Le régime d'Assimi Goïta en place au Mali depuis 2020 vient de subir des attaques sans précédent, et d’une particulière gravité, depuis son avènement au pouvoir.
D’ailleurs certains observateurs ont même pronostiqué la chute du régime à brève échéance, à tort ou à raison ? Seul l’avenir nous le dira.
Toutefois, il ne faudrait surtout pas occulter la complexité de la situation qui prévaut au Mali, eu égard aux enjeux géopolitiques internes et externes dans la sous-région d’une part, et d’autre part, aux risques que la chute du pouvoir au Mali pourrait engendrer pour les pays de l’AES, mais plus largement ceux de la CEDEAO, face à la montée en puissance de la Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), et du Front de Libération de l’Azawad (FLA) .
Pour rappel, la crise sécuritaire sous sa forme et ses excroissances actuelles est largement liée au départ, des troupes étrangères certes, mais aussi à la crise au sein de la CEDEAO et à ses péripéties, au point qu’on a pu craindre par moments une confrontation entre les troupes de la CEDEAO et celles de l’AES, liées au Mali par des accords de défense. Si tout cela est aujourd’hui derrière nous, ce qui se passe sous nos yeux renseigne au moins sur deux choses.
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D’abord, la situation sur ce qu’on peut appeler « le territoire frontière » entre le Mali, l’Algérie, le Burkina Faso et le Niger a créé une sorte de porosité à toutes sortes de trafics illicites sur la bande saharienne, à qui certains imputent d’ailleurs la forte croissance et l’extrême mobilité des mouvements terroristes, que le Mali, qui cristallise par ailleurs des intérêts sur ses gisements d’or, seul, ne peut endiguer.
C’est un leurre de le penser. Encore que ce ne soit plus aux frontières, mais c’est à l’intérieur du territoire que les attaques se produisent du nord au sud, avec une intention manifeste d’asphyxier l’économie, par des blocus, pour parachever l’œuvre de destruction du tissu social, ou peut-être sans le dire, mettre un terme à la transition qui ne finit pas.
Comme on le voit, face à une telle situation, l’option qui s’impose avec un réalisme est bien sûr de rétablir la sécurité et la stabilité sur l’ensemble du territoire. Les modalités de ce premier chantier pointent la restauration de la confiance, entre des forces politiques aujourd’hui dispersées et antagoniques, car si aujourd’hui le JNIM et le FLA revendiquent les attaques coordonnées, ils n’ont pas pour autant le même agenda politique. Réunir donc autour de la table tous les acteurs, belligérants ou non, après avoir négocié un cessez-le-feu, semble bien une hypothèse à envisager ; et de ce point de vue l’UA et la CEDEAO doivent entrer dans le jeu.
Ensuite, il faudra définir en termes clairs un agenda de sortie de la transition avec un échéancier bien précis, et des élections à la sortie ; et cette fois poser des garanties fermes sur sa mise en œuvre. C’est techniquement possible, si on s’accorde sur un gouvernement d’union nationale incluant les forces politiques, pour piloter cela L’Union africaine, pour une fois, devra s’impliquer effectivement, et utilement, comme garante de l’accord qui sortirait de ces négociations, épaulée en cela par la CEDEAO et l’AES, dont les textes lient encore le Mali.
Maintenant, si l’attentisme observé chez les uns et les autres perdure (rien que des condamnations de l’UA et de la CEDEAO), il y a de fortes chances que les choses s’enlisent pour faire place à une guérilla ou des massacres de civils, dans lesquels des forces « obscures » pourront s’engouffrer durablement, et le prix à payer sera lourd. L’exemple de la Côte d’Ivoire est là pour nous renseigner, et les stigmates de cette crise sont là, sauf qu’ici, au Mali, les risques de débordement sont énormes.
