La chenille légionnaire africaine est un ravageur migrateur extrêmement destructeur. Elle s'attaque au maïs, au sorgho, au millet et à la canne à sucre. Cette chenille cause également des dégâts indirects au bétail, car elle détruit les pâturages et les prairies.
La dernière grande invasion de chenilles légionnaires en Afrique australe s'est produite entre février et avril 2025. Elle a touché les provinces sud-africaines du KwaZulu-Natal, du Limpopo, du Gauteng et du Mpumalanga, ainsi que le Zimbabwe voisin.
Lutter contre la chenille légionnaire reste un défi majeur. La méthode la plus couramment utilisée consiste à appliquer un insecticide chimique synthétique à base de pyréthroïdes. Son efficacité reste toutefois limitée et ne permet pas une éradication complète.
L'insecticide n'agit que sur les stades larvaires (chenilles) lorsqu'elles mesurent environ 1 à 5 mm de long, celles-ci étant plus sensibles au poison que les larves plus développées. L'insecte passe par différents stades de développement : oeuf, larve (chenille), pupe puis adulte, qui est un papillon de nuit. Le stade de chenille est le plus nuisible.
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Je suis entomologiste et mes travaux portent principalement sur la lutte intégrée contre les insectes ravageurs des cultures qui ont une certaine importance économique. Je m'intéresse plus précisément à l'utilisation de champignons et de nématodes pathogènes (entomopathogènes) comme agents de lutte biologique contre les insectes dans les écosystèmes agricoles.
Dans un récent article, j'ai présenté les résultats de mes travaux sur un champignon qui infecte et tue naturellement les stades larvaires de la chenille légionnaire africaine. Il s'agit du premier rapport faisant état de la présence et de l'isolement réussi de ce champignon en Afrique du Sud.
un champignon tueur de chenille légionnaire africaine découvert en Afrique du Sud
Les infestations de chenilles légionnaires africaines se caractérisent principalement par une forte densité de stades larvaires de l'insecte. Elles avancent en groupes compacts comme une « armée » qui se déplace ensemble au sol.
Elles se nourrissent de plantes et peuvent dévorer entièrement les feuilles des cultures jusqu'au niveau du sol. Les dégâts causés aux pâturages de kikuyu réduisent également la quantité de fourrage disponible pour le bétail, qui peut alors tomber malade à cause d'un empoisonnement. En effet, lorsque les larves se nourrissent de l'herbe, celle-ci libère un composé chimique cyanuré comme mécanisme de défense contre l'insecte.
Ce composé cyanuré est toxique pour le bétail, principalement les bovins.
Chez les bovins touchés lors des épidémies de cet insecte, l'empoisonnement au kikuyu peut provoquer plusieurs symptômes. Les animaux peuvent souffrir de douleurs abdominales, de déshydratation et d'une salivation excessive. Ils peuvent aussi présenter une « fausse soif ».
Ils semblent alors avoir soif, mais sont incapables de boire, même lorsqu'ils plongent la bouche dans l'eau. Une perte de coordination peut également survenir, entraînant des mouvements instables et involontaires. Dans les cas les plus graves, les animaux peuvent souffrir de troubles cardiaques et respiratoires.
Lorsque j'ai inspecté des pâturages de kikuyu infestés par cet insecte au KwaZulu-Natal, j'ai observé que quelque chose tuait les stades larvaires de la chenille légionnaire africaine. Il s'agissait d'une souche du champignon Metarhizium rileyi.
Ces champignons vivent dans le sol et font partie des nombreux entomopathogènes qui infectent et tuent divers ravageurs. Ils sont souvent utilisés en agriculture pour lutter contre les ravageurs qui causent de graves dégâts aux cultures. Plusieurs insecticides à base de champignons sont disponibles dans le commerce et se sont révélés efficaces.
J'ai constaté que des larves mortes de chenille légionnaire africaine recouvraient de vastes zones des champs. La plupart étaient accrochées à des brins d'herbe et certaines à la surface du sol. Elles étaient infectées par Metarhizium rileyi. L'infection était visible sous forme de conidies blanches et vertes, qui sont des spores asexuées présentes à la surface de la cuticule des insectes.
Il s'agissait de la première observation et du premier rapport concernant l'efficacité de ce champignon contre la chenille légionnaire africaine. Auparavant, ce champignon avait été signalé comme un agent de lutte biologique efficace contre la chenille légionnaire d'automne dans des pays tels que les Philippines.
Cette découverte ouvre la voie à l'exploration et au développement de cet organisme en tant que produit de lutte biologique potentiel, destiné à être utilisé pendant les saisons d'épidémie en Afrique du Sud et dans d'autres régions du monde.
La prochaine étape consisterait à produire cette espèce fongique à grande échelle à des fins commerciales et à faire homologuer le champignon en tant que biopesticide contre cet insecte. Cela pourrait venir compléter les stratégies de gestion pouvant être mises en oeuvre efficacement pendant les saisons d'épidémie de cet insecte.
Letodi Luki Mathulwe, Research entomologist, Department of Conservation Ecology and Entomology, Stellenbosch University
