Congo-Kinshasa: 17e épidémie d'Ébola - 100 jours après l'alerte, tous les voyants sont au rouge

Dès l’annonce de l’épidémie actuelle d’Ebola, le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros, était dans un avion en direction de l’est de la RDC. Lors d’une conférence de presse tenue le 12 août à Genève, il a déclaré : « L’épidémie a pris une bonne longueur d’avance, elle est toujours bien en tête, et nous essayons de rattraper notre retard. » Il a toutefois précisé que l’OMS et ses partenaires triplaient les capacités de prise en charge, avec un objectif de 3 000 lits d’ici 12 semaines, et que « plus de 21 000 agents de santé communautaires ont été formés ».

5375 personnes contaminées dont 1/3 d'enfants, 2557 décès dans 55 districts sanitaires de 6 régions à l'est de la RDC. Un système sanitaire débordé et un personnel soignant majoritairement mécontent, une population inquiète dont une large proportion dans la défiance du système de santé, des autorités locale et nationale. C'est le triste tableau de tous les voyants au rouge d'un Congo qui fait le bilan des 100 premiers jours de la 17e épidémie d'Ébola qui l'affecte.

En un trimestre, le fléau à nourrit l'Achéron avec plus de macchabées que ne l'ont fait les éruptions épidémiques du même virus en 2018-2019 et 2020-2021, pourtant, il n'est près de s'arrêter. Le pire est à craindre selon les ONG qui travaillent à enrailler le mal sur le terrain. Idem du côté de l'OMS dont le directeur général, Theodoros Adhamon Ghebreyessus invitait, pour ne pas ordonnait au gouvernement de Félix Tshisekedi de ''faire davantage dans la lutte contre l'épidémie".

Après Theodoros Ghebreyesus, c'est le docteur Jean Kaseya, directeur d'Africa CDC, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, organisme de l'UA, qui a indexé clairement Kinsasha dans sa mollesse à lutter contre la maladie. " Un gouvernement ne se plaint pas, un gouvernement agit'', a-t-il déclaré en juin dernier après que le gouvernement congolais s'est inquiété des lenteurs ou retards de décaissement des fonds promis par la communauté internationale pour lutter contre l'épidémie.

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Les limites du gouvernement Tshisekedi, la bureaucratie et les condionnalités contraignantes dans la mobilisation et le décaissement des ressources financières des banques ou institutions internationales sont, entre autres, les principaux obstacles qui handicapent la riposte efficace contre l'épidémie.

En effet, officiellement, la communauté internationale a annoncé des intentions de financement de près d'1 milliard et demi de dollars US à la RDC, dont 700 millions sont attendus du plaidoyer et levée de fonds de la seule Africa CDC. Hélas, des promesses d'aides à la mise à disposition des fonds promis et attendus, il y a bien souvent une éternité, des conditionnalités humiliantes, si ce ne sont pas des effets d'annonces en trompe oeil.

Quoi qu'il en soit, le triste constat est celui d'une épidémie en progrès foudroyant qui menace toute la RDC et même les pays frontaliers. Si on n'avait, dans les 4 premières semaines qui ont suivi la déclaration de la situation d'épidemie, craint pour le Rwanda, le Burundi ou l'Ouganda, 100 jours après, c'est le Soudan du Sud qui serait le plus menacé et pour cause.

La guerre civile et la crise humanitaire multiforme qui affectent ce jeune État, avec les déplacements internes et externes des populations, l'inexistence d'un système de surveillance épidémiologique, l'effondrement du système national de santé qui était du reste embryonnaire, en font un terreau favorable à l'expansion d'Ébola. C'est d'un. De deux, la source Bundibugyo, responsable de la présente épidémie, était jusque-là inconnue. L'absence de traitements curatifs et/ou préventifs propre à cette source de la maladie, complique la riposte.

Tous les voyants au rouge, symptomatiques d'une riposte à la fois inefficace et non efficiente se projettent au-delà de la RDC. C'est toute la région de l'Afrique centrale, voire tout le continent qui devrait être sur le qui vive. L'Union africaine fait donc bien d'organiser des tables rondes des partenaires de l'Africa CDC, d'appeler la communauté internationale à la rescousse car elle ne mobilise pas les financements pour le seul Congo. Mais ni l'OMS, ni l'Africa CDC, sans oublier la Croix rouge internationale, malgré la contribution de nombreuses ONG, ne sont parvenues à contenir la progression exponentielle du mal.

A chaque État alors, en commençant par les pays voisins du Congo, d'activer les niveaux élevés à très élevé de leur surveillance épidémiologique, de prendre des dispositions spéciales d'accueil, d'isolement et de traitement d'éventuels malades. A l'OMS d'intensifier ses contacts avec les laboratoires de recherche, notamment celui en Grande Bretagne réputé être à l'étape d'essai sur l'humain d'un vaccin promoteur. Il ne faudrait pas que l'urgence de la situation conduise à forcer la mise sur le marché d'un vaccin sans les garanties de sécuritaires sanitaires nécessaires.

Dans la même logique, quid de l'utilisation de la molécule curative de la souche Zaïre du virus que, faute de mieux, on donne actuellement aux malades ? Les doutes sur son efficacité et ses conséquences secondaires sont à l'origine, entre autres, de la défiance des populations congolaises contre les centres de soin. Elles nourrissent par ailleurs les thèses complotistes qui s'invitent dans les débats à chaque épidémie, campagne de vaccination ou don de médicaments en Afrique.

Chapeau au Kenya qui a d'ores et déjà initié des formations de mise à niveau d'un millier de personnel soignant de compétences diverses et mandaté 200 d'entre eux pour aider à élever le niveau de la riposte en RDC. C'est une solidarité agissante de bon voisinage et d'africanité compatissante. Qui a dit que si la case de ton voisin brûle, apporte-lui de l'eau et mets-en sur ton toi? Sait-on jamais ? Les voyants rouges de cette épidémie d'Ébola, 100 jours après l'alerte en RDC sont une indication d'une incendie potentiellement mondiale dont la communauté internationale devrait prendre plus au sérieux. 2019 et le Corona virus ne sont pas si loin que ça !

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