Le Président Romuald Wadagni n’a assurément pas attendu longtemps pour mettre la main dans les dossiers régionaux, assez chauds du reste.
Le choix de réserver ses premiers déplacements aux pays limitrophes (Nigéria, Niger, Burkina, Côte d’Ivoire, Mali et Sénégal) après son installation à la magistrature suprême du Bénin, au mois de mai dernier, en dit long sur sa volonté d’imprimer son magistère sous le signe de la diplomatie de proximité, mais aussi et surtout du dégel dans les relations avec ses voisins.
Il faut le dire, il y a de la matière dans le legs du président Patrice Talon, dont on sait qu’il avait laissé un passif diplomatique, qui s’est cristallisé, notamment depuis ses positions prises dans le cadre de la CEDEAO vis-à-vis des pays de l’AES.
Il faut toutefois relever en effet que l’ancien président du Bénin avait par la suite posé plusieurs actes, qui sont restés vains, parce qu’on en était arrivé aux termes d’une escalade, qui avait abouti d’abord à la fermeture des frontières entre le Bénin et le Niger, suivie de l’arrestation d’officiels nigériens qui s’étaient rendus au Bénin, dans le cadre de la mise en œuvre du projet de pipeline nigérien devant rallier le terminal portuaire de Sémé Kpodji, point stratégique des exportations du pétrole nigérien.
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La tension a été, il est vrai, à son point le plus culminant, et les incidences économiques assez importantes de part et d’autre, avec le différé de la mise en service du pipeline nigérien, qui devait générer des ressources importantes pour un pays frappé d’embargo et de sanctions économiques par la CEDEAO. Le Bénin aussi a vu le volume de ses échanges avec le Niger chuter drastiquement, entrainant une perte de recettes pour l’État.
C’est pourquoi la primeur réservée au Niger pour sa première visite, fait de cette initiative du Président Romulad Wadagni, a été perçue comme une première étape vers la levée des obstacles au retour à des relations diplomatiques et économiques apaisées.
Mais il faudra surtout attendre les semaines à venir pour apprécier l’exacte mesure de ce qui pourrait être une avancée majeure, car ne l’oublions pas, derrière le discours officiel, le Niger n’en pose pas moins des conditions pour la reprise des relations entre les deux pays. En effet, le pouvoir de Niamey a fixé trois conditions sécuritaires majeures. Il s’agit d’une part de la signature d'un accord de défense et d'un accord garantissant la non-utilisation de leurs territoires respectifs pour des actions hostiles contre l'autre pays, et d’autre part de la création d'une cellule bilatérale de renseignement.
Faut-il le rappeler, le principal grief du Général Tiani contre le Président Talon, qu'il avait toujours démenti, c’est qu’il permettait l’usage de son territoire par des troupes (françaises notamment) qui voulaient la déstabilisation de son pays.
Mais la donne a changé, car les conditions posées par le Niger risquent d’être, aujourd’hui, une source de blocage, car le Niger est dans un ensemble qui est l’AES, et lié au Mali et au Burkina Faso par la charte du Liptako-Gourma, qui prévoit un pacte de défense mutuel, une force unifiée et surtout le partage du renseignement.
Au demeurant on se retrouverait dans les cas d’un accord tripartite de fait, qui nécessairement devra faire appel à des négociations plus approfondies, notamment sur les conséquences d’un éventuel accord sur les pays alliés, notamment sur la principale question sécuritaire. Ce serait, en cas de réussite, un grand coup pour Wadagni, et en direction de la CEDEAO, et donc un bon positionnement du Bénin dans le futur des relations AES/CEDEAO.
