Congo-Kinshasa: Ebola - L'épidémie à virus Bundibugyo la plus meurtrière jamais enregistrée peut encore être stoppée

Le Dr Mohamed Janabi (directeur régional de l'OMS pour l'Afrique – à gauche), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus (directeur général de l'OMS – au centre) et le Dr Jean Kaseya (directeur général de l'Africa CDC – à droite) lors d'une conférence de presse à Kinshasa, dans le cadre d'une mission conjointe de haut niveau en Ouganda et en RDC, les 4 et 5 août 2026.
24 Août 2026
tribune

Cent jours après la déclaration de l’épidémie en République démocratique du Congo, les priorités sont claires : atteindre chaque zone touchée, protéger les personnels en première ligne et traduire les engagements en actes.

Par Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Dr Mohamed Yakub Janabi, directeur régional de l’Organisation mondiale de la santé pour l’Afrique, et Dr Jean Kaseya, directeur général des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC)

Chaque fois que nous nous rendons en République démocratique du Congo (RDC), nous commençons par écouter.

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À Bunia, nous avons rencontré des dizaines de représentants des communautés : des survivants, des femmes, des jeunes, des organisations locales, des professionnels de santé et des responsables des zones touchées. Leur message est direct : associez-nous à la riposte. Nous connaissons nos communautés. Nous savons où les familles vont se faire soigner, comment circule l’information et pourquoi la confiance s’érode. Donnez-nous les moyens de contribuer pleinement à la riposte. Ils ont raison.

Ebola se propage au sein des communautés, et celles-ci détiennent les connaissances indispensables pour l’arrêter. Elles peuvent repérer rapidement les personnes malades, alerter les équipes sanitaires, contribuer à identifier et suivre les contacts, combattre les rumeurs dangereuses et accompagner les familles vers les soins et des enterrements dignes et sécurisés. La riposte progresse plus vite lorsque les communautés agissent aux côtés des autorités nationales et des professionnels de santé.

Il y a cent jours, le gouvernement de la RDC déclarait la dix-septième épidémie d’Ebola de l’histoire du pays, après la confirmation de la circulation du virus Bundibugyo. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a ensuite déclaré une urgence de santé publique de portée internationale, puis Africa CDC une urgence de santé publique de sécurité continentale.

L’ampleur de la crise est considérable. Au 21 août 2026, la RDC avait recensé 5 290 cas confirmés et 2 516 décès dans 56 zones de santé. Il s’agit désormais de la deuxième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée, et aucune précédente ne s’était propagée à un rythme aussi rapide. L’épidémie est alimentée par une insécurité persistante, fruit de décennies de conflits armés qui ont affaibli l’État de droit et les services sociaux, tout en provoquant le déplacement de plus d’un million de personnes.

Au cœur de la riposte se trouvent celles et ceux qui, chaque jour, répondent présents. Les soignants prennent en charge les malades. Les équipes de laboratoire identifient le virus. Les agents chargés du suivi des contacts retracent les chaînes de transmission. Les agents de santé communautaire rétablissent la confiance là où la peur et la désinformation se sont installées. Les équipes chargées des enterrements permettent aux familles de rendre hommage à leurs proches dans des conditions sûres et dignes.

Tous travaillent sous une pression extrême, souvent dans des zones difficiles d’accès et marquées par l’insécurité. Certains ont contracté Ebola dans l’exercice de leurs fonctions.

Leur engagement exige une protection à la hauteur : sécurité, équipements de protection, formation, fournitures médicales suffisantes, rémunération versée à temps, soutien psychosocial, diagnostic rapide et soins de qualité lorsqu’ils tombent malades. La protection des personnels en première ligne est au cœur de l’interruption de la transmission.

Des progrès ont été accomplis. Sous la direction des autorités nationales, les équipes congolaises, l’OMS, Africa CDC et leurs partenaires ont renforcé la surveillance, déployé des laboratoires, soutenu les centres de traitement, consolidé les mesures de prévention et de contrôle des infections et acheminé du matériel essentiel.

L’Ouganda a interrompu la transmission locale du virus. Plusieurs zones de santé du nord de l’Ituri et du Sud-Kivu y sont également parvenues. Ces résultats montrent que l’épidémie peut être maîtrisée plus rapidement lorsque la détection précoce, une direction nationale forte et une coopération étroite avec les communautés permettent de briser les chaînes de transmission. La poursuite de l’urgence en Ituri et dans cinq autres provinces exige désormais une montée en puissance rapide de la riposte.

Pour renverser la trajectoire de l’épidémie, les équipes de surveillance ont été renforcées et mieux outillées afin de détecter les cas et d’identifier leurs contacts plus rapidement. La prise en charge clinique sûre et les mesures de prévention des infections sont renforcées partout où les populations viennent se faire soigner. Davantage d’équipes de communication sur les risques et d’engagement communautaire sont déployées pour travailler directement avec les populations, renforcer leur participation à la riposte et lever les obstacles à l’accès aux soins. Le nombre d’équipes chargées d’assurer des enterrements dignes et sécurisés augmente également. Une attention particulière est portée aux populations vulnérables et aux communautés vivant dans des zones difficiles d’accès ou touchées par l’insécurité.

Ces efforts doivent encore changer d’échelle. Nous devons multiplier par deux ou trois les capacités actuelles de la riposte, dans l’ensemble de ses composantes.

La protection des établissements de santé contre les infections constitue également une urgence. Au 20 août 2026, 158 professionnels de santé avaient été infectés et 45 étaient décédés. Dans chaque établissement situé dans une zone touchée ou à haut risque, le personnel doit être formé et disposer d’équipements de protection, d’eau propre, d’installations sanitaires adaptées et de systèmes opérationnels de prévention et de contrôle des infections.

Les équipes nationales et locales ont besoin de financements prévisibles pour assurer la surveillance, les analyses de laboratoire, les traitements, la logistique, la prévention des infections et l’engagement communautaire. Les personnels en première ligne doivent être rémunérés à temps. Les organisations locales doivent recevoir un soutien direct leur permettant de travailler durablement avec les communautés. Les fournitures doivent arriver avant l’épuisement des stocks.

Les retards de financement coûtent des vies. La fragmentation des financements crée des brèches. Ebola exploite les deux. Sur le terrain, l’OMS et Africa CDC ont établi une coordination étroite entre les organisations sanitaires et humanitaires qui travaillent avec le gouvernement. Les bailleurs doivent soutenir et renforcer cette intégration, plutôt que financer des interventions cloisonnées et déconnectées les unes des autres.

La coordination transfrontalière doit, elle aussi, rester forte. Les populations franchissent les frontières pour travailler, commercer, étudier, se faire soigner ou soutenir leurs proches. Les frontières doivent servir de passerelles à une action de santé publique coordonnée. Cela ne nécessite ni fermeture des frontières ni restrictions générales aux voyages et au commerce. De telles mesures peuvent perturber les opérations de riposte et les moyens de subsistance sans interrompre la transmission. La priorité est une surveillance coordonnée, un partage rapide de l’information et des services de santé préparés le long des principaux axes de circulation.

Les cent premiers jours ont clarifié les priorités.

Identifier chaque cas. Suivre chaque contact. Briser chaque chaîne de transmission. Protéger chaque professionnel de santé et chaque intervenant en première ligne. Sauver des vies et ne laisser aucune communauté de côté. Rapprocher le dépistage et les traitements de toutes les communautés touchées. Renforcer la coordination transfrontalière. Accroître le soutien international. Transformer chaque engagement en action.

L’OMS et Africa CDC continueront de travailler aux côtés de la RDC, des pays voisins, des communautés et de leurs partenaires pour atteindre ces objectifs. Notre responsabilité est de mobiliser toute la force de la coopération internationale et continentale au service d’une riposte conduite par les autorités nationales.

L’Ouganda et plusieurs zones de la RDC ont montré qu’il était possible d’inverser la trajectoire de l’épidémie grâce à une détection rapide, une action déterminée et une coopération étroite avec les communautés. Ces mesures doivent maintenant être déployées à l’échelle requise. Leur réussite dépend d’un leadership national constant, de la solidarité continentale et d’un soutien international à la hauteur de l’urgence. Nous devons relever ce défi, ensemble.

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