui a été formé dans une école de religieux chiite, s'inscrira-t-il dans une politique conservatrice plus rigide à l'égard d'Israël, des Etats-Unis et plus généralement de l'Occident comme le suggèrent certains analystes ? Faut-il s'attendre aussi à une politique intérieure plus drastique en matière de contrôle et de répression des voix dissidentes ?

Au-delà de l'Iran, le monde entier s'interroge ? Où s'arrêtera Donald Trump ? Pire, inspirées par cette politique belliciste assumée que feront les autres puissances, notamment la Russie en Ukraine, la Chine à propos de Taïwan ? Plus généralement, il est à craindre qu'Américains et Israéliens aient ouvert une boîte à pandore qui va bouleverser le monde dans ses équilibres les plus fragiles : les 2 Corée autour de leur zone de démarcation, le Maroc et l'Algérie au sujet du Sahara occidental, les 2 Soudan et leurs interminables guerres civiles, la Somalie et le Somaliland, le Rwanda à l'est de la RDC ...

Bref, Donald Trump qui se dit " un homme de paix", nous le montre de la pire des manières. Il construit une "pax americana" à la "pax romana" de l'antiquité et du Moyen âge où le cri de victoire est " malheur aux vaincus" et honni qui mal y pense. Notamment les jeunes Etats africains qui se battent pour leur stabilité dans des pays aux frontières sûres, permettant la mise en oeuvre de politiques de construction de nations tournées vers l'intégration des peuples et la prospérité économique. Si l'unilatéralisme belliciste des grandes puissances prenait définitivement le pas sur le droit international, c'est une destruction inquiétante des repères des relations internationales, régionales voire de politiques de cohésion nationale. Pour quels résultats à court, moyen et long termes ?

On comprend donc que l'ONU, l'Union africaine, la CEDEAO, en attendant d'autres organisations internationales et régionales, condamnent cette guerre contre l'Iran. Même impuissant face aux alliés américano-israéliens, pour l'histoire, il faut par principe condamner cette agression. Car, si la raison du plus fort est toujours la meilleure, où va le monde ? La fureur épique de Donald Trump et de Benjamin Netanyahu ce 27 février est aux antipodes de l'esprit des accords de Yalta du 11 février 1945. Les pères fondateurs de l'ONU, les présidents Roosevelt, Churchill et Staline doivent se retourner dans leurs tombes !

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