Kinshasa a récemment été le théâtre d'un débat de plus en plus animé sur la manière dont la production de miel pouvait favoriser la résilience climatique, l'entrepreneuriat des jeunes et la croissance verte.
Ce tournant a pris naissance lorsque la République démocratique du Congo a accueilli son premier Forum national de l'apiculture, organisé à l'occasion de la Journée mondiale des abeilles 2026.
Au Cercle Elaïs, un centre de conférences de Kinshasa, l'Agence nationale de promotion des exportations (ANAPEX), en partenariat avec l'entreprise Green Community Mind (GRECOM), a organisé le forum sur le thème suivant : « L'apiculture : une opportunité de diversification commerciale et un levier de développement socio-économique et écologique en RDC ». L'événement a réuni des institutions publiques, des entrepreneurs, des coopératives, des producteurs, des partenaires techniques et des acteurs du secteur privé. Ils ont échangé sur les moyens de transformer l'industrie apicole du pays, passant d'une production fragmentée à une chaîne de valeur organisée, compétitive et prête pour l'exportation.
Pour GRECOM, une entreprise dirigée par des jeunes basée à Kinshasa et soutenue par le Groupe de la Banque africaine de développement à travers le programme YouthADAPT, le forum a mis en évidence l'impact des investissements en faveur des jeunes innovateurs dans le domaine du climat.
Grâce à ses initiatives dans l'apiculture, GRECOM donne aux producteurs les moyens d'optimiser leurs rendements en miel, d'élargir leur accès au marché et d'adopter des technologies résilientes au climat.
Nyuki Tech, la plateforme numérique d'apiculture basée sur l'IA développée par GRECOM, permet aux apiculteurs d'optimiser leur production, de suivre les performances de leurs ruchers et d'accéder à des opportunités de marché. L'entreprise a annoncé que sa production avait augmenté de 10 % grâce à cette plateforme. Parallèlement, son initiative « Apicard », un outil d'identification et de visibilité des produits, améliore la traçabilité, la reconnaissance des produits et l'accès au marché. De plus, l'adoption de l'énergie solaire a permis de réduire de 60 % les coûts énergétiques liés au traitement, à la transformation et au conditionnement des produits apicoles, y compris la fabrication moderne de ruches.
En travaillant directement avec les communautés apicoles de première ligne selon une approche ascendante, GRECOM transforme un moyen de subsistance largement informel en une opportunité économique plus structurée et formalisée. Son modèle favorise la création d'emplois en renforçant le rôle des jeunes et des producteurs locaux dans la chaîne de valeur du miel. Il développe également le potentiel d'exportation en améliorant la visibilité, la qualité et l'aptitude à la commercialisation des produits. Enfin, l'entreprise renforce la résilience des communautés en diversifiant les sources de revenus, en promouvant des moyens de subsistance respectueux de la biodiversité et en soutenant l'adaptation au climat.
« Ce forum est un appel à l'action », a lancé Mike Tambwe Lubemba, directeur général de l'ANAPEX. « Le miel congolais est riche, diversifié et plein de promesses. Notre mission consiste désormais à organiser le secteur, à améliorer la qualité et à veiller à ce que nos produits puissent accéder aux marchés situés au-delà de nos frontières. »
Pour Deborah Nzarubara, directrice générale de GRECOM, ce forum a confirmé l'immense potentiel des entreprises dirigées par des jeunes pour transformer les chaînes de valeur locales. « L'apiculture, ce n'est pas seulement du miel, a-t-elle souligné. C'est aussi de l'emploi pour les jeunes, des revenus pour les communautés, la protection de la biodiversité et une nouvelle façon de renforcer la résilience à partir de la base. »
L'événement a également permis de présenter les produits d'apiculteurs des provinces du Kivu, de l'Équateur, du Kongo Central et du plateau de Bateke, mettant en lumière le miel biologique, le vin de miel et d'autres produits à valeur ajoutée.
Charlotte Eyong, chargée principale du changement climatique et de la croissance verte pour l'Afrique centrale au sein du Groupe de la Banque africaine de développement, a mis en avant l'importance d'investir dans les entreprises d'adaptation dirigées par des jeunes : « GRECOM montre que l'adaptation au climat peut être concrète, investissable et ancrée dans l'entrepreneuriat local. À travers YouthADAPT, la Banque soutient de jeunes entrepreneurs qui créent des emplois, renforcent les chaînes de valeur et aident les communautés à renforcer leur résilience. »
Le programme YouthADAPT, mis en oeuvre dans le cadre du Programme d'accélération de l'adaptation en Afrique, a investi 5,4 millions de dollars américains dans 41 entreprises détenues par des jeunes dans 20 pays africains, créant ainsi près de 10 700 emplois. GRECOM a bénéficié d'un soutien au titre du troisième cycle du programme, financé par le Fonds pour les changements climatiques en Afrique de la Banque. Ce partenariat démontre comment un financement climatique ciblé permet aux entreprises détenues par des jeunes de déployer à grande échelle des solutions d'adaptation portées par les acteurs locaux.
À Kinshasa, le message de GRECOM a clairement trouvé un écho. Grâce à des investissements ciblés, les abeilles ne se contentent pas de produire du miel. Elles constituent un pilier des moyens de subsistance, contribuent à la restauration des écosystèmes et ouvrent la voie à des marchés durables pour un avenir plus vert.