Afrique: Comment l'Algérie est-elle sortie de la liste grise du GAFI?

Dinar algérien dans le portefeuille noir

L'Algérie ne figure plus dans la liste grise du GAFI, le Groupe d'action financière, un organisme mondial de surveillance du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme. Réuni lors d'une session plénière le 19 juin 2026, ce dernier a salué les efforts du gouvernement algérien ces derniers mois. Une décision, saluée par les plus hautes instances algériennes qui devrait rassurer pour de bon les futurs investisseurs internationaux.

« Il y a très peu de pays qui ont réussi à sortir de cette liste en aussi peu de temps », explique Halim Megharbi, spécialiste de la lutte contre la criminalité financière.

Placée en 2024 dans ce que l'on appelle la liste grise du GAFI - soit un ensemble de pays sous haute surveillance concernant la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme -, l'Algérie est parvenue à s'en extraire en moins de deux ans. « C'est un fait historique salué par l'ensemble des pays membres », précise l'expert.

L'Algérie est repartie d'une feuille blanche

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Elisa De Anda Madrazo est la présidente du Groupe d'action financière depuis le 1er juillet 2024. Si l'Algérie est sortie de sa liste grise, c'est parce que le pays a respecté les recommandations de l'organisation, explique-t-elle. « L'Algérie a affiné ses opérations de réaménagement, notamment dans les secteurs bancaire, immobilier et des assurances. Nous avons constaté le bon travail qui a été fait sur l'identification des propriétaires et des dirigeants d'entreprise » relate ainsi cette dernière avant de poursuivre : « Nous avons noté aussi que l'Algérie a renforcé son système de suivi des transactions frauduleuses et que les autorités ont mis en place un système pour mieux cibler les financements du terrorisme et les sanctionner ».

Alors que ses dispositifs de lutte contre la criminalité financière étaient mal calibrés, que sa supervision était soit insuffisante ou inefficace et que son appareil juridique n'était pas au niveau, selon Halim Megharbi, l'Algérie a dû repartir « d'une feuille blanche ».

Consulté ces derniers mois par le ministère des Finances, à Alger, et par d'autres autorités de régulation, l'expert international tient à saluer le travail de transparence des autorités algériennes.

« Au départ il n'y avait que très peu de connaissances en interne de ces thématiques-là. Ils ont rapidement mis en place des textes réglementaires qui s'alignent sur les standards internationaux, mais également fait tout un travail de formation qui n'en est qu'à ses débuts. Enfin, il y a aussi eu un renforcement humain de tous les régulateurs en l'espace de vingt mois », constate-t-il.

Le placement d'un pays sur liste grise du GAFI a des conséquences directes sur les échanges financiers d'un pays.

« Lorsque le Sénégal était sur la liste, ses investissements étrangers ont baissé de 6% à 8% en deux ans », analyse Halim Megharbi, qui voit dans l'arrêt de sa surveillance par l'organisation une aubaine pour l'Algérie : « Le pays pourra attirer plus d'investisseurs internationaux. Cela envoie également un message pour montrer que les dispositifs de lutte sont robustes et par conséquent avoir des échanges économiques de manière plus saine et sereine ».

« L'année passée a été couronnée de succès pour le continent africain »

Cependant, les efforts sont à poursuivre.

« Notre travail est aussi de vérifier si les efforts fournis sont maintenus. Nos juridictions doivent sans cesse évaluer les risques car les situations évoluent très vite. Le ministère algérien des Finances a garanti dernièrement que les réformes prises seront maintenues. C'est notre organe régional qui aura la charge du suivi », précise Elisa De Anda Madrazo.

L'Algérie, comme tout autre pays qui ne respecterait pas la règlementation du GAFI, pourrait donc retrouver une place dans cette fameuse liste grise. C'est en tout cas ce que confirme Halim Megharbi : « Les autorités ont fait le nécessaire mais il faut maintenant maintenir ces évolutions. Le Pakistan a déjà été retiré de la liste avant d'y être replacé plus tard ».

Outre l'Algérie, la Namibie a également quitté cette liste grise, mais six pays du continent africain y sont toujours présents : la République démocratique du Congo, la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le Soudan du Sud, l'Angola et le Kenya.

Selon la présidente du GAFI, le continent africain s'est démarqué par ses efforts ces dernières années.

« L'année passée a été couronnée de succès pour le continent africain. Durant cette période, le Burkina Faso, le Mozambique, le Mali, le Nigéria, l'Afrique du Sud et la Tanzanie ont été retirés de la liste. Ces pays doivent continuer de travailler à partir des réformes entreprises. Nous savons que les menaces sont nombreuses, mais chaque pays africain qui renforce son système agit concrètement sur le développement du continent tout entier », déclare-t-elle.

Le chef de l'État algérien, Abdelmadjid Tebboune, s'est exprimé à ce propos lors du Conseil des ministres qui s'est tenu dimanche 21 juin. « Cette décision constitue une reconnaissance internationale attestant que l'Algérie s'est aujourd'hui, définitivement et de manière irréversible, affranchie de l'ère du blanchiment d'argent et des crimes liés aux mouvements de capitaux », a-t-il déclaré.

Une nouvelle page semble se tourner en Algérie qui fait désormais de sa réputation économique une priorité.

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