Dans l'Extrême-Nord du Cameroun, région en quête d'opportunités, Florence Djaoyang, forme et inspire une nouvelle génération de jeunes

25 Mars 2026
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African Development Bank (Abidjan)

À Maroua, dès l'aube, un flot de jeunes convergent vers l'École normale d'instituteurs de l'enseignement technique (ENIET). Dans cette région de l'Extrême-Nord du Cameroun, confrontée à des défis éducatifs et économiques, ces élèves avancent avec une ambition commune : se construire un avenir solide.

Depuis 2021, l'établissement qui accueille des centaines de jeunes apprenants camerounais est dirigée par une femme engagée : Florence Djaoyang, 52 ans. Sous son impulsion, l'école ne se contente pas de former : elle façonne des profils capables de transmettre, d'inspirer et d'agir.

Dans un territoire où l'accès à une éducation de qualité reste un enjeu majeur, Mme Djaoyang s'attache à former une nouvelle génération d'enseignants techniques, appelés à devenir à leur tour des moteurs de transformation sociale.

« Être une femme leader, c'est montrer le chemin aux autres et encourager les jeunes », confie Mme Djaoyang. Ce matin-là, elle porte un élégant ensemble en pagne aux motifs fleuris jaunes, bleus et verts, rehaussé d'un foulard assorti soigneusement noué sur la tête.

Sur l'étagère de son bureau, de nombreux trophées sportifs témoignent des succès des élèves de son école lors des compétitions interscolaires. « Les enfants sont vraiment talentueux », dit-elle, les yeux brillants de fierté.

Celle dont l'engagement a été salué par la distinction d'Officier des Palmes académiques en 2023, l'une des plus grandes distinctions honorifiques dans l'enseignement au Cameroun, n'est pas arrivée à ce niveau de responsabilité par hasard. Depuis ses débuts dans l'enseignement en 1998, Florence Djaoyang a gravi les échelons du système éducatif camerounais. Enseignante au lycée technique de Maroua, puis inspectrice et coordonnatrice pédagogique dans l'enseignement technique, elle a accumulé une solide expérience, façonnée par des années de terrain.

Diriger semble être pour elle, une vocation. Issue d'une famille d'enseignants et de spécialistes de l'éducation, elle s'est très tôt engagée sur cette voie. Son ambition est claire : inspirer à travers l'éducation et contribuer à l'indépendance et à l'autonomisation des jeunes filles de sa région.

« Pour moi, c'est d'abord une passion. Au lycée, j'organisais déjà des groupes d'études avec mes camarades. J'encourageais souvent les autres, surtout les jeunes filles, à ne pas abandonner leurs études », confie-t-elle

Cette détermination ne l'a jamais quittée. « Dans les associations, j'aimais prendre des responsabilités pour montrer l'exemple aux autres jeunes filles et les inciter à se battre pour elles-mêmes. Je leur dis souvent qu'il faut apprendre à se dépasser, croire en ses capacités et travailler en visant l'excellence », poursuit-elle

Aujourd'hui, Mme Djaoyang dirige l'ENIET qui accueille 295 élèves, dont 117 filles repartis dans douze filières dont la comptabilité, bureautique, électricité, maintenance industrielle, production végétale, esthétique, coiffure, toutes opérationnelles. À l'issue de leur formation, les diplômés seront affectés dans les lycées techniques et les collèges d'enseignement technique industriel et commercial ou choisiront de s'installer à leur propre compte comme entrepreneurs.

« Nous avons des candidats dans chaque filière », souligne Mme Djaoyang.

Le palan et la charrue crées par les élèves de l'atelier de Maintenance industrielle.

Culture de foléré, d'oseille de Guinée, de piment et de laitue de la filière Production végétale.

Un programme de renforcement des capacités ravive l'espoir chez les jeunes filles, en leur ouvrant de nouvelles perspectives grâce à l'éducation.

Dans une région, où seulement 6 % des établissements techniques et 4% des enseignants du secondaire technique desservent 18% de la population nationale, et où les défis économiques, sécuritaires et sociaux pèsent lourdement sur les familles, diriger un tel établissement est un véritable défi.

« Nos principales difficultés concernent l'insuffisance d'enseignants dans certaines spécialités. Il y a des filières où nous n'avons même pas un seul professeur affecté », déplore la directrice. « Nous manquons aussi d'ateliers et d'équipements. Ce qui limite considérablement le potentiel de formation que nous devrions normalement offrir », poursuit-elle.

Mais, optimiste, elle ajoute : « Nous faisons avec les moyens du bord, en essayant au moins d'acquérir l'équipement indispensable pour permettre aux apprenants de s'exercer », conclut-elle. Son bureau est jonché de cartons de matériels informatiques et autres outils didactiques. Elle explique les conserver là pour en assurer une meilleure gestion, « car il y en a peu ». Chaque année, l'établissement acquière une petite quantité de matériel pour continuer de fonctionner. « Comme vous le voyez, mon bureau est encombré : nous y stockons certains équipements que les étudiants utilisent pour leurs travaux pratiques. Ces ordinateurs, par exemple, viennent d'être livrés ce matin pour trois ateliers », explique-t-elle en désignant de gros cartons d'un geste de la main

Cette capacité à avancer malgré les obstacles constitue sans doute la leçon de leadership la plus marquante que Florence Djaoyand transmet chaque jour à ses élèves et tout particulièrement aux 117 jeunes filles qui la regardent comme un modèle.

Pour elle, être femme leader dans le secteur de l'enseignement technique n'est pas un simple titre : c'est une responsabilité qui exige de montrer l'exemple.

« Quand on reçoit une formation, on peut être utile dans une entreprise, enseigner ou transmettre ses connaissances aux jeunes qui suivront nos pas », explique-t-elle.

Elle nourrit de grandes ambitions pour son établissement et espère bientôt les concrétiser grâce au Programme « Bâtir les capacités et les compétences pour l'employabilité et l'entrepreneuriat dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun » (CAP2E). Ce programme financé pour 89,2 milliards francs CFA, par un prêt de la Banque africaine de développement, et dont l'ENIET fait partie des futurs bénéficiaires, a été officiellement lancé le 20 février 2026 par les autorités camerounaises et des représentants du Groupe de la Banque au Cameroun.

Nous attendons ce programme avec impatience. Il va améliorer les infrastructures, permettre aux ateliers de fonctionner pleinement, offrir davantage de pratique aux élèves-enseignants. Il facilitera aussi la production et la commercialisation des produits des ateliers, ce qui aidera à autofinancer certaines activités de l'école », se réjouit Mme Djaoyang.

Le programme CAP2 vise à renforcer les établissements de formation technique et professionnelle, améliorer l'employabilité des jeunes et répondre aux besoins du secteur privé. Il soutient également l'entrepreneuriat, en particulier pour les femmes et les jeunes, tout en modernisant les infrastructures éducatives et sanitaires.

À toutes celles qui doutent de leur potentiel, Florence Djaoyang adresse ces conseils : « Ayez confiance en vous et aimez ce que vous faites. Ne poursuivez pas l'école pour faire plaisir à quelqu'un, mais pour atteindre vos propres objectifs. Allez le plus loin possible dans les études pour pouvoir servir votre pays. »

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