Épatant avec Lens pour sa première saison en Ligue 1, Mamadou Sangaré a été élu Prix Marc-Vivien Foé 2026. L'international malien nous a reçu chez les Sang et or pour un entretien où il évoque ses débuts, sa saison dans le club français fondé en 1906, son poste et sa sélection nationale.
Mamadou Sangaré, vous êtes le lauréat du prix Marc-Vivien Foé 2026. Comment réagissez -vous ?
Je suis vraiment heureux d'avoir gagné ce trophée. Et comme vous le savez, je suis aussi le premier joueur malien et cela fait aussi plaisir. Je veux souligner que c'est un travail collectif et remercier mes coéquipiers qui m'ont soutenu depuis le premier jour. C'est une fierté supplémentaire car je sais qui est Marc-Vivien Foé, il compte encore beaucoup pour le club de Lens, pour les supporters. Vous savez, j'ai un maillot de lui à la maison. C'était un objectif pour moi d'être élu. C'est chose faite maintenant et je suis vraiment content de l'avoir accompli.
C'est important pour vous les distinctions individuelles ?
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Oui. Cela montre que tu fais des bonnes choses, que tu travailles bien. J'ai beaucoup travaillé et ça n'a pas été facile lorsque j'ai commencé ma carrière. C'est un prix qui récompense mon acharnement. Ça montre que j'ai vraiment passé un cap et j'espère aussi que ça va continuer ainsi.
Vous êtes arrivé à Lens en 2025. Cette saison, vous la considérez comment ?
Collectivement, notre saison est magnifique. Ça fait plaisir de voir le club à ce niveau-là. On a surpris beaucoup de monde. Avoir été à un moment leader du Championnat de France montre que l'on a fait de grandes choses. Le club va pouvoir jouer la Ligue des champions lors de la prochaine saison et vous savez comme moi comment cette compétition fait rêver tous les joueurs. Ça va être magnifique pour nos supporters.
Vous parlez des supporters de Lens. Qu'est-ce qu'ils représentent pour vous ?
Ils sont uniques. Ils sont tellement attachés à leur club, ils aiment tellement leurs joueurs que forcément ça donne envie de tout donner pour eux sur le terrain. C'est important d'avoir ce genre de public derrière soi. Ça fait plaisir d'être aimé comme ça et j'espère que ça va continuer. Pour tous les Maliens qui sont passés ici, ça a été un succès. La simplicité des gens du Nord est proche de notre culture et c'est peut-être pour cela que l'on se sent bien ici. On sait qu'entre la France et l'Afrique, il y a des choses en commun et donc l'adaptation est plus facile. Les gens se connaissent, c'est plus facile de s'adapter dans le Championnat de France.
Vous êtes arrivé en 2020 en Europe. Comment s'est passé le changement de continent, loin de chez vous, loin de votre famille ?
Ça n'a pas été facile quand j'ai signé mon premier contrat à Salzbourg [en Autriche, NDLR]. Il fallait s'adapter à la langue, à la culture, à la façon de jouer en Europe. Tout cela m'a aidé à prendre de l'expérience, à bien mûrir, à bien progresser. Cela a été plus que bénéfique pour moi.
Quand vous êtes arrivé en Europe, certains observateurs ont dit que vous aviez un retard physique. Vous êtes d'accord ?
Oui, je sais. On me voyait comme quelqu'un de pas assez assez costaud. Chacun a sa manière de voir les choses mais je ne suis pas d'accord. Je pense que j'étais vraiment prêt pour jouer en Europe. Mon physique considéré comme un peu frêle n'était pas un handicap. Je peux aussi progresser un peu là-dessus, mais ce n'est pas un handicap. Je pense même que c'est un avantage car ça me permet d'être un peu plus souple dans mes interventions, dans mes sorties de balle. Je dois essayer d'avoir l'équilibre juste. J'ai 23 ans et donc, forcément, il y a encore des choses à améliorer, à peaufiner. Je pense qu'il me manque des petites choses à régler comme la concentration. Il faut aussi que je sois plus décisif, mais physiquement, je me sens à la hauteur.
On vous compare beaucoup à Seydou Keita, qu'est-ce que ça vous inspire ?
Seydou (Keita) ! C'est une idole pour tout jeune Malien. C'est quelqu'un que j'adore depuis toujours, je le regardais à la télé. Il a été un très grand joueur et c'est un honneur d'être associé à lui dans mon parcours. J'ai eu l'occasion de lui parler lors de la dernière CAN au Maroc. Il m'a même donné quelques petits conseils pour progresser dans mon jeu. C'est incroyable d'être conseillé par ce genre de personnes et je suis vraiment heureux d'être malien comme lui. À Lens, beaucoup de gens me rappellent qu'il a été un grand joueur ici. Il est toujours dans le coeur des supporters lensois [Seydou Keita a joué 210 matchs avec Lens entre 2002 et 2007, NDLR].
Vous avez été formé au Mali, à Bamako au Yeelen Olympique. À l'époque, est-ce que vous aviez en tête l'idée de faire cette carrière ?
Oui, j'avais vraiment confiance en moi et je savais que je pouvais faire ce genre de carrière. Pour moi, le foot c'était vraiment quelque chose de sérieux. C'était vraiment un objectif clair.
Vous faites partie des meilleurs récupérateurs en Europe, qu'est-ce que ça vous inspire ?
Ça fait plaisir, j'adore aller défendre sur l'adversaire. J'ai vraiment progressé là-dessus, surtout quand j'étais au Rapid Vienne. Là-bas, j'ai eu cet impact-là. J'aime beaucoup cet aspect de mon jeu, parce que ça me fait vraiment plaisir d'aller récupérer des ballons. Je pense que je suis plus à l'aise avec le ballon. J'aime faire des passes, des dribbles. J'aime beaucoup défendre aussi. Mais quand je récupère un ballon, c'est comme si je marquais un but.
Vous avez joué la dernière CAN au Maroc. Vous avez été battus en quarts de finale par le Sénégal (1-0). Qu'est-ce qu'il a manqué au Mali pour aller plus loin dans la compétition ?
Je pense qu'il ne nous a pas manqué grand-chose. C'était aussi le Sénégal en face ! Je tiens d'ailleurs à remercier le coach Tom Saintfiet [la Fédération malienne de football a officialisé le départ de son sélectionneur le 29 avril, NDLR]. Ça a été vraiment quelqu'un de bien. Il a essayé de mettre en place des choses. Bon, ça n'a pas marché et c'est comme ça. Des fois ça marche, des fois ça ne marche pas.
Au Mali, j'imagine qu'on vous suit. Qu'est-ce qu'on dit dans votre quartier, dans votre famille, de votre carrière, de la façon dont vous avez évolué ?
Dans mon quartier, tout le monde est fier. Ils essaient tout le temps de regarder mes matchs et ça fait vraiment plaisir. On joue aussi au foot pour ça, rendre fier sa famille, ses amis et tous les gens qui nous aiment.
Un petit mot sur la situation au Mali. Vous la suivez de près ?
Oui, et ce n'est pas facile à vivre. Ça fait un peu mal quand je vois les choses qui se passent au pays, là où je suis né. J'espère que tout va s'arranger. J'ai les gens que j'aime là-bas, je pense beaucoup à eux.
Pour terminer, quel est votre rêve en tant que joueur ?
Être qualifié pour une Coupe du monde. Oui, c'est un rêve. En plus avec le Mali, on a vraiment l'effectif pour pouvoir y aller. Pour la prochaine, ce n'est pas passé loin. Il y a eu quelques petits soucis, mais je pense qu'on a vraiment le talent et la qualité pour pouvoir jouer un Mondial. Je n'en doute pas. J'espère aussi gagner des trophées et rendre fiers ma famille et tous mes amis. Avec la finale de la Coupe de France le 22 mai, on a un trophée en vue et on sait que ça compte beaucoup pour Lens.
