Le ciel s'assombrit pour l'opposition en République centrafricaine. Ce mardi 5 mai 2026, Anicet-Georges Dologuélé, figure de proue de la contestation contre le président Faustin-Archange Touadéra, a été empêché de quitter le territoire national alors qu'il s'apprêtait à s'envoler pour une mission diplomatique de haut niveau.
Le leader de l'Union pour le renouveau centrafricain (URCA) pensait rejoindre Addis-Abeba, en Éthiopie, pour répondre à une invitation officielle de l'Union africaine. Cependant, son voyage a été brutalement interrompu par le commissaire de l'aéroport international de Bangui Mpoko.
Selon les témoignages recueillis par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, la police a procédé à la confiscation de son passeport diplomatique sans présenter la moindre décision de justice formelle. Du côté des autorités aéroportuaires, on justifie cet acte par un argumentaire purement administratif : le commissaire de police affirme que Dologuélé n'étant plus député de la septième législature depuis le 30 avril dernier, son titre de voyage diplomatique n'est plus valide et a donc été saisi sur-le-champ.
Pour de nombreux observateurs et médias locaux, ce motif administratif n'est qu'un paravent. Corbeau News Centrafrique y voit une manœuvre politique délibérée, qualifiée de « stratégie de mort lente », visant à isoler les adversaires du régime de Touadéra en les enfermant à l'intérieur des frontières nationales.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Cette situation ravive des souvenirs douloureux en Centrafrique, rappelant le sort de l'ancien président Ange-Félix Patassé que François Bozizé avait empêché de quitter le pays pour aller se soigner, ne l'autorisant à partir qu'au dernier moment pour mourir dès son arrivée au Cameroun.
L'opposition dénonce une dérive autoritaire qui s'accélère, après que le pouvoir a déjà manifesté des velléités de restriction de mouvement à l'encontre de l'opposant l'année dernière.
Anicet-Georges Dologuélé n'est pas n'importe quel opposant. Il est le principal rival de Faustin-Archange Touadéra, étant arrivé deuxième lors de la dernière élection présidentielle avec 13,50 % des suffrages, contre 77,90 % pour le président sortant. Ce scrutin avait d'ailleurs été vigoureusement contesté par le leader de l'URCA, qui dénonçait une « fraude massive ».
Comme le souligne Africa Radio, ce n'est pas la première fois que l'ancien Premier ministre subit de telles restrictions, puisqu'en mars 2021, il avait déjà été bloqué alors qu'il souhaitait se rendre en France pour des raisons médicales. Aujourd'hui, malgré son rôle de figure centrale de l'opposition, Anicet-Georges Dologuélé se retrouve à nouveau sans document de voyage et sous le coup d'une interdiction de sortie de territoire notifiée sans la moindre base judiciaire apparente.
Ce nouvel incident s'inscrit dans un contexte de verrouillage institutionnel croissant, où les tensions entre la majorité présidentielle et l'opposition démocratique semblent avoir atteint un point de non-retour.