Madagascar: Primature - Le colonel Randrianirina nomme un homme de confiance

Mamitiana Rajaonarison, nouveau Premier ministre, a été présenté, hier, au palais d’État d’Iavoloha.

Le suspense et les surenchères autour de la nomination du Premier ministre ont connu leur épilogue, hier. Le chef de l'État a arrêté son choix sur Mamitiana Rajaonarison, directeur général du Service de renseignement financier (Samifin), pour siéger à Mahazoarivo.

Sa droiture. Selon le colonel Michaël Randrianirina, chef de l'État, c'est la raison pour laquelle il a choisi de nommer Mamitiana Rajaonarison au poste de Premier ministre. La droiture est également l'un des principaux mots d'ordre qu'il a donnés au nouveau locataire de Mahazoarivo.

L'attente autour de la nomination du nouveau chef du gouvernement a pris fin, hier soir. Durant une courte cérémonie au palais d'État de Mahazoarivo, en présence des députés au sein du courant majoritaire à l'Assemblée nationale, le président de la Refondation de la République a présenté le nouveau Premier ministre. De prime abord, après quelques jours de cogitation, le chef de l'État a fait le choix de la confiance.

Le nom de Mamitiana Rajaonarison figurait dans la short-list des « Premier ministrables » dès le limogeage de Herintsalama Rajaonarivelo, ancien locataire de Mahazoarivo. Toutefois, il était au coude-à-coude avec des figures de l'arène politique. Finalement, le chef de l'État a arrêté son choix sur son camarade de promotion. Une campagne de communication semble même avoir été mise en place, avec des fuites d'information pour sonder préalablement la perception de l'opinion publique vis-à-vis de ce choix.

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Le désormais ancien directeur général du Service de renseignement financier a été parmi les meilleurs de sa promotion à l'École nationale d'administration (ENA), en France. Un parcours qui l'a conduit à rejoindre les rangs du corps des administrateurs civils. Toutefois, l'énarque a fait ses armes au sein des Forces armées. Ancien enfant de troupe du « Sekoly miaramilam-pirenena » (SEMIPI), il entre ensuite à l'Académie militaire (Acmil) d'Antsirabe, au titre de la 23e promotion, la même que celle du colonel Randrianirina.

Si le chef de l'État a choisi les rangs de l'armée, le nouveau Premier ministre a quant à lui opté pour la gendarmerie nationale, avec un passage à l'École des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN), actuellement Académie militaire de la gendarmerie nationale (AMGN), de Melun, en France. Depuis que le colonel Randrianirina est aux manettes de la République, Mamitiana Rajaonarison a été l'un de ses proches collaborateurs, voire l'un de ses hommes de confiance.

Intégrité

Par ailleurs, au sein des Forces armées, la cohésion des membres de la 23e promotion de l'Acmil serait exemplaire. Ce qui pourrait expliquer le fait que le locataire d'Iavoloha s'appuie sur ses co-promotionnaires à des postes stratégiques pour l'éclairer dans les prises de décision à la présidence de la Refondation. Cette fois-ci donc, il a choisi d'en appeler un, en renfort, pour l'accompagner en front dans la conduite des affaires étatiques.

En principe, le nouveau Premier ministre a l'arsenal nécessaire pour endosser la tenue de chef de l'administration. À entendre le discours du colonel Randrianirina, hier, c'est « sa droiture» qui l'a amené à porter son choix sur Mamitiana Rajaonarison. Avant de devenir le patron du Samifin, le nouveau locataire de Mahazoarivo a passé une grande partie de sa carrière professionnelle au sein du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco), dont il deviendra le directeur territorial pour la province de Toliara.

C'est justement avec un exemple du vécu du Premier ministre au Bianco que le chef de l'État explique son choix. Durant la période transitoire de 2009 à 2013, Mamitiana Rajaonarison, alors officier, a démissionné des rangs de la gendarmerie nationale. C'était afin de s'émanciper d'une tentative d'ingérence d'un de ses aînés au sein du commandement des bérets noirs, à l'époque, dans ses enquêtes.

« C'est l'une des raisons pour lesquelles je vous ai nommé. Notre pays, Madagascar, a besoin de décisions courageuses. Nous sommes aujourd'hui à un tournant dans l'histoire du pays. Si la personne qui occupe ce poste se contente simplement de suivre le courant et de reproduire les pratiques politiques habituelles, rien ne changera à Madagascar », déclare alors le colonel Randrianirina, en ajoutant : « C'est cette droiture que j'attends de vous à partir d'aujourd'hui ».

Sur sa lancée, le chef de l'État enchaîne : « Montrez au peuple malgache que ce pays a besoin d'une personne intègre, quelqu'un qui ne peut pas être influencé ni acheté. Si personne ne se lève pour changer les mauvaises pratiques du passé, Madagascar ne changera jamais (...) Si ce que je fais n'est pas correct, dites-le-moi (...) ne vous contentez pas de suivre le courant ». Il souligne, en effet, le parcours du Premier ministre Rajaonarison dans la lutte contre la corruption.

La première apparition publique de l'ancien du Bianco était le 3 avril 2017, lorsqu'il avait procédé à l'arrestation de Claudine Razaimamonjy, femme d'affaires réputée comme baronne du pouvoir de l'époque. Il l'avait interpellée alors qu'elle assistait à un match de basket au Palais des sports de Mahamasina. Depuis avril 2021 et jusqu'à cette nomination à la tête du gouvernement, c'est sur le front de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme qu'il s'est illustré.

Son parcours dans la lutte contre la corruption et le blanchiment d'argent devrait être un atout pour le nouveau Premier ministre afin de renforcer la lutte contre ces fléaux qui gangrènent la République. Que ce soit dans les réformes systémiques qui s'imposent ou dans la lutte contre l'impunité, il sera attendu sur cet axe de la Refondation.

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