Congo-Kinshasa: Ebola - Contre le variant Bundibugyo, plusieurs essais lancés mais aucun traitement encore validé

Le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a présidé ce mercredi 5 août, à la Cité de l’Union africaine, une importante réunion consacrée au renforcement de la riposte contre l'épidémie d'Ebola issue de la souche Bundibugyo. Cette réunion de haut niveau a réuni la Première ministre Judith Suminwa, les membres du Gouvernement impliqués dans la riposte, le Directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, ainsi que le Directeur général d'Africa CDC, le Dr Jean Kaseya.

Deux vaccins conçus contre le virus Ebola Bundibugyo sont désormais testés chez l'humain au Royaume-Uni et au Canada. En RDC, des essais de traitements sont également menés chez des malades et chez certains contacts fortement exposés. Mais aucun de ces produits n'a encore démontré son efficacité. Leur évaluation se déroule au coeur d'une épidémie toujours active, dans des conditions parfois difficiles.

La recherche contre le virus Ebola Bundibugyo a franchi plusieurs étapes depuis la déclaration de l'épidémie en RDC, le 15 mai 2026. Deux candidats vaccins sont entrés dans la première phase des essais cliniques. En parallèle, des traitements expérimentaux sont évalués chez des patients atteints d'Ebola et un médicament oral est administré à certains contacts à haut risque après une possible exposition.

Ces travaux progressent plus rapidement que lors de précédentes épidémies, notamment parce que des protocoles avaient été préparés avant l'apparition des premiers cas. Mais les résultats ne sont pas attendus immédiatement et aucun vaccin ni traitement n'est, à ce stade, homologué contre cette variante du virus.

Deux vaccins dans la première phase des essais

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Le premier candidat vaccin, développé par l'université d'Oxford et le Serum Institute of India, est entré en essai clinique de phase I le 24 juillet au Royaume-Uni. Le second, développé par Moderna, est testé au Canada. Santé Canada avait autorisé l'essai le 30 juillet. Selon Moderna, environ 80 adultes en bonne santé doivent y participer.

Ces essais de phase I ne visent pas encore à établir que les vaccins empêchent la maladie. Ils doivent d'abord permettre d'évaluer leur sécurité, de déterminer la dose appropriée et de vérifier s'ils provoquent une réponse immunitaire contre le virus Bundibugyo. Les participants ne sont pas exposés au virus Ebola. Ils reçoivent le candidat vaccin, puis les chercheurs surveillent les éventuels effets secondaires et mesurent notamment la production d'anticorps.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), plusieurs mois seront nécessaires avant de disposer des premières données. Si les résultats sont jugés satisfaisants, d'autres phases d'essais devront être organisées sur des groupes plus importants avant toute demande d'autorisation.

Des traitements testés chez des malades en Ituri

La recherche est déjà appliquée auprès de certains patients en RDC. Un essai thérapeutique soutenu par l'OMS est mené dans plusieurs centres de prise en charge de l'Ituri, principal foyer de l'épidémie. Selon les informations communiquées par l'organisation le 4 août, plus de 50 patients avec un diagnostic confirmé avaient été inclus. Trois centres participaient à l'étude et un quatrième devait commencer à recruter des patients dans la semaine. L'objectif est d'étendre progressivement l'essai à au moins dix établissements. Le nom et la composition des traitements évalués ne sont pas précisés dans les éléments disponibles ici. Il n'est donc pas encore possible d'établir leur efficacité ni leur impact sur la mortalité.

L'OMS précise que la principale difficulté n'est pas, à ce stade, le refus des patients, mais le nombre limité de centres en mesure d'appliquer le protocole. Pour intégrer un malade à l'essai, il faut notamment confirmer le diagnostic, disposer d'une équipe formée et pouvoir assurer le suivi médical et la collecte des données.

Or, une partie des malades continue d'arriver tardivement dans les structures de soins. Au 3 août, 30 des 44 décès confirmés enregistrés en 24 heures étaient survenus dans la communauté et avaient été confirmés par des prélèvements post-mortem. Quatorze décès étaient survenus dans des centres de traitement Ebola. Cette détection tardive réduit mécaniquement le nombre de patients pouvant recevoir rapidement un traitement expérimental et être inclus dans un essai.

Un médicament administré après une exposition

Une autre étude est menée par l'Institut national de recherche biomédicale de la RDC avec des partenaires internationaux. Elle porte sur un médicament oral administré pendant dix jours à des contacts considérés comme fortement exposés. L'objectif est de déterminer si ce traitement peut empêcher ou réduire le risque de développer la maladie après un contact avec le virus. Plus de 25 personnes avaient reçu le produit, selon les informations présentées par l'OMS.

Un rapport de l'équipe de la riposte confirme que cette approche est déjà utilisée sur le terrain. Dans la Tshopo, deux contacts à haut risque appartenant au personnel de première ligne recevaient un traitement expérimental à Madula. L'un avait terminé son suivi. Le traitement d'un contact professionnel de l'hôpital du Cinquantenaire de Kisangani avait, lui, été interrompu. Le même rapport indique que huit contacts à haut risque de Kongakonga refusaient le traitement proposé. Il ne précise ni les raisons de ces refus ni le nom du médicament utilisé.

Cet essai repose donc sur la capacité des équipes à identifier rapidement les contacts, à évaluer leur niveau d'exposition, à obtenir leur consentement et à assurer leur suivi pendant toute la durée du traitement. Au 3 août, 18 243 contacts étaient recensés dans les cinq provinces touchées. Seuls 14 300 avaient été vus, soit 78,4%. Ce taux restait inférieur au seuil opérationnel de 95% mentionné par les autorités sanitaires.

Les écarts sont importants selon les provinces : 80,2% en Ituri, 76% au Nord-Kivu, 63% dans le Haut-Uélé, 81,7% dans la Tshopo et 100% au Sud-Kivu. Ces difficultés de suivi peuvent retarder l'identification des personnes susceptibles de participer à l'essai post-exposition.

Ervebo pourrait-il protéger contre Bundibugyo ?

L'OMS examine également de nouvelles données obtenues chez l'animal concernant Ervebo, le vaccin déjà utilisé contre le virus Ebola Zaïre. Ervebo n'a pas été conçu contre le virus Bundibugyo. Les experts cherchent néanmoins à déterminer s'il pourrait offrir un certain degré de protection contre cette variante.

Un groupe technique de l'OMS devait examiner les données disponibles. Aucune conclusion définitive n'apparaît dans les éléments fournis. Il n'est donc pas possible, à ce stade, de dire qu'Ervebo protège contre Bundibugyo ni de recommander son utilisation contre cette souche.

Une recherche menée pendant une transmission toujours soutenue

Ces essais se déroulent alors que l'épidémie continue de progresser. Au 3 août, les autorités congolaises comptabilisaient 3 874 cas confirmés, 1 751 décès et 749 guérisons, soit une létalité de 45,1%. L'épidémie touchait 51 zones de santé dans cinq provinces : l'Ituri, le Nord-Kivu, le Haut-Uélé, la Tshopo et le Sud-Kivu. L'Ituri concentrait 3 375 cas, soit 87,1% du total, devant le Nord-Kivu avec 426 cas, le Haut-Uélé avec 63, la Tshopo avec sept et le Sud-Kivu avec trois.

Le rapport décrit une transmission toujours soutenue. Il souligne également le rôle des mouvements de population, de l'insécurité, des activités minières artisanales et des échanges avec l'Ouganda et le Soudan du Sud dans la circulation du virus.

Au total, 717 patients étaient en isolement. L'Ituri en comptait 471 et le Nord-Kivu 196. Certaines structures étaient déjà sous pression. Au Nord-Kivu, les autorités recensaient 196 malades isolés pour 141 lits. Le centre d'Oicha, doté de dix lits, était entièrement occupé et faisait face à une insuffisance d'équipements de protection.

Ces contraintes influencent directement la recherche. L'ouverture d'un essai dans une zone touchée nécessite un centre fonctionnel, du personnel formé, des équipements de protection, un diagnostic rapide et des capacités de suivi.

Onze protocoles approuvés en Ituri

Le rapport congolais fait état de 11 protocoles validés par le comité d'éthique en Ituri. Trois études sur les 11 prévues avaient été réalisées, trois rapports avaient été produits et une publication était disponible. Quatre recommandations sur 22 avaient été appliquées. Des enquêteurs avaient également été déployés avec l'appui d'Africa CDC. Une recherche qualitative était en préparation dans les zones de santé de Bunia et de Rwampara. Le rapport ne donne cependant pas davantage de détails sur son objet précis. Aucune activité de vaccination n'était rapportée pour la journée du 3 août.

La recherche qualitative peut être déterminante pour comprendre les réticences observées sur le terrain. Le SitRep signale plusieurs refus ou résistances concernant les transferts, les prélèvements post-mortem et certains traitements expérimentaux. À ce stade, aucun résultat disponible ne permet encore d'affirmer qu'un vaccin prévient la maladie, qu'un traitement réduit la mortalité ou que le médicament administré après exposition empêche l'infection.

Dans l'immédiat, la réponse repose donc toujours sur la détection rapide des cas, leur isolement, les soins de soutien, le suivi des contacts, la prévention des infections et les enterrements dignes et sécurisés. Les essais ouvrent des perspectives, mais leurs résultats ne pourront être utilisés dans la riposte qu'après une évaluation scientifique suffisante.

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