Rwanda: Le pays brandit la menace d'un retrait militaire imminent au Mozambique

Des troupes rwandaises en route vers le Mozambique
17 Mars 2026

Le fragile équilibre sécuritaire du Cabo Delgado pourrait bientôt voler en éclats. Face à l'incertitude entourant le financement de ses troupes, Kigali a durci le ton ce week-end, conditionnant la poursuite de sa mission antiterroriste à un soutien financier international pérenne. Un coup de pression qui fait trembler les chancelleries et les géants de l'énergie.

La posture de la diplomatie rwandaise ne laisse plus de place à l'ambiguïté. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, le Rwanda a affirmé que le départ de ses forces n'était plus une simple hypothèse, mais une décision actée si les bailleurs de fonds ne garantissaient pas un budget durable. Comme l'a rapporté TV5 Monde, le chef de la diplomatie a martelé que son pays ne pouvait plus supporter seul le poids financier d'une opération dont le coût réel serait dix fois supérieur aux aides perçues jusqu'ici.

Depuis 2021, environ un millier d'hommes (militaires et policiers) assurent la stabilité de cette province septentrionale, réussissant là où l'armée mozambicaine peinait face aux insurgés d'Al-Chabab. Ce déploiement, soutenu par deux enveloppes de 20 millions d'euros de l'Union européenne, se trouve aujourd'hui dans l'impasse alors que des tensions diplomatiques liées à l'est de la RDC font planer une menace de sanctions financières sur Kigali.

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Cette menace de désengagement rwandais intervient au moment le plus critique pour l'économie régionale. En effet, la sécurisation du Cabo Delgado a permis la relance de projets énergétiques colossaux, notamment celui de TotalEnergies. Selon les précisions fournies par le média francophone dans son édition Afrique, le groupe français vient de dégeler son mégaprojet de gaz naturel liquéfié estimé à 20 milliards de dollars, soit le plus important investissement privé du continent.

Le retrait des forces rwandaises, qui ont repris la ville stratégique de Palma aux djihadistes, signifierait un retour quasi certain de l'instabilité dans une zone abritant également des intérêts de l'italien ENI et de l'américain ExxonMobil. Pour Kigali, l'argument est clair : la stabilisation de la région a coûté des "centaines de millions de dollars" et le sang de ses soldats, un sacrifice qui profite directement aux multinationales du gaz.

Par ailleurs, au-delà des enjeux financiers et gaziers, c'est le sort des populations civiles qui inquiète les organisations humanitaires. Depuis le début de l'insurrection en 2017, les violences ont causé la mort de plus de 6 400 personnes. Le retour progressif des déplacés et la reconstruction des villages, rendus possibles par la présence rwandaise, pourraient être brutalement stoppés si le vide sécuritaire venait à se recréer.

Enfin, l'Union africaine et les partenaires européens se retrouvent face à un dilemme cornélien : financer une puissance régionale de plus en plus contestée pour son rôle en Afrique centrale, ou prendre le risque de voir le nord du Mozambique replonger dans un chaos sanglant qui paralyserait l'avenir énergétique de toute l'Afrique australe.

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