Cinq mois après la présidentielle remportée sans hésitation ni murmure par le général Mamadi Doumbouya, avec le score éloquent de 86,62 % des suffrages, les Guinéens étaient de nouveau aux urnes hier dimanche pour les élections législatives et communales. Près de sept millions d'électeurs étaient appelés à participer à cet exercice, une pierre supplémentaire dans la reconstruction d'une vie constitutionnelle normale, en attendant les sénatoriales qui viendront, en principe, parachever l'édifice.
Une vie constitutionnelle normale... Voilà une bien jolie expression . Tout cela, ou presque, est la faute à Alpha Condé qui, en voulant coûte que coûte s'offrir un troisième mandat, a ouvert un boulevard à l'armée. Celle-ci s'est emparée du pouvoir en 2021, renvoyant l'ancien président à ses chères études politiques. Depuis, la transition a suivi son cours et le lieutenant-colonel Doumbouya, bombardé général entre-temps a organisé une présidentielle dont l'issue semblait écrite d'avance.
Et pour cause : il était difficile d'apercevoir un adversaire capable de faire vaciller le colosse du palais Mohammed-V. Certes, les candidats ne manquaient pas. Parmi eux figuraient Faya Lansana Millimono, leader du Bloc Libéral, Makalé Camara, ancienne ministre des Affaires étrangères sous Alpha Condé, ou encore Abdoulaye Baldé. Mais les poids lourds de la politique guinéenne étaient absents du casting. Les anciens Premiers ministres Cellou Dalein Diallo, Lansana Kouyaté, ainsi que l'ex-ministre Ousmane Kaba, n'ont pas pu prendre part à la compétition. Mieux encore, les principaux partis d'opposition, notamment le RPG de l'ancien président Condé et l'UFDG, n'étaient guère en odeur de sainteté avec le système en place.
Au royaume de Doumbouya, les contestataires semblaient avoir le choix entre trois destinations : la prison, l'exil ou, pour certains, un horizon plus inquiétant encore. Dans ces conditions, difficile d'imaginer les Guinéens ne pas présenter un garde-à-vous impeccable au général. Que ce soit à la présidentielle, aux législatives, aux communales... et probablement aux sénatoriales à venir.
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Pour l'heure, il ne faut donc pas s'attendre à une démocratie à la norvégienne. Chaque chose en son temps. Les scrutins organisés hier ne sont donc pas de ceux qui peuvent promettre un miracle. Le principal suspense résiderait peut-être dans la mobilisation. Or, à en juger par l'affluence observée hier dans plusieurs bureaux de vote, les électeurs guinéens ne se sont pas exactement bousculés au portillon.
Il faudra donc encore patienter un peu, pendant que le général Doumbouya continue d'avancer sur un terrain qui lui est largement favorable, avec une opposition dispersée, affaiblie ou éloignée du terrain de jeu. Une situation qui, pour l'instant, ressemble davantage à une promenade de santé qu'à une compétition électorale.
