Madagascar: Le Chef de l'État dissout le gouvernement

Michaël Randrianirina, Président de la Refondation de la République de Madagascar - PRRM

Le colonel Michaël Randrianirina a dissous le gouvernement. Selon un communiqué de la Présidence, il procédera à la nomination d'un nouveau Premier ministre, suivant les prescrits constitutionnels, sous peu.

La surprise du Chef. Bien que le sujet se chuchote depuis quelques semaines dans les chaumières politiques, personne n'a vu venir l'information publiée par la présidence de la Refondation de la République, hier en début de soirée. Via un communiqué de presse, elle annonce que le colonel Michaël Randrianirina, Chef de l'État, a mis fin à la mission du gouvernement.

La missive rapporte également que le locataire d'Iavoloha procédera à la nomination d'un nouveau Premier ministre, «suivant les prescrits constitutionnels», d'ici peu, et ajoute qu'en attendant la mise en place de la nouvelle équipe gouvernementale, les secrétaires généraux des ministères seront chargés des affaires courantes. Cette annonce a pris de court l'opinion publique et probablement les membres du gouvernement eux-mêmes, ou du moins la plupart d'entre eux.

Samedi, le colonel Randrianirina, accompagné de Herintsalama Rajaonarivelo, désormais ancien Premier ministre, et plusieurs ministres sortants, étaient à Toamasina pour faire un état des lieux de la réponse post-cyclonique. Dimanche soir, les membres de l'équipe gouvernementale recevaient encore un message du secrétaire général du gouvernement, pour leur faire part de la tenue d'un Conseil du gouvernement au palais d'État de Mahazoarivo, hier après-midi.

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Durant la matinée, le chef du gouvernement assistait à un événement pour marquer la Journée internationale des droits des femmes, à la Primature. En milieu de journée, les ministres ont été informés que, finalement, le Conseil du gouvernement était annulé. Il est probable que Herintsalama Rajaonarivelo ait été informée de la décision présidentielle qui allait être rendue publique en début de soirée.

Faute grave ou défaillance manifeste

Cependant, la déclaration des organisations dénommées Gen Y et Z «officielles», samedi, a mis la puce à l'oreille des observateurs avisés sur ce qui pouvait se tramer. Pointant du doigt la défaillance du Premier ministre en tant que chef de l'administration et de certains ministres, elles ont appelé à sa démission dans les 72 heures. Plusieurs s'interrogent sur le poids politique de ces organisations et leur crédibilité.

Par ailleurs, le fait que la Gen Y et Z aient eu à leur disposition la salle de conférence du stade Barea, pour décocher cette attaque frontale contre le désormais ancien locataire de Mahazoarivo, amenait à penser qu'il y a anguille sous roche. L'enchaînement des événements tend à confirmer les doutes de certains observateurs. Quoi qu'il en soit, le couperet est tombé.

Selon l'alinéa 1er de l'article 54 de la Constitution, le Président de la République, en l'occurrence actuellement le Chef de l'État, «nomme le Premier ministre, présenté par le parti ou le groupe de partis majoritaire à l'Assemblée nationale». Bien qu'en dehors de la session parlementaire, la majorité à la Chambre basse devrait alors être mise à contribution pour «présenter» le nom du remplaçant de Herintsalama Rajaonarivelo. Une source avisée indique que des «chasseurs de tête politique» s'activent depuis quelques jours afin de trouver le futur chef du gouvernement.

En attendant, une partie de l'opinion publique s'interroge sur les raisons de la dissolution du gouvernement. Une décision qui passe par le limogeage du locataire de Mahazoarivo. L'alinéa 2 de l'article 54 de la Loi fondamentale dispose que le Chef de l'État «met fin aux fonctions du Premier ministre, soit sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement, soit en cas de faute grave ou de défaillance manifeste».

Son incapacité supposée à assurer son rôle de chef de l'administration, comme l'affirment la Gen Y et la Gen Z «officielles», serait-elle assimilable aux motifs de limogeage prévus par la Constitution ? Sur le plan politique, Herintsalama Rajaonarivelo a été contestée dès sa nomination, le 20 octobre 2025, par ceux qui se revendiquent avoir été le coeur battant des manifestations de septembre et octobre. Issu du secteur privé, il a tenu un peu plus de quatre mois à la Primature. Soit le double des deux mois de mise à l'épreuve impartis par le colonel Randrianirina.

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