Ile Maurice: Les risques pour le pays

Archipel des Chagos en Ile Maurice

L'opération «Fureur épique» orchestrée par les forces armées israélo-américaines contre l'Iran plonge le monde dans une nouvelle ère d'incertitude. À la suite de l'assassinat d'Ali Khamenei, son chef suprême,

Téhéran a déclenché une offensive aveugle contre plusieurs pays du Moyen-Orient : Israël, Qatar, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite. En l'espace de quelques jours, le conflit s'est embrasé, menaçant la paix dans cette partie du monde et paralysant partiellement la connectivité aérienne et le commerce des marchandises, notamment dans le détroit d'Ormuz par où transite 20 % du pétrole mondial, avec un flux d'environ 21 millions de barils par jour.

Pour ne pas déroger à ses habitudes, le président américain planifie d'ores et déjà ce que sera l'Iran post-régime islamique et lance un appel aux Gardiens de la Révolution pour qu'ils déposent les armes.

Il se dit également confiant que les opérations militaires ne prendront qu'environ quatre semaines au pis-aller. S'il est vrai que le régime en place est chancelant et qu'il est depuis plusieurs mois au bord de l'implosion, ce pronostic fait toutefois quelque peu abstraction de la résilience iranienne.

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Prévoyant ses coups d'avance, Donald Trump a attendu le week-end pour lancer son offensive militaire. Ce faisant, il a évité un violent décrochage des marchés financiers. Ainsi, en début de semaine, hormis le CAC 40 qui a perdu 1,5 % de sa capitalisation en raison du repli d'Accor et d'Air France-KLM, les autres principales places boursières, à l'instar du Dow Jones, de la NASDAQ, de FTSE 100 et de la DAX n'ont connu que des baisses relativement marginales.

Si le marché des actions semble avoir bien digéré les événements de ces derniers jours, en revanche, la tension est palpable sur les cours pétroliers. Affiché à 65 dollars le 26 février, le cours du brut a bondi à 72 dollars, lundi. Alors que pendant ce laps de temps, le Brent du Nord est passé de 71 dollars à 78,60 dollars. Pire encore, le contrat TTF (Title Transfer Facility), considéré comme une référence pour le prix du gaz, a été majoré de 50 %. Ce qui laisse présager une éventuelle flambée du prix du gaz ménager.

Aussi longtemps que le Moyen-Orient restera une zone de conflit, les cours pétroliers seront dans une situation d'extrême volatilité. Certains analystes comme la société Kpler anticipent que le cours du brut pourrait bondir au-delà des 120 dollars le baril.

De plus, les attaques de l'Iran contre trois navires cargo viennent de contraindre l'armateur Maersk à fermer ses routes par le détroit d'Ormuz et le canal de Suez. Du coup, la pression sur les chaînes d'approvisionnement se fera sentir avec les analystes anticipant une augmentation de 200 dollars par conteneur.

En tant que pays importateur net, Maurice sera lourdement pénalisé par une flambée des prix des produits pétroliers, comme cela a été le cas au début de la guerre d'Ukraine. Ces deux dernières années, le pays a profité d'un cours pétrolier relativement bas. Ainsi, on a dépensé en moyenne autour de Rs 6 milliards par mois pour l'importation de carburant, qui avoisinait les Rs 72 milliards.

Cela alors que le prix du carburant s'établissait autour de 60 dollars le baril. Un éventuel choc pétrolier pèserait lourd sur notre facture d'importation pétrolière, avec des pressions insoutenables sur les prix du carburant, du carburant avion, du fioul lourd utilisé par le Central Electricity Board pour la production d'électricité, ainsi que sur la disponibilité des devises étrangères.

Cela limitera également la capacité de la State Trading Corporation à subventionner les produits essentiels. Sans compter qu'on pourrait se retrouver dans une configuration d'une inflation à deux chiffres, comme cela a été le cas lors de la guerre d'Ukraine lorsque le cours du pétrole frôlait les 100 dollars et que le fret maritime avait augmenté de 400 %.

Le secteur touristique ressentira également pleinement l'impact de la guerre au Moyen-Orient si celle-ci se prolonge. Déjà, Emirates a suspendu temporairement ses vols de et vers Maurice.

Cela est préjudiciable pour la destination quand on sait qu'Air Mauritius et Emirates ont signé un accord exclusif et que la compagnie dubaïote a transporté 362 861 passagers à Maurice en 2025 à travers son hub de Dubaï.

Par ailleurs, le conflit au Moyen-Orient nous rappelle quel sera le poids de la responsabilité de Maurice dans les conflits armés si, à l'avenir, l'archipel Chagos nous est retourné. Comme l'a confirmé le Premier ministre britannique, sir Keir Starmer, les bases du Royaume-Uni, donc très certainement Diego Garcia, ont été mises à la disposition des Américains dans le cadre de l'offensive militaire contre l'Iran.

En ces temps troubles, c'est presque un soulagement que le deal sur les Chagos soit retardé. Cela nous évite en tant que pays non-aligné de nous mettre en porte-à-faux avec des nations comme l'Iran, qui demeure malgré tout un pays ami.

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