Congo-Brazzaville: Victoire attendue de Sassou Nguesso à la présidentielle - Un théâtre où la même pièce se joue à l'infini

Affiches de campagne des candidats à la présidentielle du 16 mars 2026 au Congo-Brazzaville © Loïcia Martial/RFI

Le 15 mars dernier, le Congo-Brazzaville a organisé son élection présidentielle, avec sept candidats officiellement en lice, dont le président sortant Denis Sassou Nguesso, porte-étendard d'un système qu'il a lui-même façonné avec une constance presque méthodique, au fil des années.

Depuis l'ouverture du processus électoral, les partisans de l'inamovible président congolais n'ont cessé de répéter les mêmes arguments, comme des talismans politiques censés conjurer toute tentation d'alternance, notamment la stabilité retrouvée après les déchirements sanglants de la décennie 1990, la continuité de l'Etat, et les promesses de développement économique rendues possibles par la rente pétrolière.

L'élection qui s'est déroulée hier, ressemble moins à un moment de choix qu'à un rituel pour sanctuariser le statu quo

Dans un pays où le souvenir de la guerre civile n'a jamais totalement disparu et où l'économie reste étroitement dépendante du pétrole, ces arguments trouvent naturellement un écho réel auprès d'une partie de l'électorat, qui prête une oreille plus attentive aux promesses de sécurité et de prospérité formulées par le pouvoir en place, qu'aux appels incessants et incertains à l'alternance lancés par une opposition divisée et politiquement affaiblie.

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Mais derrière cette rhétorique rassurante des partisans du pouvoir, se cache un système politique soigneusement cadenassé, où révisions constitutionnelles opportunes, institutions domestiquées et marginalisation, voire fragmentation de l'opposition politique, ont servi à consolider indéfiniment le pouvoir en place. En clair, tous les observateurs avertis savent qu'au Congo sous Denis Sassou Nguesso, le pluralisme démocratique subsiste volontiers dans les discours, mais il s'évanouit dès que l'on regarde les rapports de force réels sur le terrain et, surtout, les résultats sortis des urnes.

Pour toutes ces raisons, l'élection qui s'est déroulée hier, ressemble moins à un moment de choix qu'à un rituel pour sanctuariser le statu quo, et reconduire le même homme au sommet de l'Etat, alors même que ce dernier a déjà passé plusieurs décennies à la tête du pays. Le véritable enjeu ne réside donc pas tant dans le nom du vainqueur qui, d'ailleurs, flotte déjà dans l'air de Brazzaville, que dans le taux de participation qui sera révélateur de la température politique réelle du pays.

Selon que ce taux sera étonnamment élevé ou au contraire très faible, il dira si l'on a affaire à une adhésion résignée au système en place, à la fidélité pragmatique à l'octogénaire et insatiable président, ou à la fatigue silencieuse d'un peuple convié périodiquement à confirmer ce qu'il n'a guère le pouvoir de contester. En attendant la proclamation officielle des résultats et la probable reconduction de Denis Sassou Nguesso, une question brûlante s'impose déjà, notamment celle de savoir comment les Congolais vivront ce nouveau et énième mandat de l'enfant du Nord du pays, qui se profile à l'horizon.

Eviter que la stabilité proclamée ne se transforme, avec le temps, en une lente paralysie de l'avenir

Le véritable défi pour ce dernier, ne sera pas tant de revendiquer une victoire assortie d'un score « à la soviétique », mais bien de répondre aux attentes profondes de la population. La lutte contre le chômage des jeunes, la réduction des inégalités nourries par la rente pétrolière et l'aspiration diffuse à une vie politique et démocratique moins figée, figurent sans doute parmi les priorités des Congolais qu'aucun discours de campagne ne saurait durablement éluder.

Car, s'il est facile d'invoquer, à chaque élection, l'argument de la stabilité pour convaincre l'électorat de reconduire l'inoxydable président, les thuriféraires du pouvoir feraient bien de se rappeler qu'une nation ne se construit pas seulement dans la permanence ni dans la continuité qui confine à l'immobilisme. Elle se construit surtout dans sa capacité à corriger ses failles, à renouveler ses pratiques politiques et à ouvrir des perspectives crédibles à sa jeunesse.

En d'autres termes, le véritable enjeu pour le futur locataire du palais présidentiel, ne devrait plus être simplement de préserver l'ordre établi, mais d'éviter que la stabilité proclamée ne se transforme, avec le temps, en une lente paralysie de l'avenir, cette stagnation silencieuse qui, ailleurs sur le continent, a parfois fini par nourrir des révoltes populaires inattendues, sanglantes et déstabilisatrices.

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