Cote d'Ivoire: Le goût amer du cacao

Cacao

C'est une véritable douche froide que les acteurs de la filière café-cacao en Côte d'Ivoire ont prix ce mercredi 4 mars lors de la conférence de presse du ministre de l'Agriculture.

Assisté, entre autres, du directeur de l'organisation faîtière de cette filière phare de l'économie ivoirienne, le ministre Bruno Koné a officiellement indiqué que le prix de la fève, bord champ, a été fixé à 1200 F CFA.

Pas de quoi réjouir les propriétaires-planteurs, leurs ouvriers agricoles, les intermédiaires, les négociants exportateurs, bref, les presque 5 millions d'acteurs qui vivent et font vivre cette filière de l'or brun en Côte d'Ivoire. Faut-il le rappeler, le café-cacao pèse 14 % du PIB en Eburnie, premier producteur mondial, avec une récolte annuelle moyenne de 1,5 million de tonnes.

Celle prévisionnelle de la campagne 2025-2026 est estimée à 1,8 million de tonnes avec la certitude que le déficit de la demande mondiale évaluée à plus de 462 000 tonnes en 2023-2024 ne serait pas couverte. De quoi faire grimper le prix du cacao sur le marché mondial à un niveau record de 6 700 dollars US la tonne, et le prix bord champ en Côte d'Ivoire : 2 800 F CFA pour la période octobre 2025 - mars 2026, dite de grande campagne. C'est donc une mauvaise nouvelle, le prix de 1200 FCFA pour la campagne intermédiaire d'avril à fin septembre 2026, qui va en ajouter à la torpeur de ce secteur vital de l'économie ivoirienne.

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En effet, la grande nouvelle d'un prix bord champ de 2800 F CFA annoncée fin septembre 2025 a connu beaucoup de difficultés de mise en oeuvre au grand dam des producteurs et de leurs coopératives. Des difficultés matérialisées par des enlèvements parcimonieux des récoltes, donc des accumulations de stocks et des ventes en dessous du prix officiel. Par ailleurs, malgré que le gouvernement ivoirien ait consenti une subvention de plus de 231 milliards pour supporter la filière, des difficultés de trésoreries de sa faîtière ont occasionné des paiements différés ou partiels des producteurs. Pas de quoi donner du punch à ce secteur névralgique de l'économie ivoirienne.

Le prix officiel de 1200 F CFA pour la campagne intermédiaire ne va pas arranger les choses. Car, bien que cette chute drastique du prix de la fève après l'envolé myrobolan d'octobre 2025 procède de la fluctuation de son cours mondial, les mauvaises langues ergotent sur un appât tendu par le candidat Alassane Ouattara aux 5 millions d'acteurs de la filière, électeurs potentiels. Une fois élu, le président Ouattara ne ferait rien pour tenir cette promesse électorale de payer aux producteurs, 2 800 F CFA le kg de cacao.

Pourtant de 6700 dollars US la tonne en octobre 2025, le cours du cacao a dégringolé à 2600 dollars à la mi-janvier 2026, soit une baisse de 80 %. Et qui sait si le conflit actuel au Moyen Orient avec son impact sur le commerce maritime ne va pas ajouter son grain de sel à la morosité des activités de la filière, notamment les difficultés de chargement pour l'exportation.

Oui, l'un des plus grands problèmes de la filière cacao-café en Côte d'Ivoire, c'est le peu de transformation et de valeur ajoutée apporté à la fève au plan national. De fait, exporté à 80 %, le cacao ivoirien ne donne pas toute la mesure de son potentiel d'impact sur le développement de la Côte d'Ivoire. Et pourtant, l'assertion, "tout va en Côte d'Ivoire quand le cacao va" serait encore plus pertinente si au moins 50 % de la production était transformée au niveau national.

Hélas, ce pari n'est pas propre à la Côte d'Ivoire ! C'est le nez gordien d'une vraie révolution industrielle en Afrique, le prix à payer, afin que les baisses drastiques des prix des matières premières ne continuent pas d'appauvrir les producteurs et les économies nationales.

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