Restaurer les terres, rebâtir l'espoir

17 Août 2026
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African Development Bank (Abidjan)

Dans les zones arides d'Afrique, l'avenir se joue dans les sols. La désertification, la dégradation des terres et la sécheresse fragilisent les systèmes alimentaires, les économies rurales, la sécurité hydrique et la cohésion sociale. Mais la restauration des terres dégradées peut devenir un puissant levier de résilience, de prospérité et d'espoir.

La restauration des terres est donc une priorité stratégique : elle soutient la production alimentaire, préserve la biodiversité, favorise le stockage du carbone, crée des emplois ruraux et dynamise les économies locales.

De la dégradation à l'opportunité

On estime que jusqu'à 40 % des terres de la planète sont déjà dégradées, ce qui affecte plus de 3,2 milliards de personnes. La sécheresse pourrait toucher trois personnes sur quatre d'ici 2050. En Afrique, le changement climatique, la déforestation, le surpâturage et l'exploitation non durable des ressources érodent la productivité des systèmes agricoles et pastoraux. Pourtant, chaque dollar investi dans la restauration peut générer entre 7 et 30 dollars de retombées : restaurer les terres constitue donc un investissement qu'il faut amplifier.

Les solutions sont connues : régénération naturelle assistée, agroforesterie, gestion des parcours, collecte des eaux, agriculture climato-intelligente et planification participative. Ces approches permettent de retenir l'eau, de protéger les sols, de restaurer la végétation et de réduire la pression exercée sur les forêts.

La Grande muraille verte : une promesse continentale

À l'échelle continentale, cette vision s'incarne dans l'Initiative de la Grande muraille verte. Née de l'idée d'une ceinture d'arbres à travers le Sahel, allant du sud du désert du Sahara à la Corne de l'Afrique, elle est devenue une initiative plus vaste de gestion durable des terres, de restauration des écosystèmes, de renforcement des moyens de subsistance et de promotion d'une croissance verte. Elle a pour ambition de restaurer 100 millions d'hectares, de créer 10 millions d'emplois verts et de séquestrer 250 millions de tonnes de carbone d'ici 2030.

La Stratégie de l'Union africaine pour la Grande muraille verte et la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes offrent un cadre pour transformer ces engagements en actions coordonnées et en résultats concrets.

Pourquoi le financement est-il le pont entre l'ambition et l'impact ?

Pour transformer cette promesse en résultats, l'ambition seule ne suffit pas. Les pays ont besoin de financements prévisibles. Cet agenda s'aligne sur les priorités de la Banque africaine de développement : infrastructures résilientes, énergies renouvelables, agriculture climato-intelligente, sécurité hydrique, chaînes de valeur et compétitivité verte.

La Banque contribue à traduire les priorités de restauration en projets bancables, à mobiliser des capitaux et à relier la restauration aux investissements dans l'eau, l'énergie, l'agriculture et les moyens de subsistance.

Pour la Grande muraille verte, au moins 33 milliards de dollars sont nécessaires d'ici 2030. Les engagements dépassent 19 milliards, mais leur conversion en financements accessibles reste lente.

Résorber ce fossé exige des projets solidement structurés, le recours au financement mixte, ainsi que des outils adaptés aux réalités des pays et des communautés. Dans cette logique, le Projet d'accélération de la Grande muraille verte en Afrique australe (« Southern Africa Great Green Wall Accelerator »), approuvé par le Fonds pour l'environnement mondial (FEM), soutiendra l'Initiative dans les seize pays de la Communauté de développement de l'Afrique australe. La Banque agira comme agence du FEM et le Mécanisme mondial de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CLD, ou CNULCD) comme partenaire de mise en oeuvre, avec une coordination régionale, un plan d'investissement chiffré et des projets bancables sur l'eau, l'énergie, les écosystèmes, les infrastructures résilientes, l'agriculture durable et le développement inclusif.

Avec une coordination renforcée et une Agence panafricaine mieux outillée, l'Initiative peut devenir un puissant exemple de transformation verte portée par l'Afrique.

La Banque contribue à ce renforcement institutionnel et technique de l'Agence, notamment à travers l'assistance technique, la mise en place d'outils de suivi et l'appui à la mobilisation de ressources. Cet appui vise à consolider le mandat de l'Agence, à améliorer la coordination entre les pays et les partenaires, à préparer des projets bancables et à accélérer la mise en oeuvre sur le terrain.

Alignement du portefeuille de la Banque sur les priorités africaines de négociation à la COP 17

Ces orientations se traduisent déjà dans le portefeuille de la Banque. Le Projet de résilience transformatrice axé sur le genre face à la sécheresse dans les États en transition d'Afrique australe, mis en oeuvre à Madagascar, au Mozambique et au Zimbabwe, associe adaptation climatique, égalité entre femmes et hommes et mobilisation d'investissements pour protéger les groupes vulnérables.

L'appui à l'Agence panafricaine de la Grande muraille verte, via la Facilité d'appui à la transition, renforce les capacités en Érythrée, au Mali, au Niger, au Soudan et au Tchad.

Il est complété par le Projet 2 du Programme de renforcement de la résilience à l'insécurité alimentaire et nutritionnelle au Sahel (P2-P2RS), appuyé par la Banque, et qui aide les communautés du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest à accroître leur productivité agricole, à renforcer les chaînes de valeur et à s'adapter au changement climatique. Ses résultats sont tangibles : plus de 12 000 hectares traités, 176 bassins de collecte, 35 pépinières, plus de 512 000 plants, plus de 2 000 hectares reboisés, 1 228 km de pares-feux et plus de 7 000 foyers améliorés distribués.

Les communautés au centre

Au-delà des instruments et des projets, le succès se mesurera dans les villages, les bassins versants, les exploitations agricoles et les zones de pâturage. Les communautés ne sont pas des bénéficiaires passifs ; elles sont les premières actrices de la restauration.

Les droits fonciers des femmes sont essentiels : les femmes jouent un rôle central dans les chaînes de valeur naturelles, mais elles ont encore un accès insuffisant à la terre, au financement, aux technologies et aux espaces de décision.

Le projet « Vers des communautés du karité résilientes au climat au Burkina Faso et au Togo » fait du karité un levier d'adaptation, de revenus et d'autonomisation des femmes. Ce secteur mobilise environ 16 millions de femmes dans 21 pays africains et couvre près de 275 millions d'hectares. Le projet réduit la vulnérabilité de 7 500 collectrices et transformatrices et de plus de 30 000 personnes, tout en renforçant l'apiculture, les parcs à karité, les coopératives féminines, les pratiques sobres en énergie, la biodiversité et la résilience des paysages.

Des engagements des COP à la mise en oeuvre

Ces expériences doivent désormais contribuer à éclairer l'agenda politique. La COP 17 de la CNULCD, qui se tiendra à Oulan-Bator (Mongolie) du 17 au 28 août 2026 sous le thème « Restaurer les terres. Restaurer l'espoir », doit porter un message clair : passer des promesses à la mise en oeuvre concrète. Pour l'Afrique, la restauration des terres est à la fois un enjeu d'adaptation au changement climatique, de sécurité alimentaire, de préservation de la biodiversité, de création d'emplois, de promotion du genre, de paix et de souveraineté.

La COP 17 s'insère dans une séquence stratégique majeure pour les trois Conventions de Rio, marquée par la concomitance de la COP sur la biodiversité à Erevan et de la COP sur le climat à Antalya. Cette synergie offre l'opportunité de positionner la restauration des terres comme le pivot du nexus entre la neutralité en matière de dégradation des terres (NDT), les objectifs du Cadre mondial de la biodiversité et les contributions déterminées au niveau national (CDN).L'Agenda d'action Riyad-Oulan-Bator offre une voie pratique pour relier les priorités nationales aux objectifs de la Grande muraille verte, aux solutions communautaires et aux financements innovants.

Un avenir enraciné dans des terres restaurées

L'avenir des terres africaines n'est pas écrit d'avance. La dégradation peut approfondir la vulnérabilité, mais la restauration peut ouvrir une trajectoire de prospérité, de stabilité et de dignité.

En considérant les terres comme une infrastructure productive, un capital écologique et un socle de cohésion sociale, l'Afrique peut transformer ses zones fragiles en territoires d'opportunités. Restaurer les terres, c'est investir dans les communautés, protéger la nature et bâtir une croissance plus résiliente. C'est faire le choix d'une Afrique plus forte, plus verte et plus confiante dans son avenir.

Webpage sur la désertification : https://www.afdb.org/fr/themes-et-secteurs/themes/desertification-et-degradation-des-terres

La Banque à la COP 17 : https://www.afdb.org/fr/news-and-events/events/le-groupe-de-la-banque-africaine-de-developpement-fait-progresser-les-priorites-africaines-en-matiere-de-restauration-des-terres-et-de-resilience-face-la-secheresse-la-cop17-de-la-cnulcd-96184

L'auteur : Dr. Arona Soumare serves as the Chief Climate Change and Green Growth Regional Specialist for West Africa at the African Development Bank Group. A leading expert in environmental governance, he orchestrates the Bank's strategic engagement across the three Rio Conventions and for the Greea Green Wall

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